Sylvain Venayre
Sylvain Venayre
En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê. La France conquiert l'Annam. Le récit de la bataille paraît quelques semaines plus tard dans Le Figaro. C'est un scandale. Loti est accusé de discréditer les marins et les soldats français. Sommé d'en interrompre la publication, il est rappelé à Paris et sanctionné. Que s'est-il passé ? Le jeune écrivain a-t-il montré ce qu'on a pris l'habitude de cacher à la guerre : les atrocités, la cruauté, la folie des combattants ? Ou s'est-il laissé emporter par son imagination et ses procédés de romancier ? En historien, Sylvain Venayre mène l'enquête sur une affaire dont les enjeux littéraires et politiques nous concernent encore. Car que peut-on savoir exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ? Sylvain Venayre est professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble-Alpes. Avec ce livre, il poursuit ses recherches sur l'histoire de la sensibilité au lointain (La Gloire de l'aventure, 2002 ; Panorama du voyage, 2012 ; Écrire le voyage, 2014) tout autant que ses travaux sur le renouvellement en cours des poétiques de l'écri-ture historique (Le Dossier Bertrand, 2008 ; L'Histoire au conditionnel, 2012 ; Disparu !, 2012 ; Les Origines de la France, 2013).
Cet ouvrage offre des données essentielles sur les motivations de la politique coloniale de la France au Congo, sur les modalités des décisions prises pour sa mise en valeur à la fin du XIXè siècle, en ces années où, après avoir "conquis" pour la France un vaste domaine dans le Bassin du Congo (1880-1885), Pierre Savorgnan de Brazza a exercé la fonction de Commissaire Général du Congo Français (1886-1898). Le Congo français devenu A.E.F. en 1910 fut abandonné à ces compagnies concessionnaires chargées de la pénétration économique. La cuvette congolaise, territoire des Ngala, devint le domaine des "frères Tréchot".
Les arts de la scène offrent bien souvent à leurs spectateurs la chance d'être témoins de performances renversantes, grandioses, polies à l'excès et à l'exécution d'apparence si facile... Pourtant, la plupart ignorent quelle quantité d'expérience, de travail et d'abnégation exigent de tels numéros. À travers les embûches, les crève-coeur, les surprises et les émerveillements, Claude Lemay peut se targuer d'avoir suivi un parcours pas comme les autres. Celui qu'on connaît désormais sous le pseudonyme de « Mégo » a accompagné, comme chef d'orchestre, l'équipe de tournée de Céline Dion durant des décennies. Entre les Claude Dubois, Dalida, Lynda Lemay, Jean-Guy Moreau, Marc Labrèche, Édith Butler, Patrice L'Écuyer, Dominique Michel, Jay Leno, Johnny Carson, Michael Jackson..., le musicien a aussi bien joué en compagnie des plus grands qu'il s'est donné en représentation devant eux. Au sommet de sa carrière, il a un jour entendu George Martin, le célèbre « cinquième » membre des Beatles, lui offrir ce compliment : « I wish I could play piano like you... »
À bord de son bibliobus, Lili parcourt les rues de la ville afin de faire découvrir le plaisir de lire aux enfants. Une rencontre s'impro- vise entre la bibliothécaire, son fils et la joyeuse bande de Solo. Lorsque Lulu demande à Lili d'accueillir la petite chatte dans leur maison, il est loin de se douter qu'il va réunir Solo et sa maman !
Pourquoi voyager ? 17 leçons du XIXe siècle Le XIXe siècle nous a légué un imaginaire qui, ancré dans le romantisme, commande encore en grande partie le sens de nos flâneries à travers le monde. Que cet imaginaire ait accompagné la mondialisation du tourisme, résisté à la prise de conscience écologique actuelle et aux conséquences de la pandémie de 2020 dit assez sa puissance d'entraînement. En célébrant la poésie des départs et le goût des rencontres, la littérature de voyages qui s'est inventée à cette époque influence encore profondément nos désirs. Connaître cette histoire nous permet de mieux comprendre ceux-ci et, peut-être, de les orienter autrement. C'est à quoi nous invite ici Sylvain Venayre, d'une façon d'autant plus plaisante que, pendant plus d'un siècle, la restitution littéraire et savante de l'envie de voyages a été l'œuvre des meilleurs esprits. Chateaubriand, Stendhal, Michelet, Flaubert, Gautier, Verne, Rimbaud, Conrad sont ici, avec d'autres, nos guides dans une histoire plus ambiguë qu'il n'y paraît.
