Jean-Yves PRANCHÈRE
Jean-Yves PRANCHÈRE
Le second mandat de Trump est marqué par son ambition idéologique. Conservatrice et remettant constamment en cause l'État de droit démocratique, cette pensée réactionnaire se fait entendre bien au-delà des États-Unis. Il est essentiel d'en comprendre les ressorts et les logiques, d'analyser ce qui charpente ces mouvements illibéraux dont l'ampleur ne cesse de croître ? Dans cet univers idélogique aux contours lâches, la convergence des haines est alimentée par quelques traits communs. L'échec du libéralisme est acté. Il faut lui subsituer un pouvoir exécutif centralisé et puissant, défendre le droit de la majorité et la souveraineté. La politique étrangère est strictement transactionnelle. L'homogénéité culturelle est revendiquée au nom du respect de la tradition. Marlène Laruelle est professeure en affaires internationales et science politique à l'Université George-Washington. Elle est notamment l'autrice de Is Russia Fascist ? (Cornell University Press, 2021). Arnaud Miranda est docteur en théorie politique associé à Sciences Po. Sa thèse portait sur Les pensées contemporaines de la décadence : un imaginaire antidémocratique ? Jean-Yves Pranchère est professeur de philosophie politique à l'Université libre de Bruxelles.
Les droits de l'homme sont régulièrement assimilés à une bien-pensance qui conduirait à la crétinisation des esprits. La liberté de l'individu serait responsable de la dissolution des liens sociaux, de la montée des incivilités, de la domination néolibérale. Les droits contemporains signeraient la fin du politique, car ils ne seraient que des revendications égoïstes détachées de toute délibération collective. Il est temps de répondre à ce fatras de reproches. Non, les droits de l'homme ne font pas de nous des malotrus, ni de mauvais citoyens, et ils ne se confondent pas avec le néolibéralisme. Au contraire, il est urgent, aujourd'hui que la tentation autoritaire s'étend, de donner aux droits de l'homme leur pleine signification. Réplique aux confusions ambiantes, ce livre voudrait servir de boussole démocratique pour des temps troublés. Justine Lacroix est professeure de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Jean-Yves Pranchère est professeur de philosophie politique à l'Université libre de Bruxelles. Ils ont publié ensemble Le Procès des droits de l'homme. Généalogie du scepticisme démocratique (Seuil, 2016).
Dénonciation du narcissisme de l'individu épris de ses seuls droits, crainte d'une spirale de revendications infinie, rappel des exigences de la communauté familiale, sociale ou politique : la " religion des droits de l'homme " suscite de plus en plus ouvertement la contestation. En témoigne le succès de l'accusation de " droit-de-l'hommisme " destinée à fustiger l'oubli des contraintes de l'action politique. Ces attaques ne reflètent-elles que la constance, sous des formes voilées, de la pensée antidémocratique ? Si certaines émanent de catholiques conservateurs ou des tenants d'une nouvelle hypothèse communiste, elles sont toutefois aussi menées par des auteurs qui, de Marcel Gauchet à Régis Debray ou Jean-Claude Michéa, se réclament du républicanisme ou de la démocratie. À travers de nouveaux agencements, les arguments des uns et des autres reprennent les différentes figures prises par les critiques des Déclarations des droits de l'homme depuis 1789. Edmund Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Jeremy Bentham, Karl Marx, Auguste Comte et Carl Schmitt forment ici les repères d'une cartographie intellectuelle susceptible d'éclairer le sens de nos perplexités présentes. Prendre les droits de l'homme au sérieux suppose aussi de comprendre les objections qui leur sont adressées. Mais interroger les uns et les autres peut également conduire, sur les pas de Hannah Arendt, à tracer la voie d'une compréhension " politique " des droits de l'homme, susceptible de réfuter nombre des griefs qui leur sont opposés. Justine Lacroix est professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Elle a notamment publié La Pensée française à l'épreuve de l'Europe (Grasset, 2008). Jean-Yves Pranchère, philosophe, est professeur à l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de travaux sur la pensée contre-révolutionnaire, dont L'Autorité contre les Lumières : la philosophie de Joseph de Maistre (Droz, 2004).