Jean-Noël Pancrazi
Jean-Noël Pancrazi
« On dirait qu'ils haïssent l'île où ils sont nés... » Dans un pays que l'auteur, symboliquement, fait accéder à l'indépendance, au sein d'une communauté livrée aux exactions, aux violences, aux crimes des partisans de l'identité à tout prix, un vieil homme compulse les carnets d'un grand poète disparu, tente de retrouver dans ce double le souvenir, les traces, l'essence d'un Age d'or où la beauté, la volupté seules régnaient. Il s'emploie, par la seule magie d'un chant personnel, à reconstituer l'univers qu'il voit se défaire, à conjurer l'« hémorragie soudaine du temps », à privilégier, enfin, l'amour. Ainsi l'espoir revivra. Les époques enchantées recommenceront.
« Je connaissais la beauté, la fragilité osseuse, de cette race éblouissante, condamnée à mourir jeune. Je savais que, la nuit de leurs trente ans, les femmes fallachas s'éclipsaient de leur demeure. Les habitants du village se taisaient en voyant s'éloigner leur toge blanche dans la montagne ; elles allaient s'étendre dans les champs les plus hauts d'Éthiopie, et là, la nuque appuyée sur une pierre polie, seules, face au ciel, elles attendaient que leur coeur s'immobilise... »
"Martabée comprit qu'il y avait là sous le sable de la dune un enjeu qui la dépassait complètement. Tout cela engageait, outre l'argent du peuple, l'essence même du pays." "CONQUE : nom féminin, coquille en spirale servant d'instrument depuis des millénaires. Coquillage berceau et tombeau, où se niche, caché, le grain de sable." Dans une cité maritime lointaine, Martabée, historienne de renom, est mandatée par l'Empereur pour étudier les vestiges récemment mis au jour d'une civilisation jusqu'alors restée légendaire : les Morgondes. Martabée s'emploie à sa tâche avec fierté, zèle et ardeur. Mais au fil des fouilles, une découverte terrifiante remet en question la légende morgonde et sa mission. Un dilemme de taille se pose à Martabée : poursuivre la Vérité ou falsifier l'Histoire ; céder à ses rêves de gloire ou se dresser contre un Pouvoir manipulateur ?
"Martabée comprit qu'il y avait là sous le sable de la dune un enjeu qui la dépassait complètement. Tout cela engageait, outre l'argent du peuple, l'essence même du pays." "CONQUE : nom féminin, coquille en spirale servant d'instrument depuis des millénaires. Coquillage berceau et tombeau, où se niche, caché, le grain de sable." Dans une cité maritime lointaine, Martabée, historienne de renom, est mandatée par l'Empereur pour étudier les vestiges récemment mis au jour d'une civilisation jusqu'alors restée légendaire : les Morgondes. Martabée s'emploie à sa tâche avec fierté, zèle et ardeur. Mais au fil des fouilles, une découverte terrifiante remet en question la légende morgonde et sa mission. Un dilemme de taille se pose à Martabée : poursuivre la Vérité ou falsifier l'Histoire ; céder à ses rêves de gloire ou se dresser contre un Pouvoir manipulateur ?
Les années manquantes, ce sont celles qui ont suivi mon arrivée en Métropole, à l'âge de treize ans, et dont longtemps je n'ai pas voulu me souvenir. La période où je vivais seul, dans la maison de Thuir, avec Joséphine, la grand-mère catalane, infiniment pieuse, éprise de calvaires et de processions, à laquelle les parents m'avaient confié avant de repartir en Algérie ; Noël, le fils qu'elle adorait, l'officier démobilisé, abîmé par les guerres perdues, qui, très ivre, venait s'abattre dans ses bras après ses nuits passées au Lydia, où il m'entraînait parfois. Et puis les mois après la mort de Joséphine, où je ne savais où aller, l'appartement de Perpignan devenu un ring où les parents, désaccordés depuis toujours, se déchiraient à leur retour. Il fallait que je m'en sorte. J.-N. P.