Saviez-vous que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le préservatif masculin, autrefois en tissu ou en boyaux d'animaux, n'a connu son essor qu'avec le caoutchouc ? Que le chewing-gum doit son succès à un général mexicain chassé par la révolution dans son pays ? À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, des historiennes et historiens nous entraînent dans un voyage insolite et passionnant à travers le petit magasin du monde.
Le 31 janvier 1907, Marthe Erbelding, 11 ans, disparaît. Albert Soleilland reconnaît le crime. À l'enterrement puis au procès, l'émotion populaire est vive. L'affaire fait la une des journaux. Les reporters enquêtent.Symptomatique des débats politiques de l'époque, ce fait divers joua un rôle majeur dans le débat sur l'abolition de la peine de mort.
En 1883, Pierre Loti, lieutenant de vaisseau dans la marine française et jeune romancier, assiste à la prise des forts de Huê. À l'issue d'une bataille de deux heures, la France s'installe en Annam. Elle y restera quatre-vingts ans.Pierre Loti raconte cette campagne militaire pour Le Figaro. Décrivant le carnage avec force détails, ses articles provoquent un scandale retentissant. Rappelé en France, Loti craint d'être chassé de la marine. Mais il ne comprend vraiment pas pourquoi : il avait cru célébrer l'héroïsme de l'armée française.Sylvain Venayre enquête sur ce scandale, ses causes et, plus encore, la profonde incompréhension de celui qui l'a suscité. Qu'est-ce que l'" affaire Loti " raconte de l'impérialisme, à une époque où celui-ci était encore mal formulé ? Que dit-elle de la relation des Européens avec le reste du monde, où ils mènent d'innombrables guerres ? Que révèle-t-elle, surtout, des pouvoirs de la littérature : Loti, parce qu'il est écrivain, a-t-il montré la guerre dans toute sa vérité ou l'a-t-il au contraire un peu trop romancée ? Une guerre au loin est aussi un essai pratique sur la poétique de l'écriture historique.
Il y avait eu la guerre de Cent Ans et la guerre de Trente Ans et la guerre de Sept Ans. Il y avait eu les guerres de Religion, celles de Louis XIV et celles de la Révolution. Mais, après 1815, un moment insolite avait commencé pour l'Europe : une paix de cent ans. Des guerres de la Révolution et de l'Empire à la Première Guerre mondiale, il y eut bien quelques batailles - Sébastopol, Solferino, Sadowa, Sedan -, mais rien qui n'égalât ce qui se passait en d'autres lieux du monde, de la guerre de Sécession aux États-Unis à cette révolte des Taiping qui fit en Chine peut-être vingt millions de morts. Pendant un siècle, la plupart des hommes et des femmes qui vécurent sur le sol de l'Europe ne connurent pas la guerre. Le XIXe siècle à leurs yeux passait pour un siècle de paix. Pour les historiens, il est devenu pourtant difficile de le considérer comme tel. Les guerres étaient lointaines, mais elles étaient bien là. Les Espagnols en Amérique du Sud, au Maroc, à Cuba, aux Philippines ; les Hollandais en Indonésie ; les Britanniques aux Indes, en Afghanistan, en Birmanie, en Afrique du Sud, en Chine, en Nouvelle-Zélande, sur les côtes occidentales de l'Afrique, dans le golfe Arabo-Persique, en Abyssinie, en Égypte, au Soudan ; les Français en Algérie, en Afrique de l'Ouest, au Mexique, en Indochine, en Tunisie, à Madagascar, au Maroc ; les Portugais en Angola et au Mozambique ; les Allemands au Togo, au Cameroun, dans le Sud-Ouest africain, au Tanganyika ; les Italiens dans la corne de l'Afrique et en Tripolitaine. Ces guerres lointaines d'une Europe en paix donnèrent lieu, dès leur époque, à de très vifs débats. L'avènement des journaux quotidiens, l'apparition des correspondants de guerre, la mise en place du réseau télégraphique, l'invention de l'illustration et de la photographie, le triomphe du roman, l'immense succès du théâtre et des expositions universelles bouleversèrent leurs représentations. Elles ont fait de nous, bien avant les guerres mondiales du XXe siècle, les spectateurs fascinés et velléitaires des souffrances des autres.
