L' Arétin
L' Arétin
Les Sonnets luxurieux de l'Arétin ont été composés pour interpréter des gravures de Marc-Antoine Raimondi d'après des dessins de Jules Romain. Equivalent européen du Kamasutra, l'Arétin a composé d'abord 16 sonnets, puis 15 autres qui sont de lui ou lui sont attribués. Cet ensemble présenté ici témoigne de la liberté de ton des anciens et de la fécondité de leur imagination (et accessoirement de leur souplesse). Cette édition est agrémentée de superbes illustrations de Paul Avril, d'une introduction et de notes par Guillaume Apollinaire et d'une postface de Guy de Maupassant.
Les trois textes "La vie des nonnes","La vie des femmes mariées" et "La vie des courtisanes" constituent la première partie des Ragionamenti. Dans un style riche en métaphores qui n'est pas sans rappeler celui de Rabelais, Pierre Arétin raconte les plaisirs de la chair auxquels s'adonnaient ses contemporaines. Se moquant allègrement des sacrements religieux (voeux monastiques, mariage et autres balivernes), il tourne en dérision la société de l'époque, préférant à l'hypocrisie des conventions religieuses la franchise des "putains".
"Lui qui était rongé de plus de vilains chancres français que n'en eut jamais grand seigneur, il enfonçait son bouchon dans les goulots de toutes ; de son balai caudal, il balayait tous les fours, et leur passait à toutes le noeud coulant qui le pendra, je le souhaite."
"Les hommes veulent être trompés, ils préfèrent les feintes caresses aux vraies sans exagération. Ne sois jamais chiche de baisers, d'oeillades, de sourires, de tendres paroles ; tiens toujours sa main, et de temps en temps mords-lui d'un coup de dents les lèvres, qu'il ne puisse s'empêcher de lâcher ce `aïe !' si doux pour celui qui se sent meurtri avec volupté. L'art des putains est de savoir tirer des carottes à messires les nigauds."
"Un médecin connaît les complexions, les pouls, les défauts, les biles, les maladies de l'un et de l'autre : la maquerelle connaît les lubies, les humeurs, le caractère, les vices de n'importe qui. Le médecin trouve remède aux maladies du foie, du poumon, de la poitrine, du flanc : la maquerelle au mal de jalousie, de martel en tête, au mal de rage et au mal de coeur, tant pour les femmes que pour les hommes. Mais la maquerelle l'emporte d'autant sur le médecin que le mal d'amour est plus tenace et plus féroce que le mal de l'utérus."