Sophie Moreau
Sophie Moreau
« Révéler l'humanité du môme derrière l'acte délictuel réprimé, voilà la quête permanente mais usante de tout éduc de la Protection judiciaire de la jeunesse. La dissonance cognitive m'a parfois paralysée devant l'inversion des valeurs de leurs discours dénués de remords. Je regrettai presque de leur trouver tant de circonstances atténuantes. Je claudiquai, luttant entre deux forces contraires, oscillant entre coeur et raison, foi et résignation. Et il suffisait alors parfois d'un sourire authentique, d'un rire tonitruant, de sanglots désespérés, d'excuses ou d'efforts sincères pour que je me mette à y croire à nouveau. J'expérimentai l'ambivalence, le tiraillement, le syndrome du professionnel secoué. Ce douloureux apprentissage intime et collectif de la désillusion permet paradoxalement à l'éducateur et à l'équipe de trouver l'équilibre dans un univers toujours sur le fil du rasoir. » Dans ce récit écrit à la première personne, Sophie Moreau explore la dimension collective de la relation éducative dans un foyer de la PJJ. Elle porte un regard aigu sur les difficultés du travail en équipe, sur les illusions d'un accordage des visions éducatives selon le seul intérêt de l'enfant, sur la singularité de la place de la « femme-éducatrice » auprès de groupes d'adolescents essentiellement composés de garçons, sur les liens entre la délinquance et la psychiatrie pour des mômes aux parcours chaotiques, sur l'impact des vécus parentaux sur le devenir de ces mineurs... tout en proposant une réponse éducative « décalée » au quotidien.
« Éducatrice en foyer de la PJJ, moi, Sophie, d'un tempérament anxieux et hypersensible. Du haut de mon mètre cinquante-cinq arborant quarante-huit kilos, mon esprit buvard a témérairement intégré un environnement inconnu, hostile sur le papier pour un profane de la délinquance juvénile : un foyer d'hébergement du ministère de la Justice, accueillant des mineurs entre 13 et 18 ans sous mandat judiciaire, ayant commis des actes de délinquance plus ou moins lourdement réprimés sur l'échelle judiciaire, plus ou moins graves et contestables sur le plan moral. Des délits ordaliques proches d'une forme de rite initiatique, fruits pourris d'une pensée immature et influençable, aux crimes insupportables et inimaginables dignes de l'ignominie, j'ai fait face, sans fard ni fioritures, à des mômes mis en examen pour une palette d'infractions allant du plus banal au plus sombre, du plus anecdotique au plus impensable. » Ce journal intimiste constitue une immersion dans la délinquance juvénile à travers le regard engagé d'une jeune éducatrice en foyer du ministère de la Justice. Il décrit un métier atypique et un quotidien mouvementé auprès d'un public méconnu et pourtant fantasmé : les mineurs délinquants.