Mattia Scarpulla
Mattia Scarpulla
Dans Bar Italia 90, Giulia se sépare de son mari Neri, quitte ses enfants et ses parents, part de la campagne d'Alessandria et déménage à Turin, dans l'Italie du nord. Elle rencontre sa voisine Mara. Giulia raconte les aventures nocturnes qu'elle vit avec d'autres trentenaires déraciné.e.s, fuyant leur famille. Iels passent leurs journées au bar Italia 90, géré par Meddur. Au centre de ce microcosme, Mara joue le rôle de coryphée, organise les sorties et capte l'attention des client.e.s du bar grâce à ses récits fantastiques. Après avoir entamé une histoire d'amour avec Mara, Giulia perd sa trace.
Peut-on recommencer une vie à zéro dans un pays étranger? Stefano est un être apparemment banal. Il vit avec Sophie et leur fille Elisa au Havre, ville moyenne de province, en France. Seul son accent Italien le rend repérable. À la recherche d'un emploi, il reprend des études et devient témoin d'une société qui se désagrège dans une profonde contradiction entre privilèges acquis et absence de certitudes. Stefano bascule dans un état second, se promène et court sans but dans la ville où ses identités passées, fantômes d'une période violente de l'histoire italienne récente, le poursuivent sous forme d'hallucinations. Les frontières entre réel et fantasmagorie s'estompent, et les souvenirs émergent... À Paris, Rebecca et sa riche famille italienne lui enseignent le pouvoir et le mépris des dominés... Le plongeon dans le passé renvoie Stefano à son adolescence turinoise... Il finit par ouvrir les yeux et une vengeance inassouvie se présente, tangible. « Errance » se structure comme une poupée russe, comme un labyrinthe tracé par les pérégrinations des personnages, du Havre à Brest, de Turin à Groningue, de Paris jusqu'au Québec.
Dans l'air de Mattia Scarpulla, il y a de l'oxygène et des mots, français et italiens, qui se baladent. [...] journal des traces n'est ni intime [...] ni chronologique - la mémoire jongle avec ses oublis, elle joue avec les souvenirs, les désorganise au gré de ses envies : "l'oubli est l'histoire qui devient trace [...]". Qu'importe dans quelle langue s'élabore l'oeuvre poétique, elle "est" une langue étrangère. Le chemin à parcourir pour la rejoindre est l'espace de liberté où se niche le travail d'écriture. Marie-Gabrielle Houriez