Joséphine Lebard
Joséphine Lebard
Elle rêvait de faire les Beaux-arts, elle a été mère de famille de cinq enfants. Avec humour et finesse, Joséphine Lebard retrace le parcours de sa grand-mère disparue et revisite la figure des femmes au foyer pendant les Trente Glorieuses. Des millions de vies restées dans l'angle mort des féministes comme des sociologues. Entre souvenirs personnels sensibles et approche documentaire, l'autrice montre comment ces femmes ont joué, presque malgré elles, un rôle dans le destin collectif des femmes au XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui.
« À l'aube du dixième anniversaire des "émeutes", nous décidons de passer une année à Clichy-sous-Bois. De raconter cette ville, ses habitants. D'arpenter ses rues, les allées de sa forêt, de grimper en haut de ses tours aux ascenseurs figés, squatter les banquettes du McDo, traîner du côté des terrains de sport, du hammam, des mosquées, de l'atelier tricot et de la guinguette des pêcheurs. Toutes deux avons grandi dans le 93, un territoire que nous aimons, trop souvent mal raconté, "sensationnalisé". C'est donc d'ici, en ce beau mais si triste matin d'octobre 2014, où le souvenir de deux adolescents morts pour rien habite les esprits d'une poignée de gens rassemblés devant un collège de Seine-Saint-Denis, que notre drôle d'attelage va se mettre en route. Trentenaires et journalistes, là s'arrêtent nos ressemblances ; pour le reste nous voici, la brune née à Téhéran, fi lle d'opposants au régime du Shah, qui a grandi à Rosny-sous-Bois, et la blonde au patronyme ne suscitant guère les contrôles d'identité, élevée dans une famille de la bourgeoisie moyenne à Pavillons-sous-Bois. Nous ne savons pas où cette année à Clichy va nous mener. Tout ce que nous savons, c'est que nous avons envie d'y aller. Ensemble. »