Jean-Michel Guieu
Jean-Michel Guieu
Crise économique, chômage de masse, réarmement allemand, accords de Munich... Tout, dans les années 1930, semble devoir conduire inexorablement à la guerre. Comme si le monde était pris dans les rouages d'une mécanique implacable. Or, nulle fatalité dans l'histoire : à l'automne 1932, les chefs nazis ont le sentiment que leur stratégie de conquête du pouvoir a échoué ; en 1936, une intervention alliée contre l'Allemagne aurait défait la trop jeune Wehrmacht ; en 1940, si le gouvernement français et son armée s'étaient rabattus sur l'empire, le cours de la guerre en aurait été changé. Dans ce livre, Alya Aglan, Johann Chapoutot et Jean-Michel Guieu prennent donc le parti de retracer l'histoire comparée de la France et de l'Allemagne entre 1933 et 1945 à l'aune de décisions politiques, tactiques et stratégiques qui n'étaient pas écrites à l'avance. Fascistes ou démocrates, intellectuels et artistes, pacifistes ou bellicistes, idéalistes ou réalistes, résistants ou collaborateurs : pour tous les acteurs de cette histoire, ce fut bien, à partir de 1933, l'heure des choix.
Le 11 novembre 1918, au terme d'un conflit d'une ampleur inédite, Georges Clemenceau prévient : " Nous avons gagné la guerre, mais maintenant il va falloir gagner la paix, et ce sera peut-être plus difficile. " Le traité signé à Versailles en 1919 ne devait effectivement pas consacrer la " paix française " dont certains avaient rêvé au soir de la Victoire, ni créer les conditions d'une paix durable à laquelle aspirait désormais un corps social durement éprouvé par cinquante-deux mois de guerre et que la politique de réconciliation européenne d'Aristide Briand devait tenter d'établir dans la seconde moitié des années 1920. Pour appréhender convenablement les enjeux de cette période, il convient de s'affranchir de tout regard rétrospectif qui n'envisagerait les événements qu'à la lumière de l'évolution tragique des années 1930. Loin d'être une sorte d'" entre-deux ", les années 1920 possèdent leur propre cohérence et leur propre dynamique, qu'illustre une floraison d'idées réformatrices et d'expériences inédites. Une France nouvelle est bel et bien en train de s'inventer, malgré les pesanteurs et les conservatismes. Jean-Michel Guieu est maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et membre de l'UMR 8138 IRICE. Ses travaux portent principalement sur l'histoire de la paix au premier XXe siècle. Il a notamment publié Le Rameau et le Glaive. Les militants français pour la Société des Nations (Presses de Sciences-Po, 2008).
L'idée d'une paix durable fondée sur le droit a représenté le grand espoir d'un XXe siècle traumatisé par deux guerres mondiales. Première incarnation de cet idéal, la Société des Nations (1919-1946) a suscité en sa faveur un mouvement de soutien qui s'est employé à relayer l'« esprit de Genève » auprès de l'opinion française. À l'opposé d'un « pacifisme sentimental » ou naïf qui leur est souvent associé, ce livre entend montrer que les militants pour la SDN ont défendu une conception nouvelle des relations internationales, visant à limiter, sinon à abolir, la violence entre les États souverains par le recours à des règles juridiques. L'histoire de ce militantisme français reste essentielle pour comprendre un combat politique dont les succès et les échecs alimentent encore les réflexions contemporaines en matière d'organisation de la communauté internationale - multilatéralisme, coopération internationale, sécurité collective, désarmement, justice internationale, universalisme/régionalisme, etc. -, de l'ONU à l'Union européenne.