Jean-Pierre Estival
Jean-Pierre Estival
La France peut-elle encore jouer un rôle en Afrique ? Crépuscule de l’influence française en Afrique analyse sans concession la perte d’influence de Paris face à la montée de la Chine et de la Russie.
Nos comptes extérieurs structurellement déficitaires sont un révélateur de notre incapacité à affronter la compétition internationale. Jusqu'ici, l'euro a permis de camoufler nos défaillances grâce aux pays performants. Mais si ce parapluie monétaire nous protège, il ne sera pas toujours éternel. La croissance française est toujours inhibée par un taux de chômage structurel, notre production industrielle régresse, notre compétitivité est insuffisante. Ce déclin s'amplifiera avec les guerres commerciales à venir.
Face aux révolutions arabes, les Etats occidentaux ont tenu de beaux discours de compassion, mais dans les faits, ils ont très peu agi dans la sphère humanitaire, se reposant sur les milliers d'ONG qui ont répondu à l'appel de leur seule conscience. Demain, ce phénomène s'amplifiera et il ne sera pas sans conséquence ; la société civile revendiquant de plus en plus un pouvoir que l'ordre politique actuel n'est pas prêt à céder.
Les relations économiques franco-allemandes n'ont rien d'un long fleuve tranquille. Relativement équilibrées jusqu'à la chute du Mur, elles n'ont pas résisté à la forte ascension multisectorielle de l'économie allemande, une fois parachevée la réhabilitation de l'ex-RDA. Les relations sont demeurées pourtant cordiales au niveau des deux Etats, car ils doivent gérer en commun un bien inestimable, l'euro, dont ils ont su profiter tous deux, pour des raisons strictement différentes.
Les ambitions planétaires des nouvelles puissances vont s'affronter à celles de l'Occident pour la conquête des marchés mondiaux, la sécurisation des approvisionnements et des routes. Cette guerre économique annoncée va voir s'affronter la Chine, le Japon, l'Inde mais aussi la Russie, dont les hydrocarbures constituent une arme efficace, un continent sud-américain revendicatif, riche de ses potentialités et regroupé dans un marché commun, les Etats-Unis affaiblis mais désireux de conserver leur suprématie, et enfin le continent européen, théoriquement uni, mais déchiré par des intérêts divergents.
Le 60e anniversaire du traité de l'Élysée, commémoré le 20 janvier 2023, n'est plus que le pâle reflet de celui que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer avaient signé au nom d'une amitié inébranlable entre les deux peuples. Cette amitié n'a pas résisté à l'épreuve du temps et a laissé place à une rivalité, une incompréhension, voire à des rancoeurs. L'Allemagne malgré les difficultés actuelles de la guerre en Ukraine, s'est affirmée comme puissance économique mondiale exerçant un leadership européen. La France en a pris ombrage, mais son affaissement économique et financier réduit son champ de manoeuvre. Elle est isolée et affaiblie comme on le constate dans les domaines de l'énergie, de l'industrie et de la défense. L'amitié entre les deux peuples a laissé place à l'indifférence.
Une analyse approfondie de la crise syrienne démontre que, loin d'être une simple révolte populaire contre un régime tyrannique, le soulèvement est le fait d'une fraction du peuple, essentiellement sunnite, et mue par une soif de revanche depuis l'écrasement des fondamentalistes en 1982. Les minorités se sont tenues à l'écart. Dans ce pays multiethnique et multiconfessionnel, le conflit actuel est redevenu, comme dans le passé, une violente guerre intercommunautaire. En soutenant une coalition d'opposants dominée désormais par des islamistes, l'Occident n'a pas fait le meilleur choix.
Une guerre qui ne dit pas son nom vient d'éclater entre pays riverains de la Méditerranée orientale pour l'appropriation des riches réserves de gaz marin dont leurs économies ont besoin. Certains justifient ces conquêtes en évoquant le Droit de la mer mais d'autres, comme la Turquie, préfèrent le recours à la force violente. L`Europe médusée est sans réaction tandis que Etats-Unis et la Russie s'épient et que par le jeu des alliances les pays arabes commencent à s'impliquer.
Fort de 35000 combattants, Daech menace l'Occident par son idéologie et ses méthodes sanguinaires. Malgré une régression relative en Orient, il a créé des métastases dans le monde, surtout en Libye. Un combat militaire centré sur le Moyen-Orient s'avère donc insuffisant. Le combat doit aussi porter sur son idéologie qui se nourrit à la fois du désarroi de nombreux jeunes musulmans et de l'extrémisme wahhabite diffusés par les pétromonarchies, contre lesquelles l'Occident est incapable de livrer le moindre combat.
Le sang n'a pas fini de couler en Orient comme le prévoyait l'écrivain syrien Adonis. Haine religieuse entre sunnites et chiites, guerre contre Daech inopérante du fait de l'hétérogénéité de la coalition, rivalité irano-saoudienne, défaut de stratégie claire de l'Amérique, échec des négociations de paix en Syrie et au Yémen, agonie de l'Irak, tout cela laisse à penser que les guerres d'Orient vont continuer, tandis que l'implosion des frontières héritées de Sykes-Picot est annoncée et que l'Europe se déchire sur la crise migratoire.
Le chaos créé dans les pays arabo-musulmans après les révolutions a favorisé les deux grandes nébuleuses djihadistes Al Nosra et Da'ech. Tant que ces groupes étaient circonscrits au champ de bataille syrien, l'Occident a fermé les yeux. L'invasion du quart de l'Irak a poussé l'Amérique à organiser dans la précipitation une contre-offensive avec des alliés qui pour certains ont aidé ces organisations djihadistes à prospérer. Les pyromanes jouent le rôle de pompier...L'auteur craint que cette situation n'aboutisse à une "somalisation" d'une des plus riches régions du globe.
L'espoir en un avenir démocratique que les révolutions arabes ont fait naître dès 2011 a été vite déçu. Les mouvements islamistes, auréolés de leur passé et financés par les pétromonarchies, n'ont eu aucune difficulté à accéder au pouvoir par les urnes. Si le Roi du Maroc a su canaliser cette vague verte, en revanche une chape de plomb est tombée sur la Tunisie et l'Egypte au nom du principe que "l'islam est la solution". Ces dérives sectaires ne peuvent conduire qu'à de nouvelles révolutions.
L'onde de choc de la révolution tunisienne s'est vite propagée à l'ensemble du monde arabe, avec des évolutions variées. Analysant les suites de ces insurrections, l'auteur s'interroge sur la position de l'Europe face à cette recomposition géostratégique. La fusion des pouvoirs civil et religieux et l'avènement d'un nouveau concept de démocratie musulmane ont créé de nouvelles tensions, rendant plus difficile le dialogue Nord/Sud.