Il y avait eu la guerre de Cent Ans et la guerre de Trente Ans et la guerre de Sept Ans. Il y avait eu les guerres de Religion, celles de Louis XIV et celles de la Révolution. Mais, après 1815, un moment insolite avait commencé pour l'Europe : une paix de cent ans. Des guerres de la Révolution et de l'Empire à la Première Guerre mondiale, il y eut bien quelques batailles - Sébastopol, Solferino, Sadowa, Sedan -, mais rien qui n'égalât ce qui se passait en d'autres lieux du monde, de la guerre de Sécession aux États-Unis à cette révolte des Taiping qui fit en Chine peut-être vingt millions de morts. Pendant un siècle, la plupart des hommes et des femmes qui vécurent sur le sol de l'Europe ne connurent pas la guerre. Le XIXe siècle à leurs yeux passait pour un siècle de paix. Pour les historiens, il est devenu pourtant difficile de le considérer comme tel. Les guerres étaient lointaines, mais elles étaient bien là. Les Espagnols en Amérique du Sud, au Maroc, à Cuba, aux Philippines ; les Hollandais en Indonésie ; les Britanniques aux Indes, en Afghanistan, en Birmanie, en Afrique du Sud, en Chine, en Nouvelle-Zélande, sur les côtes occidentales de l'Afrique, dans le golfe Arabo-Persique, en Abyssinie, en Égypte, au Soudan ; les Français en Algérie, en Afrique de l'Ouest, au Mexique, en Indochine, en Tunisie, à Madagascar, au Maroc ; les Portugais en Angola et au Mozambique ; les Allemands au Togo, au Cameroun, dans le Sud-Ouest africain, au Tanganyika ; les Italiens dans la corne de l'Afrique et en Tripolitaine. Ces guerres lointaines d'une Europe en paix donnèrent lieu, dès leur époque, à de très vifs débats. L'avènement des journaux quotidiens, l'apparition des correspondants de guerre, la mise en place du réseau télégraphique, l'invention de l'illustration et de la photographie, le triomphe du roman, l'immense succès du théâtre et des expositions universelles bouleversèrent leurs représentations. Elles ont fait de nous, bien avant les guerres mondiales du XXe siècle, les spectateurs fascinés et velléitaires des souffrances des autres.
Saviez-vous que le Christmas pudding est une recette impériale, composée de rhum jamaïcain, de raisins secs d'Australie, de sucre des Antilles, de cannelle de Ceylan, de clous de girofle de Zanzibar, d'épices d'Inde et de brandy de Chypre ? Que le n c m m fut introduit en Europe à la faveur de la Première Guerre mondiale, lorsque le Gouvernement général de Saïgon en fit venir pour approvisionner les nombreux travailleurs indochinois employés sur le Vieux Continent ? Que le café a d'abord été éthiopien avant d'être un produit mondialisé ? Qu'un des symboles de l'américanisation, le ketchup, est aujourd'hui confectionné en grande partie à partir de concentré de tomates chinois ? Que le raki, ce « lait de lion » dont raffolait Mustafa Kemal Atatürk, a attendu l'année 2009 pour devenir la boisson nationale de la Turquie ? Deux ans après le Magasin du Monde, Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre ont convié historiennes et historiens à l'écriture d'une histoire du monde par les produits alimentaires. Des frites au parmesan, de la chorba au ceviche en passant par la margarine, ces aliments, tantôt simples, tantôt savamment préparés, nous permettent de comprendre, au plus près de nos pratiques intimes, la mondialisation et ses limites. Un savoureux voyage dans la grande épicerie du monde.
