Serge Cazenave
Serge Cazenave
L'éducation sexuelle du jeune héros de l'histoire s'apparente à un dessalage hénaurme !... hors norme ! Ma grand-mère fumait des ninas et aimait faire des allusions coquines. Il n'était pas de journée, à mon souvenir, sans qu'elle n'évoque la biroute de l'oncle Charles. L'Oncle Charles, je l'ai connu jusqu'à mes six ans. Après, il est mort... Il était charcutier et diabétique. Je crois. Non, je suis sûr. Mais surtout, dans la famille, il devait sa célébrité au fait qu'il avait reçu à l'unanimité du jury une médaille d'or au concours national « Gastronomie et Saveurs de nos Terroirs », à la foire de Rennes, dans les années 80. Il avait obtenu cette récompense en proposant sa fameuse biroute - une andouille d'un mètre de long, tournée à la main et fumée à la tourbe de nos marais. Là, on atteint le sublime de la déglingue ! Avec une grand-mère tapineuse et un cousin obsédé de la chose, le môme va de surprise en surprise. On adore quand Cazenave creuse cette veine d'un Eros complètement azimuté. On en redemande !
TOUT LE MONDE n'a pas la chance d'être né fils de riches quincailliers-bazar disparus en mer aux abords de Venise lors d'une croisière à six cent cinquante euros la semaine. À dix-huit ans et un jour, Marcelin l'eut. Son portrait : Grand, fin, sec, paire de lunettes mutualiste, front bas coupé en deux par une fine ride horizontale. Bouche assortie. Lèvres aussi minces que les queues des cerises. Et un nez. Le nez ?... Surplombant un buisson d'épineux, un bout de chair déjà vieux avec des trous pour respirer. Comme le hasard ne fait rien à la légère, Marcelin naquit sourd d'une oreille, la gauche, et radin comme pas deux ! Si l'estime était un vent, beaucoup de mes amis auraient les cheveux ébouriffés. Ceux de Marcelin, pareils à une fiente tombée du ciel, humide et argileuse, sur la peau de son crâne bosselé semblaient s'être figés depuis toujours.
Quand la « voix » résonne en toi et te dit « tue-le » ! CELA faisait des années que j'entendais des voix. J'étais soigné pour ça. Elles me tenaient compagnie. Alors, pourquoi prendre peur cette fois ? Je n'en sais rien. Le propos, peut-être... D'habitude, il était plus autoritaire, plus moralisateur, toujours soucieux de me mettre en garde contre toute sorte de dangers venant de l'extérieur comme de moi-même. Rester vigilant était la consigne et je m'y tenais depuis... depuis longtemps. Les lèvres en aubier du grand orme n'avaient pas encore avalé le fil de fer barbelé de la clôture qui nous séparait du pré du père Vincent... quand il y mettait ses vaches... avant les lotissements et la supérette... et Angélique, la caissière, qu'il m'était formellement interdit d'approcher sous prétexte qu'un jour je lui avais montré mon amour. Oh ! Juste une fois ! Sans me cacher. Devant tout le monde, comme je l'avais vu faire au mariage de ma soeur, à la mairie. Vivre dans la tête d'un schizophrène le temps d'un irréparable dérapage...