Marianne Alphant
Marianne Alphant
Sept destins, sept antiennes : Grandes O tisse une toile littéraire où chaque personnage, chaque silence, devient la pièce d’un univers à la fois intime et mythologique.
Une inquiétude légère, machinale, trois fois rien, il suffit de souffler, c'est parti, n'y pense plus, mais non, tu as seulement déplacé la poussière, regarde-la voler. Mieux vaut ne pas être asthmatique. Allons, soupir, on y va. Les idées, la poussière, on voit bien le rapport. Quelque chose d'infini, d'incessant. D'absorbant, aussi, d'obsédant, on y succombe. Hegel et sa légendaire obscurité, souvenirs brumeux, anxiogènes, il m'aurait fallu un guide, un homme à tout faire, Sganarelle, Jacques, ou plutôt Scapin, cet homme consolatif, ce sauveur, Ah, mon pauvre Scapin, je suis perdue, viens à mon secours, dénoue cet imbroglio, tire au clair Hegel.
Une inquiétude légère, machinale, trois fois rien, il suffit de souffler, c'est parti, n'y pense plus, mais non, tu as seulement déplacé la poussière, regarde-la voler. Mieux vaut ne pas être asthmatique. Allons, soupir, on y va. Les idées, la poussière, on voit bien le rapport. Quelque chose d'infini, d'incessant. D'absorbant, aussi, d'obsédant, on y succombe. Hegel et sa légendaire obscurité, souvenirs brumeux, anxiogènes, il m'aurait fallu un guide, un homme à tout faire, Sganarelle, Jacques, ou plutôt Scapin, cet homme consolatif, ce sauveur, Ah, mon pauvre Scapin, je suis perdue, viens à mon secours, dénoue cet imbroglio, tire au clair Hegel.
Lire les Pensées de Pascal, c'est faire l'expérience d'un désordre dont nous sommes inconsolables. Depuis le déchiffrement des papiers laissés par l'auteur et les embellissements de la première édition, jusqu'aux plus récentes tentatives d'organiser ces fragments, on a choisi de redonner ici les étapes d'une lecture aventureuse. C'est la vie même de Pascal, énigmatique elle aussi, qui apparaît alors par bribes au fil de la lecture : anecdotes, objets, lettres, rares témoignages. Dans ce fouillis prodigieux, le lecteur des Pensées reconnaît son propre trouble.
Au fond, qu'est-ce qui vous intéresse en lui ? Sa mort ? Vous perdez votre temps, il ne reste rien, c'est poussiéreux. Tâchez de simplifier pour aller vite.
La lecture : un pli, une addiction. Le livre : gri-gri, doudou, fétiche, objet transitionnel. La lectrice : passant et repassant depuis toujours à travers les mêmes histoires, les héros préférés, les auteurs familiers dont les figures s'entrecroisent comme sur le divan d'un analyste.
Ce devait être un livre sur la légèreté, entrelaçant des figures dix-huitièmes : grâce et caprice, enchantement, libertinage, fêtes galantes, parcs et folies ; bonheur aussi, cette idée neuve. Mais l'exaltation d'un siècle aérien est sans cesse menacée par le retour d'un dix-huitième plus noir et plus terrible. Le siècle est trouble, il faut choisir, mais la narratrice hésite, tour à tour tentée par le frivole et par l'héroïque. La vie de Casanova ou celle de Robespierre ? Un lit de Fragonard ou des scènes d'échafaud ? L'herbier de Rousseau ou l'exhumation des tombeaux de Saint-Denis ?Watteau, Crébillon, Sade, Mesmer. Le parc d'Ermenonville et la prison du Temple. Tiepolo, Marivaux, Chardin, Danton. La narratrice entre dans le dix-huitième, il se diffuse en elle comme une drogue ou un poison - chaud, inouï, parfois terrible mais, l'époque le veut, toujours sensible.Impossible surtout d'aborder le dix-huitième et ses contradictions, sans avoir affaire à l'Histoire - une Histoire qui n'aime pas qu'on vienne en amateur sur son terrain. La narratrice n'est pas à la hauteur : elle bifurque, elle flotte, elle ne s'intéresse qu'à des détails, l'Histoire s'impatiente et le lui fait sentir.Le récit, la chronologie, les détails: autant d'occasions de conflit entre l'Histoire et son apprentie, cette narratrice égarée parmi les petits faits, les pompons, la porcelaine, les souvenirs qui lui reviennent d'un dix-huitième qu'elle n'a pas connu mais qui l'accompagne comme le secret d'une vie.Ce n'est pas un livre léger, finalement - il court après l'époque, s'accroche à des détails, ne ressemble à rien. Sinon à l'esprit même, à sa pensée volante, fragile, somnolente, tenace, livrée sans résistance à de très anciens affects.