Une nuit, la rencontre entre Édouard et Reda bascule dans la violence verbale, physique, et une question obsédante : comment le désir peut-il se muer en haine ?
Saviez-vous que le hamac, d'origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l'espace ? Que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur ? Que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d'acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique ? À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d'une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites. Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.
Parce que les interprétations existantes du roman concernent toujours Achab et sa folle quête. Or Moby-Dick ou le cachalot, le véritable titre de loeuvre de Melville, ne se résume pas à la chasse engagée par le capitaine Achab sur le Pequod. Léclat laiteux de la baleine blanche nous empêche de voir la face cachée du cachalot. Presque la moitié du livre de Melville est consacrée à tout autre chose quà la poursuite de Moby Dick. Le drame vécu par Achab et son équipage est dabord là pour illustrer des considérations, à la fois érudites, morales et loufoques, sur cet animal fantastique, le cachalot, et sur ce quil représente. Ce livre de bande dessinée est une tentative pour restituer loscillation fondamentale, si profondément ressentie par Melville, entre le désir de raconter une histoire et le souci de disserter sur un mystère.
Parce que les interprétations existantes du roman concernent toujours Achab et sa folle quête. Or Moby-Dick ou le cachalot, le véritable titre de loeuvre de Melville, ne se résume pas à la chasse engagée par le capitaine Achab sur le Pequod. Léclat laiteux de la baleine blanche nous empêche de voir la face cachée du cachalot. Presque la moitié du livre de Melville est consacrée à tout autre chose quà la poursuite de Moby Dick. Le drame vécu par Achab et son équipage est dabord là pour illustrer des considérations, à la fois érudites, morales et loufoques, sur cet animal fantastique, le cachalot, et sur ce quil représente. Ce livre de bande dessinée est une tentative pour restituer loscillation fondamentale, si profondément ressentie par Melville, entre le désir de raconter une histoire et le souci de disserter sur un mystère.
Et si le véritable héros des Trois Mousquetaires était une femme? Sylvain Venayre et Frédéric Bihel proposent une lecture révolutionnaire, en bande dessinée, du roman dAlexandre Dumas : raconter lhistoire des Mousquetaires du point de vue de Milady. Un message quAlexandre Dumas aurait dissimulé dans son roman, et que personne à ce jour ne semble avoir vu...
Et si le véritable héros des Trois Mousquetaires était une femme? Sylvain Venayre et Frédéric Bihel proposent une lecture révolutionnaire, en bande dessinée, du roman dAlexandre Dumas : raconter lhistoire des Mousquetaires du point de vue de Milady. Un message quAlexandre Dumas aurait dissimulé dans son roman, et que personne à ce jour ne semble avoir vu...
À Paris, le promeneur déambule au milieu d'innombrables souvenirs de batailles livrées aux quatre coins du monde, autrefois célébrées à travers des spectacles, des monuments, ou inscrites dans la pierre ou le métal. Ces arcs de triomphe dont on n'avise plus les motifs, ces noms de rues qui n'évoquent rien, ces monuments de bronze qui verdissent, qu'en faire aujourd'hui ? Peut-être, simplement, les regarder en face. Tenter de les lire, la candeur en moins, avec la même intensité que ceux qui les ont voulus ici. Comprendre aussi ce qui les a rendus presque indéchiffrables. Pratiquer de la sorte une histoire de plein vent : cette histoire qui fait dialoguer le savoir et l'espace, la ville et les livres, qui accroît le désir de connaissance en même temps que le nombre des pas. S. V. Sous la direction de Sylvain Venayre Photographies de Martin Argyroglo En partenariat avec la " Petite Égypte "
