Marcel Jouhandeau
Marcel Jouhandeau
« La nuit, quand je me réveille, j'ai peur de mon corps. Je ne me suis pas encore habitué à ce qui lui arrive. J'éprouve de l'étonnement d'abord qui fait place tantôt à une sorte de stupeur admirative, tantôt à l'effroi. Tirésias ! Tirésias ! Comment revenir en arrière ? Conjurer les suites de cette magie cérémonielle ? Trente ans plus tard, me voici, après avoir toute ma vie refusé de l'être et sans l'avoir prévu, métamorphosé en femme ! » Marcel Jouhandeau
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« Il n'importe que de savoir ce qu'on désire et de passer sa vie à le chercher. Ce qu'on désire ? Quand on le sait, prévoir l'occasion de sa rencontre, préparer le piège qui nous le livrera Ce n'est pas le gibier qu'il poursuit qui intéresse le chasseur au premier chef, mais la chasse et ses fatigues et ses surprises. La capture n'est qu'un épisode et le festin le dénouement d'une aventure dont la proie pouvait être n'importe quelle autre. » Marcel Jouhandeau
"L'amour n'est qu'une occasion pour un orage d'éclater : ivre et inassouvi, on n'étreint jamais que l'ombre de ce qu'on croit tenir : aussi, peu importe le simulacre, pourvu qu'on lui donne les noms les plus doux tour à tour ou les plus cruels. Il suffit de ne pas oublier que chacun est seul avec son Désir, dont l'Objet est inaccessible. Caresse au moins ta Chimère, sans le secours de personne : elle n'est qu'en toi." Marcel Jouhandeau.
Les courts tableaux de Prudence Haute-chaume, où se joue chaque fois un destin, empruntent leurs moyens au mystère comme à l'enluminure. Ce sont autant d'approches amoureuses et patientes d'un être. Pour chacun de ces portraits, l'écrivain trouve, en peintre cruel et raffiné de l'humanité qu'il est, la différence irréductible qui va lui donner nom et visage.
Il demeure dans les replis de notre chair des vestiges de toute notre histoire et de toute l'histoire du monde. Rien ne se perd dans la nature et encore moins dans la nature de l'homme. Sous l'effet de certains traitements appropriés, qui sait si la mémoire d'Adam ou de quelqu'une de nos mères dont il reste en nous nécessairement trace ne s'éveillerait pas ? Au moins, de tout ce que nous avons vécu personnellement depuis notre naissance et même avant, qui représente un passé plus récent, plus immédiat, rien n'est mort tout à fait et si nous nous en donnions la peine, grâce à une lente éducation et à l'aide de pièges, encore à inventer, pourquoi ne serait-il pas permis de ressusciter, une à une, la suite de nos sensations, de nos expériences ?
Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.
Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.
Longtemps après le meurtre, Juste commença de se parler à lui-même : "Ai-je voulu tuer ? Qui ai-je tué ? Qui ai-je voulu tuer ?" se demandait-il et il se répondait : "Peut-être n'ai-je voulu que disperser un cauchemar, en faisant du bruit ? [...] C'est le visage le plus aimé de moi, le seul visage de ma mère que j'ai cru atteindre. Je ne pouvais plus voir ma mère Agnès, contrefaite ainsi par le mal et par le malheur, sans la tuer ou mourir, et comme je savais que je lui aurais fait plus de mal en me tuant qu'en la tuant, en ne me tuant pas et en la tuant [...], n'était-ce qu'à elle que je songeais ?".
"Aucune des femmes qui l'avaient tenu dans leurs bras ne lui avait donné plus douce et plus violente, plus entière jouissance de soi-même que celle-ci agenouillée toujours à la même distance, ou assise à deux pas de lui sur sa chaise légère de roseau. M. Godeau qui avait toujours eu peur de perdre son temps auprès de Véronique, parce qu'il ne soupçonnait pas le plaisir qu'elle lui donnerait avant le soir, finissait toujours par reconnaître qu'elle lui avait donné à la fin un plaisir aigu, vif, rare et qu'il n'y avait qu'avec elle que le temps ne fût pas perdu, puisqu'elle en faisait une sorte d'éternité."
