Jean-Paul Aron
Jean-Paul Aron
"À une époque où l'une des préoccupations essentielles des historiens était de mesurer la malnutrition, d'étudier les données matérielles censées déterminer les comportements économiques, sociaux ou politiques, Jean-Paul Aron déplaçait l'axe de l'enquête, sa problématique, en examinant les données du goût alimentaire, en le liant aux préjugés sociaux, aux valeurs esthétiques, aux interdits religieux. Chaque produit alimentaire était ainsi doté d'un statut individuel, il était personnalisé."" - Marc Ferro Dans cet ouvrage unique en son genre, Jean-Paul Aron nous fait parcourir le XIXe siècle de restaurant en restaurant, de table en table, des plus riches aux plus pauvres. En explorant les habitudes alimentaires, il nous offre aussi tout le plaisir de son humour mordant et son immense érudition. Agrégé de philosophie, licencié es lettres, Jean-Paul Aron (1925-1988) s'est illustré aussi bien dans le domaine de l'art que dans l'histoire des sciences, de la sociologie, en s'appuyant sur l'écrit et sur les médias tels que la radio ou la télévision. Homme de gauche, il fut, pendant une brève période, conseiller au cabinet du ministre de la Culture, Jack Lang, en 1981; jusqu'en mai 1988, il présida le conseil scientifique de la Bibliothèque nationale; il était aussi directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.
La parole d'une femme dans son siècle, empreinte d'érudition, d'élégance et d'indépendance.Ces entretiens entre Monique Lévi-Strauss (née en 1926) et Marc Lambron sont l'occasion d'un échange riche et foisonnant. Éminente chercheuse et intellectuelle, elle a accompagné son mari dans ses voyages majeurs, a relu ses écrits et fut étroitement associée à ses diverses recherches. Elle nous raconte ici des pans de cette vie riche et de plain-pied dans son siècle : une vie partagée pendant cinquante-cinq ans avec Claude Lévi-Strauss, chacun conservant néanmoins son indépendance intellectuelle et ses domaines de réflexion.C'est aussi l'occasion pour elle de revenir sur certains moments poignants et intimes de son existence. Fille de mère juive à qui le père a imposé de vivre en Allemagne de 1939 à 1945 sous le IIIe Reich, elle a vécu les perquisitions de la Gestapo ; ils reviendront finalement en France en 1945. Sa mère américaine l'emmène ensuite à New York ; c'est à son retour des États-Unis qu'elle rencontrera Claude Lévi-Strauss chez Jacques Lacan, dont elle fut une grande amie.Elle ne manque pas d'évoquer également les sciences humaines et le structuralisme qui ont nourri sa pensée, et de revenir sur les expéditions à travers le monde de son ethnologue de mari, ainsi que sur les grands événements du XXe siècle et de ce début du XXIe.Monique Lévi-Strauss et Marc Lambron nous aussi donnent à lire leur connivence au coeur d'un échange intellectuel à bâtons rompus, une balade entre deux esprits, un dialogue entre deux esthètes, où fusent dans une parole étayée leurs centres d'intérêt communs : art, littérature, sciences et événements du monde.
L'épistémologie n'est ni une juridiction d'appel statuant sur la validité des concepts scientifiques ni une psychanalyse démasquant les fantasmes sous-jacents à la connaissance objective, mais une problématique soulevée par ces deux énoncés inséparables : 1) que la science est une production de la culture ; 2) qu'elle est un langage, c'est-à-dire un système suffisant à soi. Articuler ce système à l'histoire totale, déceler ses appartenances à un ensemble dont témoignent, en leurs figures diverses, d'autres langages, c'est, de façon plus précise et plus urgente, la tâche d'une épistémologie biologique. Plus précise, s'il est vrai que l'ordre vital fut longtemps et demeure souvent imparfaitement délimité entre l'ordre physique et l'ordre humain ; plus urgente, pour rejeter le soupçon d'impureté qui entoure, dans la pensée rationaliste traditionnelle, les objets ambigus de la science de la vie.
En marge et au fil de l'histoire, désolé et triomphant, singulier destin de la femme française du XIXe siècle. Interdite de désir, elle porte son corps en bandoulière, à la fois matière d'opprobre et emblème où la société dominante lit la vertu gagnée sur la jouissance et la dignité des maris. Vouée, dans la bourgeoisie, aux occupations oisives, elle est le fer de lance de l'activisme et de l'ambition des hommes. Ménagère, dans le prolétariat, asservie aux travaux domestiques, elle exerce sur la famille une souveraineté compensatrice. Et partout, à la ville ou à la campagne, dans la haute société ou le peuple, elle règne par la vigueur des symboles, garante de l'honneur des humbles comme des nantis, inspiratrice des grandes entreprises et des révoltes conquérantes. Jean-Paul Aron
Parvenue au pouvoir, après la grande Révolution, la bourgeoisie française poursuit impatiemment des modèles d'honneur. Entre 1820 et 1850, elle met sur pied un appareil idéologique qui la rassure, à défaut de fonder son prestige. La morale ne régit pas sa conduite, seulement ses discours. Le soir, les maris délaissent leurs épouses, les enfants se masturbent. Mais les contrôleurs sociaux, hygiénistes, médecins, pédagogues, s'indignent en cadence, porte-parole d'une société qui substitue l'opinion au sacré et le dehors à la vérité.