Les années manquantes, ce sont celles qui ont suivi mon arrivée en Métropole, à l'âge de treize ans, et dont longtemps je n'ai pas voulu me souvenir. La période où je vivais seul, dans la maison de Thuir, avec Joséphine, la grand-mère catalane, infiniment pieuse, éprise de calvaires et de processions, à laquelle les parents m'avaient confié avant de repartir en Algérie ; Noël, le fils qu'elle adorait, l'officier démobilisé, abîmé par les guerres perdues, qui, très ivre, venait s'abattre dans ses bras après ses nuits passées au Lydia, où il m'entraînait parfois. Et puis les mois après la mort de Joséphine, où je ne savais où aller, l'appartement de Perpignan devenu un ring où les parents, désaccordés depuis toujours, se déchiraient à leur retour. Il fallait que je m'en sorte. J.-N. P.
-50%
"Il est des gens avec qui parler de ce qui vous tient à coeur n'a pas plus de sens que de décrire des couleurs à un aveugle, de toute façon ils ne verront rien, ou ils apercevront de minuscules fétus là où vous contemplez, dans les lointains, une forêt de peupliers et de chênes." Jeune et ambitieux, Cyrille débarque à Paris pour devenir poète. Il rêve d'une vie de littérature, de luxe et d'aventures. Mais tandis qu'un de ses anciens camarades intègre les hautes sphères parisiennes, le jeune homme se heurte aux petits boulots sous-payés, à la concurrence et aux faux-semblants. Jusqu'au soir de ses trente ans, où il prend une décision surprenante. Vaut-il mieux renier son idéal ou la vie normée qui lui réussit ?
"Isabelle, ma petite soeur, a toujours été vive, intrépide, joyeuse. C'est elle qui m'a empêché de dériver vers la mélancolie et de tomber parfois. Elle m'appelait chaque jour pour me parler de ses projets et surtout, folle de cinéma, du film qu'elle venait de voir. Nous avions gardé le même regard sur le passé, nos amours particulières, la politique, la vie. Mais elle a soudain été très malade. Je suis aussitôt descendu la voir à Perpignan où elle s'était retirée, enchantée par le soleil catalan. De la famille, nous n'étions plus que tous les deux ; c'était à mon tour de veiller sur elle. Nous étions prêts à traverser, main dans la main, l'épreuve, à profiter aussi des instants "mirobolants", comme disait maman, et à nous révéler nos derniers secrets. C'est le récit de ces jours intenses, inquiets et lumineux que je fais ici." J.-N. P.
"Isabelle, ma petite soeur, a toujours été vive, intrépide, joyeuse. C'est elle qui m'a empêché de dériver vers la mélancolie et de tomber parfois. Elle m'appelait chaque jour pour me parler de ses projets et surtout, folle de cinéma, du film qu'elle venait de voir. Nous avions gardé le même regard sur le passé, nos amours particulières, la politique, la vie. Mais elle a soudain été très malade. Je suis aussitôt descendu la voir à Perpignan où elle s'était retirée, enchantée par le soleil catalan. De la famille, nous n'étions plus que tous les deux ; c'était à mon tour de veiller sur elle. Nous étions prêts à traverser, main dans la main, l'épreuve, à profiter aussi des instants "mirobolants", comme disait maman, et à nous révéler nos derniers secrets. C'est le récit de ces jours intenses, inquiets et lumineux que je fais ici." J.-N. P.
Une petite ville d'Algérie, pendant la guerre. Le narrateur a huit ans. Il joue, une après-midi de juin, avec ses camarades, dans la cour de la minoterie où son père travaille. Le chauffeur de l'usine leur propose de les emmener avec lui pour faire un tour dans la montagne où il leur est pourtant interdit d'aller à cause des événements. Inquiet, le jeune narrateur refuse et les laisse partir. Le soir arrive, ils tardent à revenir. Une patrouille militaire part à leur recherche. C'est le début d'un drame qui bouleversera l'auteur pour la vie.
Une petite ville d'Algérie, pendant la guerre. Le narrateur a huit ans. Il joue, une après-midi de juin, avec ses camarades, dans la cour de la minoterie où son père travaille. Le chauffeur de l'usine leur propose de les emmener avec lui pour faire un tour dans la montagne où il leur est pourtant interdit d'aller à cause des événements. Inquiet, le jeune narrateur refuse et les laisse partir. Le soir arrive, ils tardent à revenir. Une patrouille militaire part à leur recherche. C'est le début d'un drame qui bouleversera l'auteur pour la vie.
