Nedjib Sidi Moussa
Nedjib Sidi Moussa
L'ouvrage fait la synthèse de quinze années de recherches, menées sur les deux rives de la Méditerranée, et propose de prendre au sérieux la centralité refoulée de la question algérienne en France, de 1962 à nos jours. Pour comprendre la France contemporaine, il est nécessaire de se confronter, enfin, à la question algérienne. Les crispations et tensions des dernières décennies ont souvent pris la forme de polémiques aussi violentes que stériles autour de l'identité, l'immigration, l'héritage coloniale, l'islam ou la sexualité. Toutes ces thématiques, construites comme autant de « problèmes » par des forces antagonistes, de l'extrême droite à la gauche radicale, ne peuvent être comprises qu'à l'aune de la question algérienne, en raison des clivages hérités de la décolonisation qui travaillent les courants les plus extrémistes de la société française, du ressentiment des partisans de l'« Algérie française » à la désillusion des anticolonialistes favorables à l' « Algérie nouvelle ».
Comment des Algériens colonisés sont-ils devenus révolutionnaires? Et comment sont-ils restés fidèles à leur engagement après 1962? Les itinéraires des partisans de Messali Hadj, favorables à une assemblée constituante souveraine, lèvent le voile sur une autre histoire de l'indépendance algérienne. En éclairant le parcours des animateurs d'un courant réprimé par les autorités coloniales et marginalisé par un Front de libération nationale devenu hégémonique, cet ouvrage redonne vie au mouvement fondé par le pionnier malheureux de la révolution algérienne. En mobilisant des sources inédites, il interroge la pluralité des devenirs, les alliances ambivalentes et les tensions mémorielles qui les traversent. À l'heure où le regard sur la guerre d'Algérie s'est renouvelé et alors que le destin politique du pays est en jeu, les questions soulevées par ces trajectoires sont plus que jamais d'actualité.