Luc-Olivier d'Algange
Luc-Olivier d'Algange
À la lisière du lyrisme et de l’oracle, Le Chant de l’orage lumineux de Luc-Olivier d’Algange ravive la tradition des poètes métaphysiques.
Et si la vraie liberté résidait dans la résistance à l'uniformité ? Les droits de l´âme de Luc-Olivier d'Algange nous invite à redécouvrir, à travers une chaîne d'or littéraire, les voix dissidentes qui ont su préserver l'essentiel.
Ce recueil est la réédition revue et corrigée d'un ouvrage paru en 2010. Il y est question des météores, ces signes dans le ciel, à quoi s'arrêtent les Pharisiens et Saduccéens, qui ne savent pas lire les signes des temps : tel est le reproche que leur fait l'Évangile (Mt, XVI, 4). Les deux auteurs de ces Entretiens s'attachent pour leur part à relever ces signes des temps, dont René Guénon a fait le titre d'un livre célèbre, publié en 1945, qui semble aujourd'hui l'épitaphe des dernières illusions « modernes ». On parlera donc dans ces pages de la pluie et du beau temps, expression proverbiale qui évoque cette légèreté divine et française à quoi les deux auteurs tiennent par-dessus tout, et qui leur semble la façon la moins trompeuse de parler de ce qui nous importe. On confiera donc la métaphysique, la poésie, la religion, l'histoire, la littérature, la politique et le reste, Dieu et le monde en un mot, à la garde du soleil, de la pluie, du givre, de l'arc-en-ciel et des comètes.
Opak City, février des dunes. Très cher d'Algange, inventorier les différentes phases des rêves s'est, depuis longtemps, avéré impossible : sans fin, les médiances déroulent le même tissu de pièges mortels, de herses nucléaires, de districts irradiés. Ce n'est que la nuit dernière, que les dépouilles mentales ont été frappées pour la première fois du sceau glacé des prémonitions. Maintes fois, mes campagnes mortes avaient saisi leur issue au secret du complot ou de l'assassinat. Aujourd'hui, par contre, la prospection nocturne, au lieu de s'éteindre, ne cesse d'amplifier le vacarme de ses ramifications. Les augures s'avèrent plus effrayants, à mesure que leur « instantané cartographique » grave sur le versant diurne de mes veines. Cette nuit, le cataclysme a proclamé son imminence par le rêve de l'« homme qui se fixe ». Toute une nuit à injecter le sérum-de-vérité, à planter des aiguilles pourries dans les veines. Toute une nuit à poursuivre l'exploration de régions, où le bruissement des feuillages confine aux trépanations de la Terre. L'aiguille cassée dans le bras en appelait d'autres, et la froidure du métal vrillé invitait sa période à se réduire, jusqu'à ce que les graphies de la seringue, vidée de sérum, soient pure verticalité, triomphe d'une nouvelle race de sangs. Jusqu'à ce que le suc ne déverse plus ses tombées d'embolie, mais inflige le sang au coeur des ossatures. Cette nuit, j'ai compris le sens profond des Médiances du Prince Horoscopal. Le décisif ne se détermine ni dans la furie des sangs viciés, ni dans leur obscénité d'assaillants reptiliens du poulpe cardiaque, mais leur tracé de morsure et de fracture. Au-delà d'une tentative de siège des ramifications veinuliennes, au-delà de la velleïté de s'enfoncer dans la nuit du corps, l'essentiel me paraît être d'atteindre à la concomitance d'une écriture des roches et de leur décryptage. L'érosion de l'architecture (du corps et du monde) nous désigne le lieu de harassement de toutes les charges, le lieu de destruction pure, où sera enfin cerné le principe fondamental, où les sabres de la langue présideront à la redistribution des mondes en inaugurant l'âge primordial. Cette nuit, j'ai compris qu'il fallait excéder tous les ressassements de la chair, précipiter le creusement d'un puits artésien dans l'essence structurelle de la moelle épinière, alimenter l'oeuvre de ses trépans par le seul souffle poitrinaire, pour intensifier la vitesse de ses massacres et décrypter les écritures de roche dans une Langue animée par la cruauté originelle. « Je solidifierai mon sang, j'en ferai de l'os », Marduk dixit. Oui, il faut mettre un terme aux traites de la Terre, rendre à la Mère des Titans sa puissance de gésine dévoreuse, quitte à lui enflammer le ventre ! L'écriture des roches nous révèlera à nous-mêmes, comme des microcosmes du feu central et non des hommes. Guerres, infinissantes guerres nous serons, car nos têtes hallucinées refusent l'incurabilité de la pénombre : elles aspirent à l'épuration d'armes solaires surgies du profond des nuits de Tiamat, la grande pute marine. Guerre des langues de foudre.