Jean-Pierre Blancpain
Jean-Pierre Blancpain
L'immigration germanique à La Plata, avec l'arrivée, dès 1933, de forts contingents anti-nazis et surtout juifs, a toujours interrogé. La période 1945-1955 apparaît comme "orpheline de l'Histoire", car peu documentée et nourrissant les fantasmes du grand public étranger. Quelques grands criminels, et le mythe d'un IVème Reich, ont nui à la compréhension d'une séquence singulière des migrations internationales récentes. Pourquoi l'Argentine a-t-elle accueilli avec empressement criminels nazis, victimes d'Europe centrale, réfugiés de zones soviétiques, et personnes en quête d'asile ?
Suite à la chute en 1853 du tyran Rosas, l'Argentine, longtemps vide d'habitants, a bénéficié d'une immigration européenne massive de 1880 à 1914, méditerranéenne pour l'essentiel. Contingent minoritaire, Anglais et Français ont occupé un rôle capital dans le développement économique, dans l'architecture urbaine, l'administration et l'éducation. L'immigration germanophone, faible mais presque ininterrompue de 1820 à 1950, a eu un impact non négligeable sur la modernisation, au moins jusqu'à l'ère péroniste.