Ce volume dont le sous-titre, Nouveau testament, révèle l'obsession majeure du moraliste, se divise en trois grands chapitres : 1. La Naissance de Marc (novembre-décembre 1962) est une occasion supplémentaire pour Jouhandeau d'aimer, d'aider, d'analyser, jour après jour, le flux d'une pensée attentive oscillant continuellement entre les berges de l'esprit et du coeur. 2. Le Roi Lear ou Dramaturge malgré moi (janvier 1963) relate la première expérience théâtrale de Jouhandeau dont on monte la première pièce, Léonora, au théâtre des Mathurins. 3. Enfance de Marc (janvier-février-mars 1963). Pour l'auteur, Céline et l'Enfant Marc sont la réincarnation de la Vierge à l'Enfant Jésus. Subjugué par le comportement de ce frêle et nouveau petit couple à l'orée d'un monde obscur dont le moraliste connaît chaque retraite, Jouhandeau continue à s'approfondir lui-même et cherche, sur son propre chemin, le secret de sa définition.
Dans ce quatrième volume de son Mémorial, Marcel Jouhandeau évoque particulièrement les garçons bouchers et les apprentis qui travaillaient dans la boutique et sous les ordres de son père. C'est un défilé plein de cocasserie et de tendresse que celui que composent les portraits de ces garçons pleins de sang, de dévouement et, parfois, de passion. Charles, le Grand Pompée, Athanase, Gaston, Titi, Antoine, autant de noms - autant d'êtres humains - qui sont entrés dans la littérature.
Une femme, si belle et si amoureuse soit-elle, peut-elle sauver un homme qui aspire à la passion dans tous ses états, ne se grandit qu'en affrontant la tentation et avoue "tant de respect et d'ambition" pour son péché? Dans les Argonautes, sous le ciel d'Italie, Jouhandeau tend des lignes étincelantes entre le Ciel et l'Enfer...
Dans ce vingt-septième Journaliers, Marcel Jouhandeau a quatre-vingt-cinq ans. Il veille toujours avec tendresse et admiration sur le petit Marc. Il vit un roman d'amour, le dernier, avec un jeune homme de vingt-six ans. Il pense à Dieu, lit Saint-Simon et les historiens romains, note des traits, des anecdotes, avec son art d'écrire qui est souvent l'art de surprendre.
Dans ce vingt-septième Journaliers, Marcel Jouhandeau a quatre-vingt-cinq ans. Il veille toujours avec tendresse et admiration sur le petit Marc. Il vit un roman d'amour, le dernier, avec un jeune homme de vingt-six ans. Il pense à Dieu, lit Saint-Simon et les historiens romains, note des traits, des anecdotes, avec son art d'écrire qui est souvent l'art de surprendre.
"Ce n'est ni l'illusion de la connaître, ni le droit de l'exiger qui créent l'intimité, ni la durée, ni la familiarité des rapports, pas même le partage ni aucun échange de voluptés ; ni l'amitié ni l'amour ne la supposent nécessairement et rien n'est plus désirable. C'est sur la communauté d'un secret qu'elle se fonde et une complicité l'achève. L'intimité, c'est l'abandon absolu, l'absence de repli." Marcel Jouhandeau
Publié pour la première fois en 1953, Galadane ou la convalescence au village est un magnifique roman.
Voici le dernier volume de ce grand roman éclaté que sont les Journaliers. Parvenu à ce point final d'où il peut prendre une vue rétrospective de toute l'oeuvre, le lecteur mesure, à travers la dissémination des notes, des maximes, des anecdotes, l'unité du récit quasi quotidien de cette vie. Là se réfractent, à travers le regard et le ton du narrateur, les reflets, dans leur continuité, de plusieurs destins (ceux d'Élise, de Céline, de Marc...), de passions successives, de témoignages essentiels. Le retour de certains thèmes, de certaines figures, parfois dans une perspective onirique propre à l'auteur, justifie son affirmation à propos de son oeuvre : "On peut dire d'elle ce que disait Lacordaire de l'Ave Maria : on la redit, on ne la répète pas." Chaque moment se trouve modifié par l'éclairage du temps de l'ensemble. Ici, la grande vieillesse ne dément pas, dans la proclamation d'"une sorte de bien-être physique et de bonheur moral" l'allégresse du vivant, la sérénité du contemplatif. Elle confirme, par la clarté de la pensée et du style, une élégance morale que la mort, lucidement affrontée, ne parvient pas à défaire.
