Patrice Nganang
Patrice Nganang
« Vraiment, être Camerounais c'est un métier. » Truffe au sol et oreilles dressées, Mboudjak promène son regard à la fois attentif et désabusé sur le monde qui l'entoure. Témoin discret, il observe et commente la condition humaine dans les rues et les maisons de Yaoundé, du sous-quartier de Madagascar jusqu'aux collines huppées de Santa Barbara. Dans l'ombre de son maître Massa Yo, il dépeint avec ironie les aspirations et les doutes, les alliances et les faux-semblants, les petites lâchetés et les grandes ruses de ces curieux sujets d'étude que sont les hommes. Français, camfranglais, pidgin, medumba, Mboudjak comprend toutes les voix de ceux qui s'agitent autour de lui. Mais lui, le chien, est aussi le seul à pénétrer le langage de Bello, l'enfant porteuse d'une vérité que les humains refusent de voir, celle de l'histoire du Cameroun en marche.
Disons-le clairement. Le traitement du racisme en France est moral et non politique, encore moins juridique ou économique. Dans ce roman prospectif, Patrice Nganang initie une réflexion sur le paysage politique français dans un futur proche. Posons-nous la question simple : À quand un Président noir en France ? Vous me direz tu rêves. Or c'est une évidence, car la jeunesse noire de France a un destin français et dans ce destin, il y a celui de la Présidence de la Répu-blique française. C'est une question de temps. Pourquoi passer par quatre chemins en demandant plus de présence dans les médias, plus de présence dans la publicité, dans le cinéma. Prenons la place qui est la nôtre, le reste suivra. Roman publié, par un éditeur noir, camerounais, dans son entreprise basée en France. Premier pas. Patrice Nganang est un écrivain camerounais, auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont le roman Temps de chien pour lequel il est Prix littéraire Marguerite Yourcenar et Grand prix littéraire d'Afrique noire. Il est Chef du Département d'Etudes Africaines, Africaines Américaines et Antillaises (Africana) à l'Université d'État de New York, Stony Brook où il enseigne la théorie littéraire et culturelle.
Plongez dans Apologie du vandale, un recueil de poèmes percutants où Patrice Nganang explore la révolte, la parole des rues et la quête d'humanité.
C'est la première fois que Nithap, alias Vieux-Père, rend visite à son fils installé aux États-Unis. Il a accepté de quitter Bangwa, à l'ouest du Cameroun, cette ville où il a toujours vécu, où il est devenu infirmier, où il a connu la guerre, où il est tombé amoureux, où ses enfants sont nés. Mais le séjour se prolonge : Nithap est malade et son fils veut le garder auprès de lui. À quarante ans, celui-ci refuse que son père se laisse mourir. Il entend connaître enfin cet homme si secret auprès duquel il a grandi. Alors la voix de Nithap s'élève et remonte le temps pour raconter ce que son fils n'a pas vécu et dont personne ne parle ni ne veut se souvenir, cette guerre civile qui a déchiré le pays au temps de l'indépendance, ses soldats, ses martyrs. Le fils écoute le père, l'histoire de sa famille et la prière de cette terre devenue sanglante. De New York au pays Bamiléké, les voix se mêlent, le temps n'existe plus, les époques se confondent. Patrick Nganang, dans ce grand roman, fouille les mémoires, raconte des vies bouleversées par la guerre ou l'exil, et un pays où le passé est une douleur, le présent un combat, où chacun cherche sa liberté.
1940-1944 : " saison des prunes " qui vit les Camerounais prendre le parti de la France libre, accueillir De Gaulle et son lieutenant Leclerc, tous deux alors condamnés à mort. Bâti sur l'amitié entre deux hommes - Ruben Um Nyobé, le futur chef indépendantiste, et le poète Louis-Marie Pouka -, ce roman foisonnant commence par la défaite française d'août 1940. Pouka et Um Nyobé rentrent dans leur village, Edéa. Le poète veut y réaliser un de ses vieux rêves : créer un cénacle pour former les futurs poètes camerounais, groupe qui se réunira dans le bar du village, devenu aussi maison de passe... Mais ces retrouvailles sont perturbées par l'arrivée de Leclerc, et le cénacle devient vite le vivier de recrutement de " tirailleurs ", les premiers soldats de la France libre. De nombreux jeunes s'engagent ainsi pour se venger, fuir ou découvrir l'ailleurs. On suit alors l'épopée de ces soldats, sous-équipés par une France libre sans moyens, allant eux aussi à la guerre " en chantant ", mais surtout au massacre ; les balbutiements pittoresques du commandement français (De Gaulle, Leclerc, Massu... bien différents de la légende officielle) ; la vie du village qui continue grâce au courage des femmes qui souffrent et se battent malgré les violences et les viols. Roman symphonique, enlevé, tragique mais aussi plein d'humour, La saison des prunes raconte les luttes, les amours, les rêves, la bravoure de personnages pris dans une guerre qui n'est pas la leur, mais devant laquelle ils ne reculeront pas.
En 1931, Sara, neuf ans, est arrachée à sa mère et offerte au sultan Njoya, dont elle doit rejoindre les 681 femmes au Mont Plaisant, à Yaoundé, où Njoya a été exilé par l'occupant français. Mais à la suite de circonstances imprévues, la matrone qui prépare Sara décide de la travestir en garçon¿: désormais, elle va vivre à la cour sous le nom de Nebu, tandis qu'au dehors, les nations se préparent à la Seconde Guerre mondiale. Soixante-dix ans plus tard, c'est à Bertha, une jeune Camerounaise étudiant aux États-Unis et revenue au pays, que Sara va raconter son histoire peuplée d'incroyables personnages. Au premier rang desquels le sultan Njoya lui-même, homme curieux des sciences, inventeur d'un alphabet, entouré d'une colonie d'artistes, et qui s'évertue à faire prospérer la culture raffinée de son peuple. On croise aussi Joseph Ngono, ancien professeur à l'université de Berlin, qui a décidé de rentrer au Cameroun, où sa déception est cruelle. Joseph qui est aussi le père de Sara... Mont Plaisant est un roman ambitieux, magistralement construit, sur l'amour, le pouvoir, les ravages du colonialisme et des guerres, la beauté de la civilisation bamoum, la vitalité de son art et la tragédie de son déclin. " De façon enjouée, impeccable et grave, [...] une émouvante fresque du Cameroun d'avant la présence française. " Eugène Ebodé, Le Mag " [...] Mont Plaisant fournit un éclairage brillant sur une période charnière de l'histoire du Cameroun. " Fabien Mollon, Jeune Afrique Prix des cinq continents de la Francophonie 2011, Mention spéciale du jury