Renée Clemence - Gotin
Renée Clemence - Gotin
"Notre bonhomme gardait les yeux baissés. Il ne voyait que les pattes du cheval. Il n'y en avait que trois. Une seule touchait le sol ; la seconde se mouvait dans l'espace infini ; la troisième galopait toute seule dans une région qui n'était ni sol, ni espace... Tout le monde, à part le muet et le bébé, possède l'usage de la parole ordinaire. Mais la parole magique, il faut la demander ! Si personne ne répond yékrak à yékrik, le conte n'a aucun effet."
L'oeuvre littéraire d'Hervé Guibert (1955-1991) est ici relue à la lumière de son journal intime, Le Mausolée des amants, qui fut publié de manière posthume en 2001. A travers la question de l'altérité, qui se manifeste aussi par le rapport à soi présent dans son écriture, l'on croise chez cet auteur les influences d'intellectuels admirés, tels que Roland Barthes, Michel Foucault ou Thomas Bernhard. Le genre autofictionnel, considéré ici comme une variante postmoderne de l'autobiographie, révèle chez H. Guibert une crise identitaire liée à l'apparition du virus du sida. Arnaud Genon analyse les conséquences de cette fracture autobiographique au travers d'une tension entre la volonté de se dire et la difficulté de la réaliser.