Linda Lê
Linda Lê
A l'aube d'une matinée d'avril, Louis s'introduit chez Philippe. Que cherche-t-il ? Par quel stratagème ce même Louis va-t-il captiver à la fois Xavière, une jeune fille de dix-sept ans, et sa mère, riche veuve qui promène sa douce folie dans les jardins d'un grand hôtel de Taormine ? Entre Philippe, l'étudiant sans histoires, et Louis, le beau ténébreux, un duel s'engage. L'un devient le nègre de son propre livre, l'autre se métamorphose en imposteur. La mascarade de la séduction a commencé. La vanité, le mensonge guident les pas de ces êtres rongés par la passion de se consumer et qu'un feu follet suffit à embraser. Un si tendre vampire est un conte sur l'imposture littéraire et un roman sur la comédie des sentiments.
"Je laisse derrière moi trois femmes auprès de qui j'ai appris la signification du mot AMOUR." Depuis son cercueil au cimetière de Bobigny, Van repense à sa vie, au drame qui l'a conduit ici, et aux trois femmes qu'il laisse derrière lui : Lou, son épouse classique et coincée ; Laure, sa rebelle de fille, et Ulma, sa maitresse fascinante. Tour à tour, chaque membre de ce quatuor raconte sa vérité avec une ironie joyeuse. Ils s'aimaient, se heurtaient, se décevaient. Jusqu'à ce qu'une lettre devienne la lame de fond qui bouleverse tous les liens difficilement maintenus. Faisant ressurgir un passé violent, celui de la guerre au Vietnam et de la fin des années 1960, Linda Lê livre un grand roman sur l'amour et la trahison, sur la famille et l'exil, qui lui valut d'être finaliste des prix Goncourt et Goncourt des lycéens.
Plongez dans Lame de fond, un roman choral poignant où Linda Lê explore les secrets familiaux, l'exil et la trahison. Depuis sa tombe, Van raconte sa vie, tandis que trois femmes livrent leurs vérités.
« L'un et l'autre rappelaient aux oublieux ce que le XXe siècle avait de fascinant et de monstrueux. Aller à leur rencontre c'est découvrir les deux visages de l'entre-deux-guerres, qui vit l'avènement des dictatures de tous bords. Le premier, Hô Chi Minh, avait un parcours qui épousait un siècle de guerres. Il avait été l'homme de Dien Bien Phu, le résistant contre l'armée française, puis contre les GI. Le second, Ossip Mandelstam, assassiné par les sbires de Staline, fut un martyr des purges qui virent la mort de millions de Russes. Qui se souvient de Dien Bien Phu comme de la Colline des anges ? De la présence française comme de l'occupation américaine ?Mandelstam reste un des plus grands poètes du XXe siècle. Hô Chi Minh s'est essayé à la poésie, ses vers décrivent la réalité d'un prisonnier anticolonialiste, ils montrent un homme de culture, plein d'appétence livresque.La voix de Hô Chi Minh est un ordre renvoyé par mille porte-voix, celle de Mandelstam un cri répété par mille sentinelles. »Ecrivaine de l'intime, Linda Lê restitue une histoire oubliée : celle de deux géants du 20e siècle qui se sont rencontrés en 1923 à Moscou. L'un est le poète Ossip Mandelstam, l'autre deviendra l'inventeur d'une révolution, défenseur de l'anticolonialisme, Hô Chi Minh.Ils ont toute leur existence « écouté le bruit du temps », comme l'écrit Ossip Mandelstam qui observe le « tact inné » de Hô Chi Minh. Leurs destins ont été bien différents, mais ils ont été des résistants, incompris, persécutés, broyés par la fureur de ce siècle politique. Linda Lê dit les rêves d'un monde meilleur, le fracas de la désillusion face à l'émergence du totalitarisme, dans un récit littéraire qui éclaire notre présent.De personne je ne fus le contemporain nous ouvre les yeux sur ces deux destins, singuliers et universels, et nous saisit par son écriture.
