Joan Tronto
Joan Tronto
Le livre prend acte d'un concept fondamental dans les sciences sociales : la vulnérabilité. Il critique l'usage que le sociologue Ulrich Beck fait de cette vulnérabilité en l'associant à une perte de contrôle des démocraties occidentales sur leur destin : les scientifiques ne maîtrisent plus les effets de leurs découvertes, les politiques sont aux mains de technostructures, les nouvelles formes de catastrophes (nucléaires par exemple) ont des effets à très longs termes et irréversibles. En insistant sur la question de la maîtrise, Beck reste dépendant du vieux modèle de société masculiniste (le contrôle qui serait malheureusement perdu) et reste sourd à la question sociale, au fait que toute une partie des individus sur terre n'a jamais eu le luxe de se poser le problème de la maîtrise perdue. Pour Joan Tronto, au contraire, la vulnérabilité ne doit pas être réduite à cette définition de la modernité ; elle doit servir à réaffirmer l'urgence de la question sociale, la nécessité de « prendre soin » des précaires et des exclus du monde néolibéral. Ceci suppose une autre politique. Il est nécessaire de repenser des États sociaux contre les déplorations de la perte de maîtrise sur le monde, ces dernières pouvant être comprises comme un symptôme ultime de la perte de puissance des anciennes puissances coloniales sur le monde.
Pour Joan Tronto, il faut cesser d'associer le care (prévenance, responsabilité, attention éducative, compassion, souci des autres etc) à la " moralité des femmes ", une impasse dans la mise en oeuvre effective de l'égalité politique. Un livre majeur de la philosophie anglo-saxonne contemporaine, qui inaugure la nouvelle série "Philosophie pratique". " Que signifierait, dans la société contemporaine, prendre au sérieux, comme faisant partie de notre définition d'une société bonne, les valeurs du care - prévenance, responsabilité, attention éducative, compassion, attention aux besoins des autres - traditionnellement associées aux femmes et traditionnellement exclues de toute considération publique ? " Telle est la question que pose la théoricienne féministe Joan Tronto dans ce livre majeur qui a largement contribué à renouveler le champ de la philosophie politique dans le monde anglo-saxon. Le care a longtemps été compris comme une qualité féminine moralement positive. La " moralité des femmes " est même apparue à certains comme une stratégie convaincante pour provoquer le changement politique. Or les femmes restent encore largement exclues du pouvoir. Pour sortir de cette impasse théorique et politique, affirme Joan Tronto, il faut cesser d'associer le care à la " moralité des femmes ", comme le fait encore Carol Gilligan dans Une voix différente. Il s'agit plutôt de présenter une défense politique de l'éthique du care, défini comme " une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre "monde', de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible ". Tronto considère qu'à condition de déplacer les frontières entre morale et politique, raison et monde des sentiments et entre vie publique et sphère privée, le care peut apparaître comme un concept politique utile, susceptible de nous aider à repenser la coopération démocratique d'êtres qui sont tous fondamentalement vulnérables, comme l'est aussi leur monde commun.