'Cela faisait plus de cinquante ans que je n'étais pas revenu en Algérie où j'étais né, d'où nous étions partis sans rien. J'avais si souvent répété que je n'y retournerais jamais. Et puis une occasion s'est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j'étais invité comme juré à Annaba, une ville de l'Est algérien, ma région d'origine. J'ai pris l'avion, j'ai participé au festival, je m'y suis senti bien, j'ai eu l'impression d'une fraternité nouvelle avec eux tous. Mais au moment où, le festival fini, je m'apprêtais à prendre la route des Aurès pour revoir la ville de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. C'est le récit de ce retour cassé que je fais ici.' Jean-Noël Pancrazi.
'Cela faisait plus de cinquante ans que je n'étais pas revenu en Algérie où j'étais né, d'où nous étions partis sans rien. J'avais si souvent répété que je n'y retournerais jamais. Et puis une occasion s'est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j'étais invité comme juré à Annaba, une ville de l'Est algérien, ma région d'origine. J'ai pris l'avion, j'ai participé au festival, je m'y suis senti bien, j'ai eu l'impression d'une fraternité nouvelle avec eux tous. Mais au moment où, le festival fini, je m'apprêtais à prendre la route des Aurès pour revoir la ville de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. C'est le récit de ce retour cassé que je fais ici.' Jean-Noël Pancrazi.
"J'attends, chaque soir, au bout de la playa Bonita, dans un coin d'Éden, quelque part en République dominicaine, Noeli, un jeune métis. C'est, pour moi, le début d'un amour, même s'il repose sur l'argent. L'argent demandé par Noeli en échange du plaisir donné, comme c'est la loi partout ici. Cet amour peut-il durer, tenir, dans le monde si volatil des Caraïbes où l'on ne voit pas la vie plus loin que demain, où mourir n'a pas plus d'importance qu'un Bingo manqué, où les seuls repères sont ces dollars des sables qui continuent à briller dans la nuit et que la mer, parfois, emporte ?" Jean-Noël Pancrazi
Alors qu'il neige sur Paris, le narrateur se rend au bar de la rue Thérèse. Depuis son tiroir-caisse, le vieil Auguste veille sur son petit monde : l'aveugle qui rêve encore aux Éphèbes dont il a été dépossédé ; Lucrèce, l'ancienne vedette de L'Heure bleue, le jeune Amer en quête d'un protecteur ; Lydia, la chanteuse canaille ; la bande de Gilles qui forme une élite extravagante de la nuit. Pourtant, cette semaine-là de janvier, tout s'accélère. Est-ce le souvenir de ceux qui ont pris leurs quartiers d'hiver et ne franchissent plus le seuil de velours noir ? La ronde des séductions s'emballe, les rivalités s'aiguisent, des exclusions sont décrétées, comme si, dans le manège précipité des désirs et des sentiments, dans le crescendo des scènes d'euphorie anxieuse et de jouissance panique, tous se hâtaient de conjurer le déclin du plaisir. Prix Médicis 1990
'"C'est fini, je crois", disait-elle. Elle abandonnait le stylo, caressait sur la table la petite pyramide de marbre, le boîtier pour ses bagues, le socle de la lampe noire où était appuyée la carte du "génie aux fleurs" qui continuait à la protéger, les régions de bois, plus pâle et usé où, pendant tant d'années, ses mains s'étaient posées et crispées, puis les feuillets alignés qu'elle aimait traverser de lignes portant, chacune, dans le ciel blanc, en haut de la page, un mot qui était, chaque fois, un peu de son coeur, de sa vie qui s'en allait... Elle restait là, penchée, sans pouvoir pleurer, vers les feuillets comme pour leur demander pardon de les abandonner déjà, de n'avoir plus rien à leur donner, à leur sacrifier. Il lui semblait (et elle frémissait tout entière, comme pour les ressaisir, ne pas les laisser s'enfuir) qu'ils venaient vers elle, du fond du silence de la rue du Delta, tous ses personnages, cette petite troupe ahurie, chavirée et triste, pareille à celle d'une croisière déjà finie, qui allait se séparer après une dernière photo de groupe sur un quai et qui paraissait lui dire de loin : "Tout est passé si vite".' Grand Prix du roman de l'Académie française
Indétectable raconte au plus près la vie de Mady, sans papiers, sur le qui-vive depuis qu'il est venu d'Afrique, il y a dix ans. On le suit dans ses parcours limités à travers Paris, ses peurs, ses détresses, ses démarches inabouties, son amour difficile pour Mariama. On le voit aller d'abri en abri, trouver un temps refuge chez le narrateur, rejoindre parfois ses camarades au foyer, ce petit palace déglingué du Père-Lachaise où l'on palabre, se retrouve, et se tient chaud, et puis repartir avec sa vaillance intacte vers une place qu'on lui accordera peut-être. Ce récit d'une existence fragile et condamnée à l'ombre redonne à Mady une dignité et une densité humaines que le mot neutre, générique et commode de sans papiers pourrait faire oublier.