Collection dirigée par Gérard Klein Gundersen, qui fut administrateur de la planète Belzagor, séduit par son mystère, revient sur ce monde après qu'il a obtenu son indépendance. Il sait que Belzagor détient un secret que personne n'a percé. Et il s'enfonce dans la jungle épaisse à la recherche d'un impossible Pays de la Transformation. Dans ce roman, l'un des plus éblouissants de son auteur, Robert Silverberg rend hommage au chef-d'oeuvre de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, qu'il n'est pas loin d'égaler. Un des classiques de la science-fiction contemporaine.
« Répondant à une enquête sur le nationalisme et la littérature, André Gide fit valoir que la France dans laquelle il vivait devait beaucoup à "un confluent de races" : il était à considérer que les plus grands artistes sont le plus souvent des "produits d'hybridations et le résultat de déracinements, de transplantations". La valeur d'un homme, d'après Gide, se mesure au degré de dépaysement, physique ou intellectuel, qu'il est capable de maîtriser... » Sur le thème de la place de l'étranger et de l'exil sous toutes ses formes, cet essai revient sur certaines figures de la littérature mondiale : Gombrowicz exilé en Argentine, Cioran et Benjamin Fondane changeant de pays et de langue, mais aussi Marina Tsvetaeva ou Alejandra Pizarnik, en rupture totale avec ce qui les entourait, et bien d'autres écrivains qui ont vécu en faisant sécession, qu'ils aient quitté leur pays ou n'aient pas bougé de chez eux.
Écrire pour donner la vie ; après le triomphe de Cronos, Linda Lê s'approprie l'écriture autobiographique dans un exercice de liberté d'une puissance étourdissante. L'essai d'Élisabeth Badinter intitulé Le Conflit soulignait, l'an passé, la dureté de l'injonction faite aux femmes par l'obligation non seulement d'être mères, mais de l'être absolument, dans un fantasme de perfection typique d'une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l'enfant qu'elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s'affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d'éclairer les premiers jalons qui, dans l'enfance, préparent l'expression de sa liberté d'adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l'autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l'homme qu'elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l'erreur : erreur d'analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d'un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d'une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d'idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d'un enfant qu'elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d'un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l'éduquer. " On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette ", écrivait Karen Blixen. Et là où l'expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d'autres qu'elle-même. Bien au contraire, c'est toute la douceur de son amour qu'elle offre à cet enfant qui n'existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l'imaginaire lumineux de sa conceptrice.
L'histoire de l'Égypte commence il y a huit mille ans quand des pasteurs proto-berbères fuyant un Sahara en phase d'assèchement trouvèrent refuge dans la vallée du Nil où ils se mêlèrent aux chasseurs-cueilleurs qui l'habitaient. Puis, il y a cinq mille ans, naquit l'Égypte des pharaons. À travers plus de trente dynasties, elle connut une histoire glorieuse durant laquelle furent édifiés temples, tombeaux et pyramides.Au IVe siècle avant J.-C., l'Égypte passa sous le contrôle de la dynastie grecque des Ptolémées, avant de devenir colonie romaine. En 632, elle fut conquise par les Arabes, puis, aux XIe et XIIe siècles, elle constitua le coeur de l'Empire fatimide. Première puissance du monde musulman aux XIIIe et XIVe siècles, durant le sultanat mamelouk, l'Égypte fut englobée dans l'Empire ottoman en 1517.Devenue un enjeu stratégique primordial à partir de 1869 et de l'inauguration du canal de Suez, l'Égypte passa en 1882 sous le contrôle de la Grande-Bretagne. En 1922, sous la pression d'un puissant courant nationaliste, son indépendance lui fut rendue. À partir de 1954, avec le colonel Nasser, l'Égypte fut le phare du nationalisme arabe. Durant les années 2010, le pays fut dévasté par le printemps arabe et ruiné par les Frères musulmans arrivés au pouvoir. En 2013, l'armée referma la parenthèse d'anarchie.C'est cette histoire pluri-millénaire que Bernard Lugan, spécialiste du continent africain, raconte ici dans un livre sans équivalent qui fait la synthèse des connaissances se rapportant à l'Égypte des origines à nos jours. Bernard Lugan est universitaire. Il est l'auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages consacrés à l'Afrique. Aux éditions du Rocher, il a notamment publié Les Guerres d'Afrique des origines à nos jours ; Rwanda : un génocide en questions ; Osons dire la vérité à l'Afrique (prix La Plume et l'Épée 2018) ; Atlas historique du continent africain et une volumineuse Histoire de l'Afrique du Nord. Il édite L'Afrique Réelle, une revue par internet.
