Jean Oury
Jean Oury
« La quotidienneté, c'est la quotidienneté de l'existence du psychotique... » « Plus que jamais - lutter contre l'écrasement technocratique qui en fin de compte est une forme massive d'aliénation ; je sais que tout ce que nous avons essayé de mettre en place, ce sont avant tout des dispositifs pour non pas supprimer l'aliénation sociale, ce qui serait une imbécillité, mais se servir de cela justement pour pouvoir. On peut dire que l'aliénation, c'est un peu comme le transfert, il faut en prendre conscience, en avoir les moyens, pour pouvoir la dépasser ». Jean Oury. « Le désir, on le définit comme processus de singularisation, on le définit comme l'endroit où les systèmes se mettent à proliférer. » « Le désir fait partie de l'infrastructure. » « C'est la subjectivité qui est à la base de l'ensemble des problématiques auquel nous sommes confrontés, en particulier les problèmes politiques : on voit bien que c'est à des problèmes de subjectivité auxquels se heurtent actuellement la plupart des gouvernements. » Félix Guattari. « Je préfère risquer ici l'aventure maladroite de l'éléphant ou de l'enfant dans un musée de porcelaines délicates. Tant pis pour la casse et les malentendus. Je me fraye un chemin par-là, guidé un peu à tâtons par la pratique psychothérapique... » « La lutte des classes est devenue le théâtre de la répartition et de la consommation des sucettes. » « Si j'avais à prophétiser, j'envisagerais que le prolétariat puisse rester branché directement sur l'inconscient et pas sur la prise de conscience... ». « En tout cas, ce qui est vrai, c'est que nul homme ne peut vivre hors de quelques systèmes institutionnels... » « C'est dans les éclatements institutionnalisés rêvés, et des institutions en négation, que ce dont il s'agit est en vérité la destruction de l'appareil psychique de soi-même et des autres supposés savoir... » François Tosquelles
Jean Oury travaille à la clinique de La Borde, qu'il a créée en 1953, à maintenir une pensée de la psychiatrie, menacée de destruction. Marie Depussé, écrivain, professeur de littérature à Paris-VII-Jussieu, s'est associée très jeune au travail fait à La Borde. Elle a notamment publié, en 1993, Dieu gît dans les détails. La Borde, un asile (POL). D'où ce très singulier dialogue, où la théorie se prolonge en des scènes poétiques, souvent drôles. Marie Depussé écrit, parfois dans ses mots à lui, ou dans sa langue à elle, sa pensée à lui. Il y a dans ce duo beckettien une tendresse distante, son insolence à elle, son rire à lui. "Ils sont assis sur les marches en pierre un peu sales du château, par toutes les saisons. Ils attendent. Tu dis que les psychotiques sont comme des colis en souffrance, oubliés dans une gare de campagne. Quand ton maître en psychiatrie, le catalan François Tosquelles, est venu à la clinique de La Borde, il a regardé les marches et il a posé une seule question : "à quelle heure passe le train ?" Tu es psychiatre, un grand psychiatre comme on dit dans les romans... Pas moi. Si nous sommes là, à parler, et si nous partageons quelque chose, ce n'est pas un savoir, mais une obstination, un amour... Ce mot-là, il faut le dire dans la marge, sans accent, en douce. Nous aimons passer nos jours avec les fous." M.D.
Un grand clinicien doublé d'un théoricien d'envergure expose avec modestie et simplicité les fondements d'une thérapeutique des psychoses au cours d'un dialogue approfondi et sans concessions. Créateur de la clinique de La Borde, Jean Oury a consacré sa vie à prendre soin de personnes psychotiques. Il livre ici avec humilité et pertinence son cheminement, à la fois professionnel et personnel, et les fondements de sa pratique. Avec générosité, il permet au lecteur d'accéder à des théorisations psychanalytiques et philosophiques d'une grande complexité tout en l'invitant à reprendre les grands textes psychiatriques. Et au-delà, il lui fournit les outils nécessaires pour échafauder et développer par lui-même une conception du soin en institution. Cet ouvrage historique, épistémologique et clinique n'échappe jamais, par la forme choisie du dialogue, à une intention didactique. Jean Oury, psychiatre à la clinique de La Borde, est l'un des fondateurs du mouvement de psychothérapie institutionnelle. Personnalité de premier plan, ses conceptions cliniques concernant le soin apporté aux personnes en grande difficulté psychique ont révolutionné le champ de la psychiatrie et demeurent aujourd'hui le contre-point le plus pertinent par rapport aux dérives scientistes et techniques. Patrick Faugeras est psychanalyste, traducteur, auteur de plusieurs ouvrages traitant du soin en institution et de la clinique des psychoses, directeur de collections chez érès. Mise en vente le 23 août 2012
Alors que Roger Gentis et Jean Oury nous ont maintenant quittés, Patrick Faugeras a redécouvert le texte d'une rencontre qui les a rassemblés à La Borde en 2005. Leur objectif de départ était de dialoguer sur la naissance du mouvement de psychothérapie institutionnelle, son importance quant au traitement des pathologies mentales dans un cadre institutionnel mais aussi de revenir sur la nature d'une pensée et d'une clinique qui, au-delà des particularités et dissemblances générées ici et là selon les contextes, font encore communauté. Assez tôt, cet échange prit l'allure d'un vagabondage où chacun sut mêler et entrelacer ses souvenirs personnels avec l'histoire d'un mouvement qui produisit une véritable révolution dans le champ de la psychiatrie. Tout au long de cet entretien, ces acteurs de premier plan d'une psychiatrie qui se voulait profondément à l'écoute d'êtres en souffrance psychique soulignent à l'usage des générations à venir combien l'engagement dans cette clinique ne peut se concevoir sans le souci de la singularité du sujet et un certain sens du collectif soignant. Leurs témoignages prennent, dans le contexte actuel, des allures de manifeste pour une « psychiatrie à visage humain ».