Indétectable raconte au plus près la vie de Mady, sans papiers, sur le qui-vive depuis qu'il est venu d'Afrique, il y a dix ans. On le suit dans ses parcours limités à travers Paris, ses peurs, ses détresses, ses démarches inabouties, son amour difficile pour Mariama. On le voit aller d'abri en abri, trouver un temps refuge chez le narrateur, rejoindre parfois ses camarades au foyer, ce petit palace déglingué du Père-Lachaise où l'on palabre, se retrouve, et se tient chaud, et puis repartir avec sa vaillance intacte vers une place qu'on lui accordera peut-être. Ce récit d'une existence fragile et condamnée à l'ombre redonne à Mady une dignité et une densité humaines que le mot neutre, générique et commode de sans papiers pourrait faire oublier.
Arrivée dans son adolescence à Batna - petite ville des Aurès -, ne cherchant pas vraiment à atténuer son accent alsacien, se tenant à l'écart des fêtes collectives, délaissée par son mari, madame Arnoul reste une étrangère aux yeux des habitants de la Maison. Elle n'a qu'un ami : l'enfant, qu'elle rejoint, le soir, dans la cour. Quand éclatent les événements d'Algérie, madame Arnoul le sauve d'un attentat, veille à ce qu'il ne soit pas abîmé par le spectacle des violences. Il sera le seul à ne pas la condamner quand elle accomplit des gestes de fraternisation avec les musulmans et finit par passer de l'"autre côté".
Montecristi est le récit d'une saison en enfer. Tout commence la nuit de Noël, en République dominicaine. Le narrateur est seul à la terrasse d'un hôtel de la petite ville de Montecristi, tout près de la frontière haïtienne, où il s'est installé, un an auparavant, après avoir quitté Paris et ses amis. Montecristi aurait pu être pour lui un lieu idéal d'exil, il en découvre l'envers : bagarres, assassinats, passeurs sans scrupules exploitant la misère des émigrés clandestins. Mais surtout, il comprend que l'eau de la mer, dans un rayon de plusieurs kilomètres autour de la ville, est empoisonnée par des fûts toxiques déposés là, une nuit, en secret, par des cargos américains. Ces déchets irradient la population, déciment les pêcheurs et tuent Chiquito, le petit cireur de chaussures auquel il s'était attaché. L'auteur s'était promis de révéler ce scandale, il le fait aujourd'hui avec ce roman.
Montecristi est le récit d'une saison en enfer. Tout commence la nuit de Noël, en République dominicaine. Le narrateur est seul à la terrasse d'un hôtel de la petite ville de Montecristi, tout près de la frontière haïtienne, où il s'est installé, un an auparavant, après avoir quitté Paris et ses amis. Montecristi aurait pu être pour lui un lieu idéal d'exil, il en découvre l'envers : bagarres, assassinats, passeurs sans scrupules exploitant la misère des émigrés clandestins. Mais surtout, il comprend que l'eau de la mer, dans un rayon de plusieurs kilomètres autour de la ville, est empoisonnée par des fûts toxiques déposés là, une nuit, en secret, par des cargos américains. Ces déchets irradient la population, déciment les pêcheurs et tuent Chiquito, le petit cireur de chaussures auquel il s'était attaché. L'auteur s'était promis de révéler ce scandale, il le fait aujourd'hui avec ce roman.
