Marielle Debos
Marielle Debos
Comment vit-on du métier des armes dans un pays marqué par la récurrence des rébellions et des répressions ? Que font les combattants quand ils ne sont pas mobilisés par la guerre ? Et, au fond, qu'est-ce qu'être un combattant ou un ancien combattant ? A partir d'une enquête menée au Tchad auprès de ces hommes, ce livre interroge le recours aux armes quand celui-ci devient à la fois une forme ordinaire de la lutte politique et un métier. En suivant les trajectoires des combattants qui passent d'une faction à une autre, de la rébellion à l'armée, et empruntent parfois des chemins qui mènent en Libye, au Soudan ou en Centrafrique, l'auteure révèle la fluidité de leurs loyautés mais aussi les hiérarchies qui marquent le métier des armes. Elle éclaire ainsi les règles d'un monde trop souvent associé au chaos ou à l'anomie. L'ouvrage montre que la constitution de ce métier, loin de s'opposer à la formation de l'État, est indissociable de la trajectoire historique de celui-ci et d'un mode de gouvernement violent. L'enjeu n'est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre mais aussi comment sortir de l'entre-guerres entretenu par la violence d'État. Au-delà du cas tchadien, l'ouvrage constitue une réflexion majeure sur les frontières de la guerre et de la paix. Par un aller-retour subtil entre réflexions théoriques et observations ethnographiques, il ouvre de nouvelles pistes d'analyse sur les processus de routinisation et de professionnalisation de la violence et offre un regard critique sur les politiques du « post-conflit » et du « statebuilding ». Marielle Debos est maîtresse de conférences en science politique à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense et chercheuse à l'Institut des Sciences Sociales du Politique. Elle a été postdoctorante « Marie Curie » à l'Université de Californie, Berkeley.
Ce chapitre intégral est extrait de l'édition 2015 de " L'état du monde " : Nouvelles guerres, publiée sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal. Désignant originellement des citoyens mobilisés occasionnellement par l'État pour venir en appui aux forces régulières, le terme milice est désormais employé à propos de groupes armés qui ont peu de choses en commun sinon un supposé manque de discipline, un discours peu idéologique et des pratiques prédatrices. Que les milices se constituent pour assurer la protection de civils ou pour prélever des ressources, qu'elles soient mobilisées par l'État ou qu'elles remettent en cause son autorité, leur formation et leurs interventions obéissent à des logiques politiques. Après une analyse des principales approches des mobilisations miliciennes dans les sociétés en guerre, cet article s'interroge sur la frontière floue entre les forces régulières et les milices. La dernière partie montre que l'intervention des milices s'inscrit dans les reconfigurations contemporaines des modes de production et de gestion de la violence sur la scène internationale.