Mathieu Rigouste
Mathieu Rigouste
La violence policière n’est pas un accident, mais le fruit d’un système. La domination policière de Mathieu Rigouste révèle comment l’État et le marché de la sécurité organisent la répression des quartiers populaires.
À travers trois contributions majeures, ce livre revient sur la répression sanglante des mobilisations populaires, syndicales et politiques survenues au printemps 1967 en Guadeloupe et dont le massacre de mai constitue un événement historique encore peu connu du grand public. Elsa Dorlin est philosophe et sociologue ; Mathieu Rigouste est sociologue ; Jean-Pierre Sainton est historien.
La France des années 2000, comme de nombreux pays, a vu se confirmer un modèle de contrôle censé protéger la population contre la prolifération, en son sein, de " nouvelles menaces " : islamisme, terrorisme, immigration clandestine, violences urbaines... Et, pour justifier cet arsenal sécuritaire, un principe s'est imposé : désigner l'" ennemi intérieur ". Cette notion évoque la guerre froide, quand cet ennemi était le communisme. Et surtout les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie, quand l'armée française a conçu la " doctrine de la guerre révolutionnaire " afin d'éradiquer au prix des pires méthodes la " gangrène subversive pourrissant le corps national ".Si cette doctrine a depuis été officiellement évacuée par l'État, certains de ses éléments clés auraient-ils contribué à façonner cette grille de lecture sécuritaire qui présente les populations immigrées issues de la colonisation comme les vecteurs intérieurs d'une menace globale ? C'est ce que montre Mathieu Rigouste dans ce livre rigoureusement documenté, en retraçant l'évolution des représentations de l'ennemi intérieur dans la pensée d'État depuis les années 1960. Il révèle l'effrayante transformation du contrôle intérieur, de ses dimensions médiatiques et économiques, ainsi que la fonction de l'idéologie identitaire dans la mise en oeuvre du nouvel ordre sécuritaire.
Le marché la violence : mécaniques et résistancesRobots autonomes, officiers connectés, reconnaissance génomique : les innovations mises au service de la police semblent sans limites. Etats et entreprises privées avancent main dans la main pour développer un arsenal sécuritaire hypertechnologique, pas toujours efficace mais qu'un marketing intensif tente de rendre désirable. La " police du futur " ouvre des perspectives orwelliennes : il s'agit autant d'optimiser les équipements et les méthodes des forces de l'ordre que de poser les jalons d'un véritable panoptique policier qui a pour objectif d'aboutir à l'autocontrôle des populations. Mais cette mécanique n'est pas implacable. Elle se confronte à des résistances collectives ainsi qu'à la montée en puissance de critiques de plus en plus radicales à l'égard de la police elle-même et de la société qui la produit.