Écrire, c'est aussi reconnaître sa dette d'amour envers ceux que René Char appelle les alliés substantiels, c'est lire des épitaphes cryptées, aborder des îlots de solitude, déserter l'ici et maintenant en glissant sur des luges de nuit pour gagner les frontières de l'invisible avec comme guides des émissaires de l'autre côté. Ces pages, roman d'une lectrice, sont des hommages aux maquisards qui ont fait oeuvre délictueuse, s'assignant le but de renverser les normes, de lancer des brûlots au flanc de l'académisme, d'exorciser les peurs et de proposer au lecteur un voyage où il se débarrassera de sa pusillanimité, de ses préjugés, et se laissera emporter par une bourrasque vers des territoires inconnus.
Reeves C. est retrouvé mort dans un hôtel. Il voulait être écrivain. Il ne fut que le mari d'une romancière célèbre. Il lui disait : « Il ne faut pas aimer son double, car c'est un amour qui naît d'un oubli momentané de la haine qu'on a pour soi. » Le Professeur T. s'est pendu dans la cave de son immeuble. Avant de mourir, le Professeur T. avait écrit dans son journal : « Chacun porte en soi un frère assassiné, il faut vivre en le ménageant. » Dans la nuit du 14 août 1990, Klara W. se jette du haut d'un immeuble de La Défense. Dans son agenda, elle avait noté ce bref dialogue extrait d'un film : « -ne vous en faites pas, je m'en vais. - Où ? - En moi-même. » Vinh L. se prépare à rentrer dans son pays. Auparavant, il écrit dix lettres, dans lesquelles il révèle que, pour survivre, il a mangé de la chair humaine.
"À côté des bilieux qu'il faudrait seulement purger de leur humeur acariâtre, il serait instructif de placer ces tragiques figures d'une colère impuissante face à Dieu (ou à son absence), face à ce qui est perçu comme une injustice, comme une atteinte à leur liberté, leur intégrité quand elles subissent les coups de boutoir de la réalité : ces guerriers n'écrivent, ne vivent, ne s'exposent qu'à seule fin de se dresser contre ce qui les meurtrit ou les indigne."Linda Lê a publié entre autres Lame de fond, Les Évangiles du crime, et À l'enfant que je n'aurai pas.
Une femme s'adresse à sa mère. Sa mère qui vient de mourir, sa mère qui répétait, les derniers mois de sa vie, comme un refrain de liberté : Je ne répondrai plus jamais de rien. Quelles raisons, quels mystères justifiaient cette phrase obstinée ? Linda Lê explore les rapports qui lient une mère et sa fille, abandonnées par un « mari » qui a refusé d'être un « père ». Cet homme n'a jamais renoncé à son amante, additionnant le mensonge à l'esquive ou la tricherie. Comment répondre à la rivalité ? Comment ne pas céder à la mélancolie destructrice, relever le défi, refuser la défaite ? C'est l'histoire d'un homme qui conquiert avant de fuir. C'est l'histoire d'une femme qui semble avoir pardonné, parce qu'il est si difficile d'aimer. C'est l'histoire d'une fille qui se rebelle et cherche la vérité. C'est enfin l'histoire d'Adrien, le compagnon présent, traducteur et peintre bienveillant, un homme qui est là. Par ce quatuor de personnages, Linda Lê nous donne un condensé de l'humanité, décrivant les émotions les plus secrètes, éclairant les instincts de survie. Écrire comme acte libératoire.
