Michel Launay
Michel Launay
Le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, a profondément transformé la pensée et la littérature. Introduction à la vie littéraire du XVIIIe siècle offre une analyse claire et documentée des grands mouvements intellectuels et des œuvres majeures qui.
Mallarmé ou le mal des signes, Proust ou le sourire des signes, Eluard ou le rire des signes, Breton ou la grève des signes, Montaigne ou la sournoiserie des signes, Rousseau ou la musique des signes : conversations croisées entre Michel Launay et Michel Butor, avec des mots comme appâts, et ces 6 grands auteurs comme interludes.
Jaurès aimait citer Eschyle et Sophocle : « La poussière est la soeur altérée de la boue » - « Les affaires », le scandale de Panama, la corruption capitaliste, sont les causes principales des attentats anarchistes de 1893-1894. On connaît sa lutte courageuse pour la réhabilitation de Dreyfus. Jaurès prédit aussi qu'une guerre mondiale ferait surgir, sur des millions de cadavres, une révolution, et il lutta de toutes ses forces pour empêcher le déclenchement du carnage. Sa voix ne fut pas entendue. Elle fut interrompue par un assassin victime des campagnes de presse nationalistes. Jaurès avait pressenti qu'il pourrait être un jour abattu par l'un de ceux qu'il aurait voulu affranchir. Son oeuvre gigantesque, dont on commence à percevoir l'importance prophétique, demeure si belle qu'un Barrès, son adversaire, notait : « Est-il si déraisonnable d'admettre que Bossuet fut un Jaurès ? » Oiseau rare, Jaurès l'est aussi comme homme politique intègre : « honnête homme habile à parler ». Sa formule, « le courage, c'est de chercher la vérité, et de la dire », fait écho à Rousseau. Michel Launay suggère que l'éloquence de Jaurès, bien que classique, est d'une étonnante actualité.
Il n'existait pas à ce jour de livre consacré à ce diamant que représente Émile et Sophie, début de roman par lettres que Rousseau imagine pour servir de « suite » à son chef-d'oeuvre, Émile ou de l'éducation. Rousseau rêve, non sans humour, qu'Émile et Sophie, élevés selon ses principes, font un mariage catastrophique : à Paris, Émile néglige sa femme, qui le trompe, attend un enfant d'un autre, et le lui avoue. Émile fuit le domicile conjugal, s'embarque à Marseille pour faire le tour du monde, est fait prisonnier par les corsaires « barbaresques » et est vendu comme esclave à Alger. C'est le coup de théâtre : Émile organise une grève d'esclaves, et la réussit. Il reconquiert sa liberté. On n'avait vu jusqu'à présent dans Émile et Sophie qu'un début de nouveau roman d'amour, qui ne manque pas d'originalité ni de charme. Mais, comme « Julie ou la Nouvelle Héloïse », c'est aussi un roman politique et social, et c'est ce mélange qui en fait quelque chose d'étonnant et de détonant. Michel Launay le montre avec de nombreuses pièces à l'appui : en annexe, il rassemble un riche dossier, passionnant pour les spécialistes comme pour tous ceux et celles qui s'intéressent à l'histoire de la littérature, à l'histoire de l'éducation amoureuse, à l'histoire de la langue, à l'histoire de l'Algérie, et à l'histoire des grèves, y compris des grèves imaginaires et littéraires : ce diamant brut est, déjà, à multiples faces.
Une soirée, trois voix, un crâne : Vanité transforme une conversation en méditation sur la mort, l’art et la littérature.
Le titre de ce petit ouvrage est explicite. Il ne s'agit que d'une introduction à la vie littéraire du XVIIIe siècle. C'est dire qu'il demande plus au lecteur, peut-être, qu'il ne lui donne : un esprit d'initiative, la volonté de revenir sans cesse aux textes, le goût d'y vérifier - ou d'y contester - une idée qui aura été suggérée. On ne trouvera donc ici ni monographies sur tel ou tel auteur particulier, fut-il de la première importance, ni plans de dissertation, ni le traditionnel tableau des écoles et des doctrines littéraires. Mais il compte d'abondantes bibliographies, de multiples références, de nombreuses et parfois longues citations. Les auteurs ont lié l'analyse des genres à l'étude des thèmes majeurs qui ont marqué le siècle des lumières : la crise de la conscience européenne, le passage du libertinage à l'esprit philosophique, les rapports de cet esprit philosophique et de l'esprit religieux, l'invention de la liberté, le mouvement scientifique et encyclopédique, la réhabilitation des passions, l'épanouissement du genre romanesque. Chacun de ces thèmes fait l'objet d'un petit chapitre au fil duquel sont indiqués au lecteur quelques itinéraires qui lui permettront de mieux discerner l'accent particulier du siècle des lumières. Il ne s'agit donc pas de tout dire, mais de proposer un certain nombre de points de vue significatifs qui seraient comme la charpente d'une étude plus approfondie. L'ouvrage propose une manière d'interroger avec rigueur les oeuvres et invite le lecteur à poursuivre seul le dialogue avec les derniers grands noms littéraires de l'Ancien Régime.