Ricardo Montserrat
Ricardo Montserrat
« L'Ankou est le moissonneur et le charretier de la Mort. C'est un grand diable maigre, le visage dissimulé sous un large chapeau. Il est debout sur un char grinçant et lourd où il empile sa récolte de cadavres », écrivait Anatole Le Braz dans la Légende de la mort chez les Bretons armoricains. L'Ankou revient en ce siècle mettre fin à la lente agonie d'un petit pays d'Armor. Dans sa charrette, un frère et une soeur qui s'aiment d'un amour coupable, douze adolescents qui traversent une rivière de sang, un bâtard malheureux, un nazi qui joue de la flûte, des vieillards impatients, une ville qui se noie, une cathédrale engloutie, des oiseaux qui ne savent plus chanter. Une histoire sentimentale nourrie d'Histoire et de trous de mémoire. L'histoire incestueuse d'une terre et de sa légende. La passion sensuelle d'un pays où le rêve hante la réalité.
Enfant malvenue, Gabrielle la révoltée entame une quête. Dans un icessant aller-retour entre présent et passé, elle construit une existence marquée dès l'enfance par une série de drames familiaux liés à la Résistance. Le désir d'être autre, d'être l'autre, la prédispose à devenir doublure. Elle trouve son salut : elle sera cascadeuse. Une carrière tumultueuse débute. Cascader, n'est-ce pas un peu jouer à cache-cache avec la mort ? Mosaïque de séquences filmées et vivantes, ce livre alterne sensiblité et temps forts.
"Pâté de gangster" a tous les ingrédients d'un bon roman - de ceux qu'on lit d'une main dans le bateau de Groix, et qu'on finit dans le train : une femme trop fière, un homme trop beau, du sang, des morts et la folie, qui transforme parfois la vie sur l'île en une tragédie grecque - avec pour épices le piment de l'esprit et le gros sel de l'humour, qui font le charme des îliens. En prime, pour les gourmands, d'authentiques recettes au sang noir, offertes par le meilleur boucher de l'île.
Le caractère exemplaire de la Revue Blanche tient à une histoire exceptionnelle, dans la mesure où son évolution reflète aussi bien les bouleversements de l'époque (l'émergence de la sociologie, l'engagement politique au moment de l'affaire Dreyfus) que les chaos du champ littéraire de la fin de siècle, du post-naturalisme à l'apparition d'une rhétorique spécifique du combat des "intellectuels". Ces changements sont perceptibles dans les textes eux-mêmes, et plus encore dans les articles critiques qu'à travers les textes de création. Si la Revue Blanche se présente à l'origine comme une revue essentiellement littéraire (elle refuse d'emblée d'être "une revue de combat"), elle s'implique pourtant progressivement dans l'espace social, ce que montre l'augmentation des textes critiques à partir de 1894. Cette évolution s'accompagne d'une grande diversité de styles et de chroniqueurs, qu'il s'agisse de Paul Adam, de Charles Péguy, de Léon Blum, d'André Gide ou encore de Claude Debussy ; c'est le discours critique, dont les objets sont multiples - aussi bien historiques, sociologiques, idéologiques que littéraires - qui raconte au plus juste l'histoire de la revue, ce dont cette anthologie se propose de faire état. D'une singularité qui tient à la direction particulière donnée par ses fondateurs, les frères Natanson, mais aussi à l'époque bouillonnante qui l'a vue naître, la Revue Blanche, en tant que texte, n'est pas d'un accès facile; l'abondance des chroniques entraîne nécessairement une dispersion, voire un certain hermétisme qui rend sa lecture complexe. Le travail de sélection est d'abord un travail d'éclairage, puis de mise en évidence : l'anthologie permet le marquage raisonné de points de repère, une mise en valeur de textes qui ont constitué les pré-originales de publications aujourd'hui connues mais aussi une véritable exhumation ou mise en exergue de textes oubliés qui ont eu une résonance en leur temps et paraissent essentiels pour comprendre la vie intellectuelle de cette période particulièrement fertile de l'histoire des idées. La revue, par nature, fait se côtoyer des textes très divers, et cette coexistence change la perception de chacun d'eux : les replonger dans leur contexte de publication permet d'arborer ces effets de lecture et le rayonnement qu'ils exercent les uns sur les autres. C'est dans cette perspective que l'ouvrage propose une articulation autour de trois grandes périodes: une première partie consacrée aux débuts de la Revue Blanche, champ d'expérimentation (1891-1893); une seconde partie qui correspond à la naissance de la revue engagée (1894-1897); une troisième partie enfin, où se manifestent les prémices de la Nouvelle Revue Française, la Revue Blanche apparaissant alors comme le modèle de la revue intellectuelle (1898-1903).