Nadève Ménard
Nadève Ménard
La littérature écrite haïtienne est la plus ancienne des littératures francophones. Elle s'étend sur trois siècles, du XIXe au XXIe, avec une production croissante caractérisée par une inventivité remarquable qui ne se dément pas depuis le premier regroupement d'écrivains et de savants connu sous le nom d'École de 1836. Cela est vrai également des écrits des femmes, dont les premiers textes publiés datent aussi du XIXe siècle. Cependant, même si quelques écrivaines haïtiennes jouissent aujourd'hui d'une renommée internationale, l'oeuvre d'un grand nombre d'auteures demeure peu lue et peu étudiée. Les écrivaines haïtiennes font pourtant preuve d'une grande audace sur le plan des formes et des thèmes, faisant régulièrement fi des conventions de la littérature dite lettrée et du discours sociopolitique admis pour traiter de sujets controversés : préjugés de race, de classe et de religion, sexualité féminine, sexisme, traumatismes de la vie intime, esclavage, maltraitance des enfants, par exemple. En étudiant des oeuvres appartenant à plusieurs genres de quelques écrivaines connues et moins connues telles que Virginie Sampeur, Chantal Kénol, Ida Faubert, Jeanne Perez, Marie Vieux-Chauvet, Nadine Magloire, Kettly Mars, Marie-Célie Agnant et Évelyne Trouillot, ce dossier entend illustrer la richesse de ce volet de la littérature haïtienne resté encore largement dans l'ombre et qui pourtant confirme la grande inventivité de cette littérature francophone qui ne cesse de se renouveler depuis plus de cent cinquante ans.
La littérature haïtienne occupe une grande place sur la scène internationale. Les auteurs haïtiens sont lus sur tous les continents. Ils participent à des rencontres en Martinique, à Paris et à New York. En même temps, Haïti accueille de plus en plus d'écrivains étrangers ainsi que des manifestations littéraires. Mais, en règle générale, ces activités littéraires impliquent toujours la même poignée d'auteurs publiant principalement à l'étranger. De retour en Haïti après ses études aux États-Unis, Nadève Ménard se rend compte que ses étudiants lisent surtout les écrivains vivant et publiant principalement en Haïti. Entre les deux littératures, la différence n'est pas seulement au niveau des auteurs et des livres considérés, mais aussi des thèmes. La critique étrangère considère l'exil comme le thème dominant la littérature haïtienne, alors qu'en Haïti même, ce sont des thèmes universels qui sont évoqués et discutés, comme la violence, l'amour, la sexualité, la ville... C'est cette littérature que le présent ouvrage expose dans sa diversité, en s'arrêtant sur les années 1986 à 2006, la première date ayant représenté un tournant majeur dans la société haïtienne. L'objectif de ce livre est ainsi de donner une large perspective de la littérature haïtienne contemporaine et d'y inclure autant d'écrivains que possible. Même après le séisme du 12 janvier 2010, la littérature haïtienne, comme le pays, continue de vivre. Après des études à Haïti et aux États-Unis, Nadève Ménard a obtenu son doctorat en 2002 de l'Université de Pennsylvanie avec une thèse intitulée : The Occupied Novel : the representation of foreigners in Haitian novels written during the US occupation, 1915-1934. Elle continue depuis de s'intéresser à la représentation littéraire des événements historiques, comme le massacre des Haïtiens en République dominicaine en 1937. Elle a aussi travaillé sur les littératures francophones de l'Afrique et des Antilles françaises. Ses articles ont été publiés dans des revues telles International Journal of Francophone Studies, Conjonction et Le Cahier des Anneaux de la Mémoire. Elle enseigne aujourd'hui à l'École normale supérieure de l'Université d'État d'Haïti et, avec Régine Jean-Charles, vient de lancer Tande, un blog sur la culture haïtienne.