Voici le dernier volume de ce grand roman éclaté que sont les Journaliers. Parvenu à ce point final d'où il peut prendre une vue rétrospective de toute l'oeuvre, le lecteur mesure, à travers la dissémination des notes, des maximes, des anecdotes, l'unité du récit quasi quotidien de cette vie. Là se réfractent, à travers le regard et le ton du narrateur, les reflets, dans leur continuité, de plusieurs destins (ceux d'Élise, de Céline, de Marc...), de passions successives, de témoignages essentiels. Le retour de certains thèmes, de certaines figures, parfois dans une perspective onirique propre à l'auteur, justifie son affirmation à propos de son oeuvre : "On peut dire d'elle ce que disait Lacordaire de l'Ave Maria : on la redit, on ne la répète pas." Chaque moment se trouve modifié par l'éclairage du temps de l'ensemble. Ici, la grande vieillesse ne dément pas, dans la proclamation d'"une sorte de bien-être physique et de bonheur moral" l'allégresse du vivant, la sérénité du contemplatif. Elle confirme, par la clarté de la pensée et du style, une élégance morale que la mort, lucidement affrontée, ne parvient pas à défaire.
Le dernier paragraphe résume le contenu métaphysique du livre : "Que la vie est une fête, à laquelle on est admis parfois solitairement, dans la mesure où l'on se détache de son entourage immédiat, où l'on se sépare de son espèce, où l'on se fige dans une immobilité et un silence qui nous agrègent à l'Éternel et nous revêtent d'une sorte de sainteté, mais que la vie peut être aussi bien une fête foraine qui nous invite à nous ébrouer et tout le monde avec nous dans l'Univers comme sur une place publique. Solidairement, tout n'est plus que danse au son de la musique du vieux manège des sphères, les signes du zodiaque déployés dans l'espace à la manière des chiffres d'une loterie.' Jouhandeau joue gagnant dans ce grand jeu du monde car il a la vocation du bonheur : sa rencontre avec un jeune Espagnol nommé Benito le remet en pleine jeunesse passionnée, ainsi que son amitié pour Jacques dont les lettres l'émeuvent ; et l'incessante attention qu'il prête aux êtres, aux animaux, aux choses, continue à construire à travers le temps une symphonie ambiguë offerte à Dieu, et que Dieu sait lui rendre, minute par minute, dans un élan réfracté qui n'a pas de fin.
"Élise part de la maison la nuit pour se rendre à B., près de Dreux, sans savoir où elle va. On l'attendait, à cinq heures et demie, devant la gare Montparnasse. Léonine, son amie, ne la voyant pas, dit à l'employé chargé du contrôle : " Quand le train va partir, une espèce de folle va "s'amener". Laissez-la passer. Voilà son billet." En effet, au moment où la locomotive siffle, mon Élise fait son entrée et on la pousse dans un wagon à bestiaux où elle se trouve seule. A chaque arrêt, elle descend et gagne un compartiment plus rapproché d'une voix qui l'appelle à tue-tête : "Caria, Caria." A B., elles se sont rejointes et la promenade commence : plus de cinq kilomètres à pied. Enfin, le jour se lève, surprend les danseuses au milieu de la forêt, où Élise compose dans son coeur son hymne au soleil."
"Élise part de la maison la nuit pour se rendre à B., près de Dreux, sans savoir où elle va. On l'attendait, à cinq heures et demie, devant la gare Montparnasse. Léonine, son amie, ne la voyant pas, dit à l'employé chargé du contrôle : " Quand le train va partir, une espèce de folle va "s'amener". Laissez-la passer. Voilà son billet." En effet, au moment où la locomotive siffle, mon Élise fait son entrée et on la pousse dans un wagon à bestiaux où elle se trouve seule. A chaque arrêt, elle descend et gagne un compartiment plus rapproché d'une voix qui l'appelle à tue-tête : "Caria, Caria." A B., elles se sont rejointes et la promenade commence : plus de cinq kilomètres à pied. Enfin, le jour se lève, surprend les danseuses au milieu de la forêt, où Élise compose dans son coeur son hymne au soleil."
C'est en 1938 que Marcel Jouhandeau, laissant la peinture de Chaminadour, ou les états d'âmes de Monsieur Godeau, se fait chroniqueur de sa vie avec sa femme Élise. Dans cet ouvrage, un de ses plus célèbres, l'auteur montre comment, depuis son mariage, il est privé de la solitude qu'il chérit. Mais, en même temps, il est plus seul que jamais. Il est nuit et jour en compagnie d'Élise et celle-ci le tient pour néant. Elle est toute à sa maison, à la comédie qu'elle se joue, à ses prêtres, à elle-même. On découvre, lâchée en liberté, une femme qui ne pactise avec rien, ne se laisse arrêter par rien , et ne fait que ce qui lui plaît, sans souci des convenances, des habitudes, des sentiments d'autrui, son mari tout le premier. Sincérité si absolue qu'elle arrive à se présenter sous deux aspects en même temps. Il y a un comique et un tragique d'Élise.
