Rony Brauman
Rony Brauman
Fuir le sentimentalisme médiatique et l'autocélébration, redéfinir le statut de la victime, délimiter le champ d'intervention de l'humanitaire, refuser la récupération politique ou militaire. Mais savoir parler et penser en termes politiques. Dans cette conversation, Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, affronte les dilemnes de l'engagement humanitaire. C'est pour fonder l'humanitaire de demain qu'il propose ici une véritable morale de l'action. Dans une nouvelle préface, Rony Brauman interpelle : « résister à l'enrôlement de l'humanitaire dans les rangs d'une "Croisade du Bien".»
Traduction concrète d'un idéal de solidarité, l'action humanitaire a toujours été partagée entre sollicitude et raison d'État. Elle est, au XXe siècle, confrontée aux guerres totales, et aux idéologies qui réfutent son principe même. Pour Rony Brauman, l'humanitaire oscille entre justice et pouvoir, entre vérité de l'action et artifice médiatique.
La guerre menée par Israël à Gaza en riposte à la tuerie perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023 est la plus destructrice jamais conduite par l’Etat hébreu dans ce territoire palestinien. Et pourtant, le blocus absolu imposé à la presse (y compris israélienne), aux humanitaires et aux observateurs internationaux sur le terrain la rend paradoxalement invisible, donnant prise à toutes les désinformations. Un an après le début de l’offensive israélienne, ce livre voudrait donc revenir aux faits. Les principaux rapports des ONG internationales, palestiniennes et israéliennes, ainsi que des enquêtes d’experts et des articles de presse, ont été sélectionnés et présentés par la spécialiste du Moyen Orient Agnès Levallois, avec les contributions inédites de consultants indépendants et responsables d’ONG. Sont ainsi documentés et mis en perspective les faits qui ressortissent du droit de la guerre et du droit humanitaire international : le sort des victimes civiles, l’ampleur des destructions du territoire, les attaques contre les journalistes, les humanitaires et les personnels de santé, l’arsenal utilisé… Bilan provisoire d’une guerre qui s’annonce sans fin. Préface de Rony Brauman. Avec les contributions de Guillaume Ancel, Leïla Bourguiba, Jonathan Dagher, Peter Harling, Johann Soufi. Agnès Levallois est vice-présidente de l’Institut de Recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), consultante Moyen-Orient, chargée de cours à Sciences Po, et ancienne directrice des programmes en langue arabe de France 24.
Qu'est-ce que la médecine humanitaire ? Celle qui s'adresse à des populations marginalisées, éprouvées par une crise ou privées d'accès aux soins. Celle qui s'exerce sans autre objectif que de se rendre utile. Tout membre d'une organisation oeuvrant dans ce domaine se reconnaîtra sans doute dans cette définition. Mais au-delà de ces principes essentiels et partagés, les situations sur le terrain conduisent à interroger les enjeux, les limites, les contraintes politiques, les paradoxes, les développements possibles de cette médecine. Car, plus que dans l'acte, ce sont les situations qui font la spécificité de la médecine humanitaire et que Rony Brauman nous invite à comprendre.
Au cours de l'année 1996-97, l'École des Sciences philosophiques et religieuses a organisé une conférence et une journée d'études axées sur ce couple de notions qui condensent nombre de questions fondamentales de notre temps. Les profondes tribulations de notre époque semblent bien liées au déclin des références absolues et des idéologies sûres d'elles-mêmes et monolithiques. Mais au désenchantement moral et au désarroi de la pensée que redoublent les incertitudes économiques et politiques, répondent, un peu partout, une protestation et un refus du fatalisme qui se traduisent sous la forme de la réflexion critique et sous la forme, plus spectaculaire sans doute, de l'action, animées d'une volonté de transcender les particularismes et l'égoïsme frileux. Un nouvel élan de générosité, de risque, d'aventure même surgit au nom d'idéaux humanitaires. Cette effervescence d'initiatives force à revenir sur le sens de ces idéaux qui, au fond, de manière explicite ou confuse, en appellent à la valeur nodale d'humanité. L'action humanitaire, autant pour ceux qui la portent sur le terrain de la détresse, du désarroi et de la souffrance que pour ceux qui la soutiennent de plus loin, comporte évidemment des enjeux politiques, juridiques, philosophiques, éthiques, économiques et culturels d'une telle ampleur qu'il faut s'accorder du temps pour la penser. Une telle exigence de pensée ne peut en l'occasion prendre réellement forme sans le débat et le dialogue. C'est d'un tel travail de fond que témoigne cet ouvrage. La notion d'humanité s'y trouve réinterrogée à partir des contradictions, des ambiguïtés et des effets paradoxaux des actions humanitaires ou des débats juridiques ou économiques qui tentent de s'en inspirer. Le théologien, le philosophe, le juriste, le médecin, l'économiste, chacun selon son propre mode de questionnement, s'essaient à cerner les difficultés de formuler les éléments essentiels du noyau de sens irréductible, dont sont porteuses ces deux idées : l'humanité - l'humanitaire.
