Michel Naepels
Michel Naepels
Les sciences sociales peuvent-elles décrire la vulnérabilité, l'incertitude, la solitude ? Pour répondre à cette question, Michel Naepels, assumant sa position d'auteur, adopte dans ce livre une approche pragmatique et s'interroge sur le rôle du chercheur et le statut du témoignage qu'il suscite, à partir d'enquêtes menées dans des zones de conflits et de troubles, et de lectures à la fois anthropologiques, philosophiques et littéraires. Au lecteur qui se demande quelle est la place de celui ou celle qui enquête dans des situations de détresse, cet essai propose une anthropologie politique renouvelée de la violence, de la prédation, du capitalisme. Il endosse un point de vue, celui de la vulnérabilité et de l'exposition à la violence, en prêtant attention aux subjectivités, aux émotions et aux pensées des personnes qui y sont confrontées. Il s'agit d'articuler l'exploitation de l'homme et de la nature avec la construction de soi, de penser dans le sensible, avec la douleur, malgré tout.
Au-delà de la mise en discussion d'une certaine position théorique (pragmatique et historiciste) dans l'écriture des sciences sociales, et en particulier de l'anthropologie, le sens de cette publication ne saurait être que de marquer l'inscription du travail universitaire dans une étrange communauté, au sein de laquelle humanités et sciences sociales ne s'opposent pas, et que règlent la liberté des chemins de pensée et le goût de la transmission, par la parole et par les livres. Des lectures de Wittgenstein qu'a proposées Jean Bazin, j'ai retenu l'horizon d'une écriture déflationniste, et d'une visée déceptive relativement à nos capacités d'explication - il y a déjà tellement à faire en se donnant pour tâche de décrire notre monde de manière compréhensive. Mais c'est l'enquête ethnographique et les rencontres qu'elle m'a permis de faire qui constituent le noyau subjectif de ma réflexion épistémologique, dans la fidélité aux relations nouées avec mes amis kanaks.
Plongez dans Chroniques de l’intranquillité : une enquête anthropologique captivante sur la violence, la survie et la résilience dans le Katanga.
Quel est le fil conducteur qui mène un anthropologue enquêtant à Houaïlou, en Nouvelle-Calédonie, à s'intéresser à la fois aux opérations de répression coloniale menées en 1856, à la chasse anti-sorciers de 1955, à la mobilisation indépendantiste des années 1980 et aux règlements de compte villageois des années 2000 ? La violence, le conflit, la guerre. Quelles sont plus précisément les conventions d'usage de la violence ? Comment contrôler la violence pour éviter la guerre, ou pour la préparer en secret ?Michel Naepels décrit et analyse les pratiques guerrières, les figures du massacre, la question de l'anthropophagie, les « objets de guerre ». À travers cette archéologie de la violence, il rend compte de l'inventivité pratique, de l'intelligence et de la ruse des Kanaks impliqués dans des rapports conflictuels, souvent violents. Les archives et le recours aux récits recueillis auprès des habitants actuels de Houaïlou restituent l'épaisseur de ces moments historiques, les contextes emboîtés de l'action politique qui s'y déploie, tout en interrogeant la valeur et les limites de l'enquête de terrain.Ces épisodes sont autant de séquences de changement dans l'organisation sociale, administrative, foncière ou politique : ils permettent de comprendre, depuis la prise de possession par la France jusqu'à nos jours, les modalités réelles de mise en oeuvre de la gouvernementalité coloniale et postcoloniale. L'attention portée à l'invention, à l'importation ou à l'adaptation des techniques répressives, massivement liées à l'expérience française en Algérie, ouvre à une véritable géopolitique de la colonisation. À travers cette description minutieuse des logiques sociales du conflit, Michel Naepels invite aussi à une réflexion sur la place des fantasmes européens sur la violence ethnique, sur les représentations de l'altérité.
Les Archives des Affaires étrangères issues du règlement de la Grande Guerre n'ont pas été épargnées par la Seconde Guerre mondiale. Document emblématique, objet de la vindicte d'Hitler, l'original du traité de Versailles (28 juin 1919) dont la France était le dépositaire officiel, pourtant mis à l'abri au château de Rochecotte près de Tours, fut dérobé, avec le traité de Saint-Germain, par une délégation conduite par Otto Abetz et disparut, sans doute après avoir été exposé à Berlin. Les archives de la conférence de la paix, ouverte au Quai d'Orsay le 18 janvier 1919 et qui poursuivit ses travaux au-delà de la signature des traités de Versailles, Trianon, Saint-Germain-en-Laye et Sèvres, ont aussi, dans leur ensemble, subi de graves dommages après avoir été emportées par les nazis, des dommages que la direction des Archives des Affaires étrangères a entrepris de réparer en lançant une campagne de classement et de restauration (523 cartons répartis en cinq séries, de 1918 à 1930, comprenant des rapports, correspondances, imprimés et cartes). Ces archives viennent compléter les traités, les cartes et atlas qui constituent des documents essentiels pour comprendre la redéfinition des frontières de l'Europe à l'issue de la Première Guerre mondiale. Il convenait, par ailleurs, d'attirer l'attention sur un certain nombre de collections d'origine privée que le caractère incomplet de leurs inventaires avait empêché de communiquer aux chercheurs.