"Le héros, Théophile, naît obscurément "entre la rue des Pommes et une cour pourrie de boucherie". Autour de son berceau, peints avec une fidélité primitive, aux couleurs garanties, on voit les êtres de l'étable et du bourg. La mère de Théophile est une religieuse manquée. Lui-même, dès l'âge d'être sevré, est touché par les pompes catholiques. Théophile, qui ne connaît pas Dieu, et nous, après lui, qui l'avons oublié, sommes gagnés par l'ostensoir, le missel, le buis, le cimetière... Suite de petites proses poétiques, narquoises et tendres, d'une évidente fraîcheur." Paul Morand
Il y a soixante ans, Marcel Jouhandeau publiait un de ses chefs-d'oeuvre, Les Pincengrain. Il y raconte la jeunesse des trois soeurs Pincengrain : Prisca, Véronique, d'une maigreur extrême, qui rencontre M. Godeau et l'aime. Ainsi, pour Jouhandeau, ce détrousseur d'âmes, commençait l'étonnante galerie de créatures étranges dont il a peuplé la petite ville qu'il appelle Chaminadour.
{Elise architecte }(1951) est une chronique maritale où, souveraine, la femme se fait tour à tour jardinière, décoratrice, "romancière de l'ameublement". Devant ce déferlement d'activités, l'homme n'a plus qu'à bien se tenir... C'est probablement autobiographique, comme {l'Incroyable Journée, }récit d'un samedi soir où l'auteur fit coup sur coup trois rencontres bien extraordinaires...
« Ce qu'il y a de plus beau, de plus désirable sans doute au monde, c'est l'impossible, l'invraisemblable dans la mesure où on les réalise, où on les vit. »Marcel Jouhandeau
Le théâtre sans spectacle de Marcel Jouhandeau rassemble trois pièces, dont deux ont été écrites pour la radio :Le Meurtre de la Duchesse de Choiseul-Praslin faisait partie de l'émission "Annales de la violence". Ce qui a séduit l'auteur, au moment de mettre en scène ce drame auquel il s'intéressait depuis longtemps, c'est la difficulté. en effet, le motif assez particulier du crime ne pouvant pas être étalé, de la première à la dernière des répliques, il doit recourir à l'allusion.Antoine et Octavie inaugura le cylcle des "Profils de médailles" qui se proposait d'illustrer les douze César de Suétone. C'est l'empereur Auguste que Jouhandeau a choisi comme exemplaire, parce qu'il a mal commencé et bien fini. Mais autour de quel visage de femme situer la tragédie ? Voué qu'il est aux Chroniques matrimoniales, il a semblé intéressant à Jouhandeau de faire connaître celles de la soeur d'Octave, épouse d'Antoine, plus belle encore, beaucoup plus jeune et d'un aussi merveilleux génie que sa rivale Cléopâtre, à laquelle tout le monde a touché. Pourquoi ne pas tenter, s'est-il dit, d'exalter cette admirable victime de l'amour, jusqu'ici oubliée ? Quant à Viol, c'est une pièce étrange, inspirée par un fait divers inédit et dont aucune circonstance n'est inventée.Marcel Jouhandeau nous révèle, dans ce Théâtre sans spectacle, un nouvel aspect de ses qualités d'écrivain et de psychologue.
« Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n'est pas l'objet de votre désir, c'est le désir. »M.J.
« Les Animaux n'ont pas été corrompus par la notion du bien et du mal. Ils n'ont rien à faire ni avec l'un ni avec l'autre. C'est pourquoi je me plais en leur compagnie. »
« Dès mon enfance, en présence de certaines bassesses, d'un empressement vulgaire, d'un manque de tact, le rouge au visage me montait et cependant je n'en étais ni coupable ni capable. L'espèce en moi devait avoir aussi son amour-propre. Depuis, tant d'attentats graves, de crimes inexpiables envers la Personne humaine ont été commis sous nos yeux que dans mes semblables et jusqu'en moi-même la nature que je partage avec eux me semble à jamais déshonorée. L'Homme ne m'inspire plus que répugnance, qui fut si longtemps l'objet de mon plaisir et de mon admiration. Ce que Dieuressent à l'égard des réprouvés doit être analogue, mais Dieu se retire en Lui-même où il n'a rien de commun avec ce qui l'a déçu, quand je ne puis me séparer de ce qui me fait horreur, que rien cependant ne me dispense de réhabiliter en moi-même. »
Pour supporter sa propre histoire, chacun y ajoute un peu de légende. Pas d'autre recours parfois contre la vérité que de se crever les yeux. Il faudrait s'interdire de parler de certaines gens, fût-ce à soi-même. D'Elle par exemple, puisqu'elle s'obstine à demeurer la même.