Paul Ardouin
Paul Ardouin
On doit reconnaître chez Pernette du Guillet ses qualités personnelles de poétesse avec son talent et sa sensibilité propres. Elle eut le mérite de reconnaître son éblouissement devant « le haut savoir » de Maurice Scève et elle eut le courage grâce à la rigueur de son « Saint Amour » de s'opposer aux pulsions sensuelles de son maître et ami. Cette attitude permit à l'auteur de la Délie de se soumettre aux exigences de la haute value des vertus de Pernette et de découvrir la victoire du vrai Amour sur la souffrance, sur l'échec, et sur la Mort. En fait c'est dans l'épanouissement du dialogue d'amour qui se joue entre Pernette du Guillet et Maurice Scève que s'illumine la voie mystérieuse d'une espérance permettant à nos deux amants d'entrouvrir la porte du Royaume de Dieu. P.A.
Délie objet de plus haute vertu est une oeuvre d'une rare beauté et d'une grande difficulté d'interprétation. Elle comprend deux composantes : un texte poétique et une suite de cinquante emblèmes qui illustrent le texte en dégageant les éléments d'une haute spiritualité très utile au critique pour l'établissement d'un plan. C'est ainsi que le premier emblème (la femme et la licorne) prend une importance capitale car il nous montre symboliquement le mystère de l'incarnation du Verbe dans le sein de Notre Dame. Délie prend ainsi l'image transparente de la Vierge Mère du Christ. Ce seront donc les plus hautes vertus d'une Dame vue à travers le visage de la Vierge que le poète tentera d'égaler. Il ne réussira pas tout seul, et il n'y parviendra qu'avec l'aide de Dieu. C'est ainsi qu'il clamera son échec à la fin de la première période de la Délie illustrée par l'emblème du Basilic (mon regard par toi me tue). Courageusement le poète marquera un sursaut (Voyant mon cas, de moi je m'épouvante) et il repartira pour une deuxième période qui est celle de l'ascèse purificatrice. Malgré tous ses efforts notre héros n'arrivera pas à maîtriser les « flammes ardentes » de son amour et la deuxième période se terminera par un échec apparemment définitif et mortel (Le Tombeau et les Chandeliers : après la mort ma guerre encore me suit). C'est alors qu'apparaît le coup de théâtre qui nous dévoile le secret et une partie du mystère de la Délie. Après les déchirements de l'échec nous assistons à une transfiguration du poète recevant un appel de Dieu. Revenant à la rigueur de sa foi il découvrira son salut dans l'espérance, une des deux premières vertus théologale. Il reconnaîtra l'unicité de l'Amour humain et de l'Amour divin. Il n'y a qu'un seul Amour, et il n'y a qu'un seul Dieu, seul dispensateur de la paix dans l'Espérance de la vie éternelle. Notre Genièvre ainsi donc vivra Non offensé d'aucun mortel létharge. Sans les reflets ensoleillés du diamant de l'Espérance, la Délie ne serait plus qu'un beau violon sans âme. P.A.
Le Professeur Ardouin est né à Saint-Gaudens, le 15 janvier 1897. Sa mère était ariégoise, et son père charentais. Il a gardé - de cette double origine montagnarde et maritime - un goût pour toutes les oeuvres de la nature. Tout d'abord médecin de campagne pendant 7 ans, le Docteur Ardouin a pris son essor à l'âge de 33 ans, et a préparé l'agrégation d'oto-rhino-laryngologie, après un séjour de trois ans dans le service du Professeur Georges Portmann de Bordeaux. Successivement Professeur suppléant à l'école de Médecine de Tours, puis Chef de service hospitalier, le Docteur Ardouin a été nommé professeur titulaire de la chaire de Clinique O.R.L., à la faculté de Médecine de Tours, en 1957. Entre temps, il présentait - en Sorbonne - une thèse de Doctorat ès sciences (1941). Il fut plusieurs fois chargé de rapports dans les congrès nationaux et internationaux. En 1964, il fut élu président de la Société française d'O.R.L. La venue de nombreux petits enfants a réveillé chez lui l'inspiration poétique, et provoqué un début de carrière littéraire. Le Professeur Ardouin a écrit quelques poèmes, mais il s'est surtout intéressé aux questions de philosophie biologique, et aux problèmes de l'histoire des sciences humaines. Il a publié quelques essais sur Ambroise Paré, André Vesale, ainsi que sur Ronsard, Balzac et Teilhard de Chardin. Toutefois, c'est dans ses discours, allocutions ou conférences, qu'il manifeste avec le plus de générosité ses talents d'écrivain et d'orateur. Paul Ardouin est vice-président de l'Union mondiale des écrivains médecins.