« De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté. » Ces mots de René Char auraient pu servir d'exergue à ce livre des nuits, de la déraison et des passions qui exilent : une femme vient d'échapper à la mort, elle part à la recherche de cet Autre qui lui tiendrait lieu de frère de substitution, de jumeau perdu et retrouvé, de double sublimé. Elle le découvrira peut-être en la personne d'un inconnu nommé Roman.
Une fois de plus, il n'a pas remporté le Prix ! Celui pour lequel il travaille sans relâche, celui qui fait tout le sens de son existence... Nous voilà plongés dans l'esprit tourmenté d'un sculpteur de « Ropfs » - étranges créatures mi-organiques, mi-artisanales qui surgissent de son nombril. Son désir d'absolu se heurte aux perpétuelles demandes d'amour et d'attention de sa femme et de son fils Mouflet. Que dire alors de la naissance de Remouflet qui s'annonce, et va de nouveau tout bouleverser, jusqu'au drame... À travers un monologue intérieur halluciné et cocasse, l'auteur nous embarque dans une épopée domestique où le réel s'évertue à battre en brèche la volonté d'exister pour soi. Et pose des questions qui nous concernent tous : comment concilier vie familiale, professionnelle, quotidienne, et vie intérieure ? On rêve parfois aux grandes choses qu'on accomplirait, si l'on vivait dans la solitude... Mais que ferions-nous vraiment, séparés de ceux qui nous entourent, nous encombrent et nous aiment ? Un premier roman à l'humour ravageur, illuminé d'éclairs de tendresse. Née en Suisse en 1979, Antoinette Rychner a été technicienne de spectacle et scénographe. Après des études à l'Institut Littéraire Suisse (Haute École des Arts de Berne) de 2006 à 2009, elle se consacre à l'écriture dramatique et romanesque. En 2013, elle a obtenu le prix SACD de la dramaturgie de langue française pour Intimité Data Storage (Les Solitaires Intempestifs) ; pour la rédaction du Prix, elle a été lauréate du Grand Prix Culturel de Migros Neuchâtel-Fribourg et a bénéficié d'une bourse d'écriture d'une année. Après cinq pièces de théâtre, un recueil de nouvelles (Petite collection d'instants-fossiles, éditions de L'Hèbe, 2010) et un roman épistolaire (Lettres au chat, éditions D'autre part, 2014), Le Prix est son premier roman.
Une femme s'est donné la mort un matin de printemps. Elle laisse derrière elle quatre livres qui sont autant d'énigmes pour les deux hommes qui l'ont aimée, deux frères ennemis devenus des inconsolés. Le narrateur, lui-même écrivain, est celui qui l'a approchée le premier ; il trace le portrait d'une séditieuse, créant, envers et contre tout, une oeuvre où la concession n'a pas cours. Tombeau d'une irréductible, éloge d'une maquisarde, ce récit de deuil est aussi une confession où l'amour, la rivalité, la recherche obstinée de la vérité offrent des visages multiples. La quête de l'autre, le sacrifice consenti à la littérature, la ronde des fantômes qui demandent à renaître : en s'interrogeant sur le départ, sans un adieu, sans une lettre, de cette amante qui l'a révélé à lui-même, le narrateur fait retour sur soi, et c'est avec une lucidité teintée d'humour qu'il se dépeint à travers ses tâtonnements littéraires et ses algarades avec son frère, destiné à être son rival. Et peut-être, au bout du compte, le pari qu'il relève est-il de dire la passion pour un être qui a conservé jusqu'au bout son mystère, et de vaincre la mort par les mots.