À l'heure où le sombre désir de guerre retentit jusqu'en Europe, Rony Brauman, penseur exigeant et intransigeant, nous aide à débusquer faux prétextes et pièges dangereux tendus par des dirigeants belliqueux. Affirmant qu'il n'existe pas de « guerres humanitaires », il nous appelle à la méfiance face aux prétentions occidentales à imposer les valeurs démocratiques par la force. Son livre chez Textuel Humanitaire, le dilemme, a inauguré la collection "Conversations pour demain" et a été le plus « long-seller » de la collection.
"La radicalisation des opinions est une constante des débats où par une fausse symétrie est imposé un choix binaire. Patrick Frémeaux évite cet écueil et propose une voie où l'expérience et la culture des intervenants sont au service des idées. Pendant plus de 3 heures, Hubert Védrine (Ministre des affaires étrangères de 1997 à 2002) et Rony Brauman (Président de Médecins sans frontières de 1988 à 1994, ONG Prix Nobel de la paix 1999) nous offrent une réflexion commune, une intimité intellectuelle, une recherche de la vérité." Claude Colombini
Fuir le sentimentalisme médiatique et l'autre célébration, redéfinir le statut de la victime délimiter le champ d'intervention de l'humanitaire refuser la récupération politique ou militaire. Mais savoir parler et penser en termes politiques. Dans cette conversation Rony Bauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994 affronte les dilemmes de l'engagement humanitaire. C'est pour fonder l'humanitaire de demain qu'il propose ici une véritable morale de l'action.
En cette année 1994, cinquantième anniversaire de l'écrasement de la barbarie nazie, une partie de l'humanité aura donc été anéantie sous nos yeux. Il ne s'agissait pas de luttes tribales, ni d'affrontements « interethniques », mais de l'extermination délibérée d'hommes, de femmes et d'enfants coupables seulement d'être ce qu'ils étaient. Ce qui resurgissait ainsi de l'Histoire n'était pas un malheur de plus, venant grossir l'océan des souffrances sur lequel naviguerait notre humanité fatiguée d'elle-même. C'était, au sens strict du terme, un génocide : le Mal absolu. Qu'avons-nous fait devant le mal ? En le nommant « catastrophe humanitaire », en dépêchant des secours et des soldats infirmiers dont le dévouement n'est pas en cause, le sentimentalisme contemporain sera parvenu à ce résultat inimaginable : le monde aura pu se proclamer neutre devant un génocide.
Comment un homme ordinaire, Adolf Eichmann, est-il devenu le complice actif de la mise à mort de millions de personnes ? En mettant au-dessus de tout les valeurs de l'obéissance et du travail bien fait. Cet ouvrage prolonge la réflexion déjà à l'oeuvre dans " Un spécialiste", film réalisé intégralement à partir des archives vidéo du procès d'Eichmann et inspiré du livre d'Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Une réflexion d'une étonnante modernité sur la banalité du mal et la soumission à l'autorité.
La Fondation Liberté Sans Frontières, issue des célèbres Médecins Sans Frontières, a engagé, sous l'égide de Rony Brauman, un combat décisif : défendre la liberté dans le tiers monde, tant son absence va de pair avec le sous-développement. Premier combat : remettre en question le tiers mondisme, cette idéologie de la mauvaise conscience, qui rend l'Occident et lui seul, responsable des maux du tiers monde. Un grand colloque s'est tenu dans ce but en 1985 avec, entre autres, P. Bruckner, G. Chaliand, C. Castoriadis, J.-P. Chrétien, J.-L. Domenach, G. Étienne, R. Girardet, J.-F. Revel, A. Sauvy, P. Thibaud, P. Uri. Ses conclusions : contestable dans ses analyses, le tiers mondisme a, trop souvent, fait l'impasse sur la démocratie et soutenu des modèles généralement totalitaires, qui sont autant d'échecs économiques. Cette remise en question radicale par les meilleurs spécialistes, a déclenché une polémique sans précédent : après le grand combat de ces dernières années contre le totalitarisme, le tiers monde devenait un terrain idéologique majeur. Voici le livre du colloque, véritable pavé dans la mare des conformismes tiers mondistes. Le débat, désormais, est ouvert.