Pablo Gisbert
Pablo Gisbert
La Possibilité qui disparaît face au paysage est un récit pour la scène qui parcourt dix villes et îles européennes. Dans chacune d'elles, l'auteur observe une scène de la vie quotidienne de notre monde capitaliste, ou prête la parole à un artiste ou à un penseur, réel ou inventé, explorant les recoins les plus sombres de l'esprit humain, et livrant un regard désenchanté sur l'avenir de la société, de la pensée ou de la nature. Michel Houellebecq, Spencer Tunick, Paul B. Preciado, Blixa Bargeld, et une foule d'anonymes, peuplent ce paysage, le dessinant par métonymie. GUERRILLA est une fiction théâtrale d'anticipation mêlant plusieurs voix. D'une part celle de la géopolitique mondiale qui se raconte au futur antérieur, analysant les enjeux d'une guerre éclatant en 2023, et d'autre part celles de jeunes gens invités en 2019 à témoigner de leurs histoires familiales traversées par les guerres du xxe siècle. La voix narratrice s'immisce dans les pensées et les conversations d'une génération européenne, pour livrer son histoire et son regard sur le monde, et les mettre en résonance avec le récit des violences présentes. Nées d'un même processus d'écriture textuelle et scénique, ces deux pièces dialoguent l'une avec l'autre, et composent un diptyque.
Ces deux nouveaux textes du célèbre duo espagnol El Conde de Torrefiel explorent deux types de performance : théâtrale et sexuelle. LA PLAZA s'apparente à un texte-paysage où autrui constitue une image superficielle. Là est le paradoxe. Ainsi, les mécanismes narratifs, entre projections collectives et fantasmes personnels, structurent le lieu névralgique où se font face la conscience du monde, l'histoire et la projection vers un futur plus ou moins déjà vécu. Ces images puisent leur force dans une langue puissante dont les séquences s'imbriquent pour se retourner vers nous, individus esseulés dans l'océan d'une salle de théâtre alors devenue métaphore du monde. KULTUR est un spin-off de LA PLAZA à partir d'une situation littéraire précise : c'est le soliloque d'une jeune romancière qui ne veut pas faire comme les autres et qui pourtant, doit suivre les lignes tracées par les archétypes de notre monde contemporain : succès, désir, solitude et nature plastifiée. Cet enchâssement commence par le besoin qu'éprouve notre belle héroïne moderne de se vider la tête pour s'autocontempler avant de se mettre à écrire. La fiction qu'elle dépeint, notamment le casting porno auquel elle est convoquée, se transforme en un miroir dans lequel elle bascule pour former sa propre image sur un futur plateau, celui du théâtre ou celui de la vie.
La Lueur d'un lac parle d'amour, de travail et de violence dans un monde qui s'effondre entre mirages, trompe-l'oeil et hallucinations. Ce récit est pareil à un film imaginaire qui relie des femmes et des hommes de provenances différentes. Les histoires surgissent et disparaissent comme des poupées russes qui s'enchâssent, et finissent par engloutir leurs propres personnages dans les eaux profondes du temps : deux amants qui se rencontrent dans un concert à Manchester, deux amoureux secrets à Athènes, une femme trans à Paris et le public d'une première à La Fenice de Venise. Dans LEXIKON, la parole n'est pas seulement un recueil de mots et de sens, elle porte aussi une énergie souterraine. La langue des personnages y est un matériau où se livre le combat de notre société de la communication, dévastatrice pour notre imagination et nos désirs. Sept contes composent ce texte : un groupe de personnes peint une toile de Basquiat sous le regard d'une voisine insomniaque ; le discours d'investiture d'Enrique Vila-Matas à l'Académie royale espagnole ; une éditrice roule autour d'une grande ville ; deux touristes espagnoles visitent la Documenta de Kassel ; le prix du jury du Festival de Cannes est attribué à un film sur les souvenirs les plus intimes des spectateurs ; deux personnages ont une conversation galactique en récitant des vers adressés au temps et cinq robots humanoïdes créent une pièce conçue et représentée par eux.