In the tumultuous aftermath of the American Revolution, a group of brilliant minds gathered to forge a new nation. "The Fathers of the Constitution" chronicles the extraordinary journey of these men as they grappled with profound questions of governance, liberty, and the future of their fledgling republic. From the heated debates at the Constitutional Convention to the ratification process that tested the limits of unity, this captivating narrative unveils the intricate tapestry of ideas and compromises that shaped the foundation of the United States.
Lima, années 80. Alors que l'Etat et la guérilla du Sentier Lumineux se livrent une guerre sans merci, Elsa, une jeune militante communiste, est soumise aux viols et à la torture des militaires. Parmi eux, Bioy, jeune caporal tétanisé par ce déchaînement de violence. Lima, années 2000. Bioy est désormais à la tête d'un des gangs les plus violents de la ville, au service des cartels de la drogue et du crime organisé. Ses anciens collègues de l'armée sont en prison ou en fuite aux Etas-Unis. Vingt ans se sont écoulés qui ont plongé le Perou dans l'abîme, et c'est le récit de cette chute que ce roman nous livre à travers les destins croisés de Bioy, d'Elsa, d'un flic infiltré et d'un étrange garçon assoiffé de vengeance. Intrigue tentaculaire, récit à la chronologie chaotique qui mêle le passé au présent et emprunte à des formes aussi diverses que l'écriture cinématographique ou le blog, Bioy forme un puzzle romanesque qui déploie toutes les facettes de la violence, de l'horreur et la déchéance humaine et tente sans relâche de répondre à cette question : l'idée même de rédemption a-t-elle encore un sens ? En plaçant la violence et la question de la banalisation du mal au coeur de son livre, Trelles Paz s'affirme comme l'une des voix latino-américaine les plus prometteuses du roman noir. Diego Trelles Paz est né à Lima en 1977. Journaliste, écrivain, critique (cinéma et musique), scénariste, et universitaire, il est notamment connu en Amérique latine pour ses réflexions sur le roman policier et ses recherches sur l'écrivain chilien Roberto Bolaño. Il est l'auteur de plusieurs livres. Bioy est son premier roman traduit en français.
Au cours d'un séjour au Havre, un jeune journaliste découvre un livre d'un mystérieux écrivain nommé Antoine Sorel. La lecture de ce roman le bouleverse, il s'interroge sur son auteur, dont il sait seulement qu'il a vécu toute sa vie dans cette ville portuaire. Le lendemain de sa découverte, il apprend la mort, à quarante-cinq ans, de l'écrivain. Pour payer sa dette de lecteur, et parce que, pense-t-il, la mort ne doit pas avoir le dernier mot en littérature, il décide de ressusciter Antoine Sorel à travers un livre d'hommage. En rencontrant ses proches, en faisant sienne la forme d'une ville, en enquêtant auprès des femmes que Sorel a aimées, il ne cherche peut-être pas seulement à assurer le salut de l'écrivain, mais aussi le sien. Livre des solitudes et de la quête des origines, ce roman est d'abord celui de la ferveur et de son pouvoir de résurrection.
Quinze ans que nous nous sommes perdus de vue. J'avais tout bonnement oublié son existence. Les nièces fininssent toujours par se rappeler à vous. Gamines, elles vous montrenht leurs cuisses nues et leur dent de travers, elles laissent dans leur sillage une odeur de vice mal éclos. Quand elles sont en âge de séduire, elles vous oublient, mais à la première crise, elles viennent vous demander de légitimer leur existence. Elles font appel à l'oncle comme une diva fait appel à son plus vieil admirateur. Parler de soi sans intention calomnieuse? Autant cracher dans un puits vide. Ici, on abuse de sentimentalité, mais les baisers sont à l'arsenic. Ici, on ne respecte que le protocole du dégoût, on ne joue qu'à l'ombre du mancenillier, car aller à la recherche de ses origines, c'est commencer une entreprise de démolition.