En Europe et dans les Amériques, le XIXe siècle a longtemps été défini comme l'époque de la « modernité », quand le rêve du progrès se mêlait à l'idée de révolution, et le désir de nouveauté à l'angoisse de l'accélération. Mais qu'en est-il lorsque, abandonnant l'étalon de l'Occident et optant pour l'échelle du monde, on change de point de vue ? Ce livre, « monstrueux et discordant », pour reprendre les mots par lesquels Michelet désignait sa propre Histoire du XIXe siècle, veut faire entendre les voix d'un passé pluriel. Car le monde est avant tout l'objet d'expériences contrastées pour ceux qui y vivent, et auxquelles cette somme convie le lecteur. Elle le guide à travers les circulations de cette ère nouvelle, des migrations à l'expansion coloniale, conséquences des mutations rapides des transports, de l'industrie ou des sciences. Et à y regarder de près, on s'aperçoit que la mondialisation ne fut pas un processus univoque d'occidentalisation. Elle le conduit au fil des « temps du monde » scandés par des événements qui résonnèrent à l'échelle globale, de l'indépendance d'Haïti (1804) à la révolution chinoise (1911), de l'épidémie de choléra (1817) à la révolte des cipayes (1857). Elle l'entraîne au coeur d'un « magasin du monde » qu'approvisionnent bibelots, cartes, tatouages, fez, ivoire, opium, dévoilant des processus historiques qui affectent le monde entier, tout en installant le lointain dans l'intime et le quotidien. Elle le transporte dans les « provinces du monde » indienne, sud-américaine, ottomane, européenne, etc. , ces laboratoires qui permettent de décentrer notre regard, et révèlent tout autant la grande diversité de la planète que l'existence de « modernités » alternatives. Attestant à la fois les dynamiques d'intégration mondiale et une exacerbation des identités, cette Histoire du monde au XIXe siècle, qui réunit les contributions de près de cent historiennes et historiens, nous laisse une certitude : celle d'être alors devenus, ensemble, et pour la première fois, contemporains.
Faut-il faire de la France un pays de propriétaires et liquider le parc HLM de l'après-guerre ? C'est en tout cas le tournant pris par les politiques publiques depuis les années 1970. Être propriétaire de son pavillon, profiter des attraits de la ville à la campagne, réinventer la sociabilité de voisinage et la mixité sociale, tel est le projet qu'ont vocation à incarner les nouveaux lotissements et que favorisent les aides à la propriété. Mobilisant données statistiques, enquête de terrain et témoignages de familles, ce livre montre qu'en nourrissant un vaste mouvement de périurbanisation des classes populaires, la diffusion de la propriété transforme en profondeur leurs conditions d'existence : déstabilisation de l'économie domestique par le poids de l'endettement, éloignement des bassins d'emploi et des réseaux d'entraide, repli des femmes sur la sphère domestique, " mixité " sociale conflictuelle... Entre la maison individuelle rêvée et le petit pavillon standardisé que ces " primo-accédants " ont pu se payer, loin des équipements collectifs, ce nouveau monde de " HLM à plat " apparaît source de nouvelles exclusions dont Anne Lambert souligne l'importance politique pour les années à venir. Anne Lambert, sociologue, est chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (INED) et chercheuse associée au Centre Maurice-Halbwachs (ENS/EHESS/CNRS).
De quand date la France ? Au lendemain de la Révolution, lorsqu'il apparut que les recherches historiques ne pouvaient plus concerner la royauté seulement, mais le peuple tout entier, la question fut posée avec une insistance extraordinaire. Elle hanta les frères Thierry, Guizot, Michelet, Quinet, Fustel de Coulanges, Vidal de la Blache, Lavisse, Jullian. Les origines nationales devinrent l'objet d'une quête qui, pendant plus d'un siècle, mobilisa les meilleurs historiens du pays. En dix brefs chapitres suivis d'une petite anthologie, cet essai à l'écriture alerte examine les théories qui tentèrent d'élucider le mystère des origines de la France. On y reconnaîtra les Francs, les Gaulois, le baptême de Clovis, l'héritage romain, la " révolution " du XIIe siècle, celle de 1789 ou encore les débats qui entourèrent les notions de territoire, de langue et de race. On y retrouvera aussi les métaphores de l'arbre, du sang, de la famille, de la personne, du fil, du germe, du chêne, par lesquelles les historiens exprimèrent alors leurs conceptions des origines nationales. es conceptions font sourire les historiens d'aujourd'hui, héritiers de ceux qui, depuis les années 1930 au moins, ont brillamment dénoncé " l'idole des origines ". Mais elles demeurent présentes dans le débat public, où la dangereuse notion d'" identité nationale " a conforté leurs positions. En rappelant l'histoire de ces théories et de leur réfutation, Sylvain Venayre propose une solution élégante et savante pour les en chasser. Car faire l'histoire d'un problème, c'est sans doute la meilleure manière de commencer à le résoudre. Sylvain Venayre est maître de conférences habilité à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Il a récemment publié Panorama du voyage. 1780-1920 (Les Belles Lettres, 2012).
