Remond Alain
Remond Alain
" Toutes ces années à faire un métier qu'on aime, dans un journal qu'on aime. Et puis c'est fini. Toutes ces questions qui font revenir l'enfance, le long film de la vie. On débusque des énigmes. On croise des fantômes. On bute sur des secrets. Tout arrive par bouffées, à l'improviste, par effraction. Qu'est-ce qu'une vie ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut dire: voilà, c'est ma vie ? Le travail, les rencontres, l'amour, les enfants, les deuils, les échecs, les souffrances... Et ces moments d'incroyable bonheur avec celle qu'on aime, avec les enfants, avec la couleur du ciel et l'odeur de la terre. Ces moments qu'on se jure de ne jamais oublier, comme un viatique pour affronter la vie quand on ne sait plus, quand on a peur. " AR
"Après trois récits autobiographiques, après avoir dû répondre, encore et encore, aux mêmes questions sur ma vie, j'ai eu peur de me faire voler l'intime de mon intime. Et j'ai eu envie de me cacher, de me protéger, en écrivant un roman, une fiction. Et puis je me suis aperçu que j'avais fait fausse route. Que ce roman était raté, nul et non avenu. Alors j'ai voulu comprendre ce qui m'était arrivé. S'il n'y avait pas quelque chose de plus obscur derrière ce désir. Et j'ai tiré le fil de multiples questions. Qui ramènent toutes, en définitive, à celle-ci : que veut dire raconter sa vie ? J'ai essayé de remonter jusqu'à la source. Jusqu'à cet enfant habillé de blanc sur une photo oubliée."
"Mon lieu préféré, à Rome, c'est un grand parc qui vient tout juste d'être ouvert au public, la villa Pamphili. J'y vais à pied, les fins d'après-midi. C'est l'heure où j'ai rendez-vous avec moi-même, avec mon enfance, avec ma famille. Je pense à mon père, à la mort de mon père, à la guerre entre mes parents, au silence de mon père, à notre silence à nous, les enfants. Je suis heureux et j'ai peur. L'étrange douceur de la villa Pamphili me serre le cœur. Il va bientôt faire nuit. Les promeneurs sont des ombres. De violentes odeurs montent de l'herbe. Je rentre au Collegio tel un fantôme, glissant dans l'air comme à travers l'absence. C'est l'heure de retrouver mes amis américains. Ce soir, Mike va sortir sa guitare et chanter We shall over-come - oui, nous vaincrons nos ennemis." Après Chaque jour est un adieu, Alain Rémond, avec la même sincérité et la même sensibilité, évoque ses années de formation.
" Je sursaute à cette seule idée : d'autres gens y habitent, dans notre maison. Et ça reste complètement insupportable. Combien de temps a-t-elle été à nous ? J'avais six ans quand on s'y est installés. J'en avais vingt-cinq à la mort de ma mère, quand elle a été vendue. Pourtant, je n'arriverai jamais à en parler autrement que notre maison. On y a été tellement heureux et parfois, aussi, si totalement désespérés, nous tous, les dix enfants. Et nos parents. J'habite loin de Trans, maintenant, depuis longtemps, mais il m'arrive de repasser devant la maison, en tremblant. Et c'est comme si je brûlais, en approchant de la fenêtre. Parce qu'en même temps que ce bonheur, il y a eu trop de malheur. " A. R.