Pierre Seghers
Pierre Seghers
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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Éric renonça à observer le promeneur qui descendait le trottoir dans la lumière oblique. Il s'allongea, ouvrit un livre, et lut un instant. Décourageant... Le génie le miniaturisait. Jamais il ne parviendrait à bâtir une oeuvre ! Tout au plus pouvait-il espérer donner quelques titres isolés dans un temps élastique. La vague somptueuse, qu'il avait cru entrevoir, n'était qu'un larmoiement de source. Ces passages à vides, ces « zones de vertige », ainsi qu'il les nommait pudiquement, Eric ne les connaissait que trop. Et, chaque fois, sa volonté arqueboutée l'y précipitait davantage. Les lignes se brouillèrent, la page se distendit en trapèze, le plafond quitta l'horizontale, et il se réfugia dans un sommeil suicidaire. Poë, Baudelaire, Flaubert, Zola, Radiguet, Steinbeck, Gide, Camus... Il les reconnaissait tous : ils ricanaient en s'avançant vers lui, les poings tendus, immenses, démesurés... Zulman apparut près de lui, puis la dame grise. L'un et l'autre se mirent à pourfendre le flot tumultueux de têtes moqueuses, à coups de coupe-papier, qu'ils maniaient comme des sabres orientaux. De nouveaux visages poussaient sur les troncs décapités, qu'il identifiait tour à tour. Les géants naissaient et mouraient aussitôt, fantastique hydre de Lerne de la Littérature... Au dernier plan, volets fermés, un hôtel, avec une grosse verrue sur le crépi. La vieille dame tomba, puis Zulman, et la marée humaine déferla. Eric se mit à courir, cherchant une aire où reposer sa peur. Une aire où mourir, pour oublier que, soldat très anonyme, il était un mort vivant condamné à l'oubli avant d'être connu. (...) « La Chartreuse de Parme » l'avait abandonné : le livre gisait sur le plancher. Douze heures, il avait dormi douze heures ! Comme si la vie, déçue d'avoir donné sa chance à un incapable, s'était, pour un temps, retirée, de lui. - Hervé Anglard, extrait d'un roman à paraître
Pierre Seghers, poète, résistant de la première heure, et éditeur des poètes du monde entier, fut le premier à retracer en 1974, avec La Résistance et ses poètes, l'aventure individuelle et collective de la poésie française sous l'Occupation. Cet ouvrage de référence est composé d'un récit historique et d'une anthologie, qui intimement se complètent et se répondent.Dans cette anthologie, Pierre Seghers réunit une centaine de poètes qui eurent les mots pour armes. Leurs poèmes furent publiés en " contrebande " pour tromper la censure, écrits dans la clandestinité ou le maquis, depuis les prisons et jusqu'aux camps de déportation. Ils résonnent encore aujourd'hui tels des cris profonds et autant d'appels à la liberté. " À côté de noms déjà établis avant la guerre au coeur de l'avant-garde, mais que leur engagement fait définitivement entrer dans le canon des classiques (ceux qu'on étudie en classe) - un Aragon, un Desnos, un Eluard -, la surprise, pour le lecteur non prévenu, vient du foisonnement des anonymes, des inconnus et des méconnus. [...] Par-delà toutes les différences de qualité et de style qu'on imagine - et qui s'imposent à la lecture -, ces poètes ne font de la politique que parce qu'ils font de la poésie. [...] Seghers trouvera la formule qui fait mouche : "La poésie de la Résistance ne sera pas la poésie d'un parti politique, mais celle de l'homme en danger de mort'. " Extrait de la préface de Pascal Ory, de l'Académie française
Pierre Seghers, poète, résistant de la première heure, et éditeur des poètes du monde entier, fut le premier à retracer en 1974, avec La Résistance et ses poètes, l'aventure individuelle et collective de la poésie française sous l'Occupation. Cet ouvrage de référence est composé d'un récit historique et d'une anthologie, qui intimement se complètent et se répondent.Dans ce récit, de la " drôle de guerre " à la Libération, des débuts de la Résistance à la guérilla organisée, Pierre Seghers suit pas à pas l'itinéraire de femmes et d'hommes précipités dans le labyrinthe des réseaux, le chassé-croisé des pseudonymes, et qui firent résonner la voix de la liberté au péril de leur vie. On y croise Aragon, Paul Eluard, René Char ou Robert Desnos et des figures emblématiques de résistants, tels Jean Moulin, Madeleine Riffaud, Lucie Aubrac ou Missak Manouchian, mais aussi nombre de poètes anonymes, parfois très jeunes, tous épris du même idéal. Près de cinquante ans après sa première édition, la force prophétique de ce livre demeure intacte. " Et c'est ici que le génie propre de Seghers peut continuer d'agir. Chez lui, les poètes ne sont ni désincarnés ni enfermés dans leur tour d'ivoire. Ce sont des êtres de chair et de sang. Sans doute est-ce à cette condition que leur voix peut encore parvenir jusqu'à nous. Tendons l'oreille. " Extrait de la préface de Pascal Ory, de l'Aadémie française
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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