Stupeur en ce mois de mai 2058 : le document donné à l'épreuve d'explication de textes de l'agrégation d'histoire est un faux. Un faux ? Pas exactement : une « forgerie », un texte ayant la forme d'un document ancien, mais ne cachant nullement qu'il est une imitation moderne. Les étudiants ont donc commenté le texte d'un historien célèbre qui s'était essayé à écrire, en 2011, le texte perdu d'une conférence sur la colonisation française prononcée en 1896 dans un petit village du Limousin. Mieux qu'aucune archive, le texte exposait ce qui aurait pu être dit en pareille circonstance. Mais les historiens attendent-ils seulement des documents d'histoire qu'ils confortent ce que l'on sait déjà ? Les candidats au concours de 2058 sont les premiers à en douter. Ils sont bientôt rejoints par deux historiens très âgés qui leur rappellent un précédent méconnu : au concours de 2011 justement (quelle coïncidence !), on avait donné à commenter le texte d'un érudit moderne qui avait lui aussi inventé la source qui lui manquait. Par quelle mystérieuse opération un « texte » devient-il un « document », et un « document d'histoire » un « bon texte » pour ceux qui prétendent l'enseigner ? À quoi sert l'érudition et comment concilier l'exigence du chercheur et l'efficacité du pédagogue ? Quel rôle les historiens confèrent-ils à l'imagination ? Deux historiens, Sylvain Venayre et Patrick Boucheron, tentent de répondre à ces interrogations en utilisant les objets mêmes que ces questions soulèvent : le jeu et la fiction.
En bordure du bois de Vincennes, non loin de l'ancien palais des Colonies devenu le Musée de l'histoire de l'immigration, se cache un jardin méconnu. L'atmosphère de ses ruines gagnées par la végétation tient à son histoire. Créé à la Belle Époque pour perfectionner l'agronomie coloniale, il est rapidement devenu la vitrine de l'Empire. C'est aussi là qu'a été construite la première mosquée de France. Un écrivain désireux d'y trouver l'inspiration pour un roman d'aventure s'y fait accompagner par un jeune chercheur en histoire. Tous deux partent sur les traces du fantasque fondateur du jardin, l'explorateur Jean Thadée Dybowski. Leur promenade est l'occasion d'un vagabondage érudit et amusé dans ces lieux où se déchiffrent encore l'histoire coloniale et sa représentation. Elle est aussi le moyen d'une interrogation sur cette mémoire plus que jamais brûlante. Et si nos peurs, comme nos nostalgies, n'étaient qu'affaire de décor ?
En bordure du bois de Vincennes, non loin de l'ancien palais des Colonies devenu le Musée de l'histoire de l'immigration, se cache un jardin méconnu. L'atmosphère de ses ruines gagnées par la végétation tient à son histoire. Créé à la Belle Époque pour perfectionner l'agronomie coloniale, il est rapidement devenu la vitrine de l'Empire. C'est aussi là qu'a été construite la première mosquée de France. Un écrivain désireux d'y trouver l'inspiration pour un roman d'aventure s'y fait accompagner par un jeune chercheur en histoire. Tous deux partent sur les traces du fantasque fondateur du jardin, l'explorateur Jean Thadée Dybowski. Leur promenade est l'occasion d'un vagabondage érudit et amusé dans ces lieux où se déchiffrent encore l'histoire coloniale et sa représentation. Elle est aussi le moyen d'une interrogation sur cette mémoire plus que jamais brûlante. Et si nos peurs, comme nos nostalgies, n'étaient qu'affaire de décor ?