Raimbault Ginette
Raimbault Ginette
Rien, dans l'expérience que rapporte ici Ginette Raimbault, ne voile les difficultés. La psychanalyste en service hospitalier de pédiatrie a affaire à des médecins pris, malgré eux, dans l'image de leur pouvoir et qui ne font appel à elle qu'au moment où l'efficacité de leur pratique rencontre ses limites : attendant d'elle un surplus de savoir qui est précisément ce qu'elle ne peut leur donner. Son rôle étant, à l'inverse, de les amener à reconnaître le sujet, aussi bien dans le petit malade et sa famille, qu'en eux-mêmes. Par ailleurs, il est essentiellement question ici de cas désespérés : enfants qui ne grandiront pas, enfants que l'on ne peut faire survivre que par des soins qui sont autant de violences, enfants même que l'on sait déjà condamnés ; le rôle de l'analyste est d'amener les soignants à reconnaître qu'il y a un désir jusqu'en ces corps-là et qu'il faut leur parler, amener les parents à mettre au clair ce qu'il y a en eux, depuis le début d'une telle situation, de culpabilité et parfois de voeux de mort. Un voeu de mort, tel qu'il arrive aussi qu'une situation médicale, en apparence désespérée, se résolve dès l'instant où l'enfant est délivré d'une famille où il occupait une autre place que celle de sujet vivant ; c'est le cas, en particulier, de certaines anorexiques pour lesquelles Ginette Raimbault élucide de façon remarquable la structure familiale qui les a conduites à ce choix-là. Beaucoup des drames qui sont exposés ici, la plupart d'entre nous ne veut les connaître. La leçon de Ginette Raimbault, c'est que quelque chose peut être fait pour qu'advienne du sujet, là, malgré tout.
Cette nuit, ils ne font pas l'amour. Cette nuit, ils ne se défoncent pas. Plancher, sur le lit, les draps trempés. Il grelotte, il suffoque. Le thermomètre indique quarante de fièvre. Javier veille son ami. Passe la main sur son visage, le calme lorsqu'il s'agite trop, porte les verres d'eau, maintient le gant de toilette imbibé d'eau froide sur son front, caresse sa chevelure, sa nuque, lui raconte un tas d'histoires sans intérêt pour l'apaiser, le serre dans ses bras, embrasse sa joue en feu, l'aide à ingurgiter aspirine sur aspirine. Le jeune homme ne semble pas vraiment réagir. Les seules fois où il se lève, c'est pour se précipiter aux toilettes et vomir. Il refuse que le capitaine l'y accompagne, tire la chasse avant de sortir et revient se coucher illico. Javier est tenté un moment de l'emmener aux urgences, mais son amant l'en dissuade. Demain, il ira voir quelqu'un, promis. En attendant, il veut juste se reposer. S'il te plaît, mon amour.