"Elle dénouait son foulard, caressait les papillons chiffonnés qui semblaient peu à peu revivre, retrouver leurs couleurs, leurs antennes, leur direction dans le ciel de soie blanche, déboutonnait son manteau, le laissait entrouvert face à l'avion-toboggan dont les ailes jaunes étincelaient dans la nuit, telle une passagère qui se mettrait à l'aise avant d'embarquer, prête à n'importe quel départ devant la première passerelle, me demandait, incapable de se baisser, de défaire les boucles de ses escarpins, de les retirer tout doucement de ses pieds qui n'avaient plus de forme, qui étaient devenus ceux, durcis, figés, emmitouflés, déjà, dans leurs bandeaux de chair bleutée, d'un fantassin centenaire et glacé, qui, loin de tout, n'attendait plus d'ordres que de lui-même et ne tenait debout que par le souvenir de l'honneur inculqué."
Depuis des années, Hélène vient, chaque soir, au Cancan, le cabaret de la rue Caumartin, que son père lui a légué. Mais, cet été-là, elle n'y passe plus qu'en coup de vent, tant elle est hantée par l'amour qu'elle porte à François, un homme marié qu'elle rejoindra peut-être pour quelques heures d'étreintes clandestines à l'hôtel des Roches Rouges Rouges. Son ami, le narrateur, vit une passion parallèle avec William, un jeune comédien qu'il a laissé s'en aller vers l'île de Carloforte avec des camarades de son âge. Quant à Auguste, son vieux compagnon de la nuit, il ne franchit les limites de son quartier et ne domine sa peur du soleil que pour se poster devant l'immeuble de la rue Saint-Maur où Serge lui a permis de monter, une fois, en juin. Le roman est l'histoire de ces passions. Prix Valery-Larbaud 1994
L'actualité annonce comme probables pour bientôt des choix politiques qui vont peser sur tout le système de l'audiovisuel français des prochaines décennies. Dans le concert bruyant des doctrines opposées, Jean-Noël Jeanneney intervient. Sa thèse se fonde sur l'expérience qu'il a vécue durant près de quatre ans à la tête de la radio nationale : il est d'intérêt public et du privé. Il faut qu'en face de la radio et de la télévision privées mues surtout par la recherche du profit, un service public animé par d'autres logiques prospère tant à Paris, avec ses grandes chaînes nationales, qu'en régions, avec ses stations locales. Développant un esprit d'entreprise aiguillonné par la concurrence, le secteur public peut seul offrir aux citoyens une information abondante et libre, protégée par la Haute Autorité contre les pressions de l'argent et des divers pouvoirs politiques, et une profusion de richesses culturelles affranchies des tyrannies de la mode, enracinées dans le patrimoine et préparant les créations de l'avenir. Le rayonnement et l'image de la France au-dehors y trouveront de surcroît un puissant renfort.
"Il ne me reconnaissait pas quand j'entrais dans la chambre de la Maison Eugénie. Il était étendu sur le lit, dans la veste de son vieux costume gris, aux fines rayures blanches, qu'il gardait en permanence sur son pyjama. De la poche gauche dépassait une bourse pleine de rasoirs Bic jetables ; la manche droite était ceinturée par un brassard où on avait cousu, en grandes lettres bleues, le nom de la clinique, pour qu'on l'y ramenât si jamais il réussissait à s'enfuir : on l'avait plusieurs fois surpris rôdant, à minuit, dans le couloir du long séjour, avec sa valise de cuir brun, aux angles ferrés - celle de tous les déménagements, de tous les adieux ; il butait dans l'obscurité contre les murs, à la recherche de l'escalier principal, tendu, exalté et anxieux, comme si on venait de le convoquer, en pleine nuit, sans lui en indiquer le motif, dans un commissariat, à l'autre bout d'Ajaccio." Jean-Noël Pancrazi.