Jean Ferniot
Jean Ferniot
Journaliste politique célèbre, dont l'avis compte chez les ministres, mais aussi romancier qui sait inventer et faire voir, Jean Ferniot est un de ces hommes en prise directe sur la nature, qui respecte les plantes, qui n'admet pas que des tomates, des carottes, soient sabotées sur un fourneau. Breton, petit-fils de bûcheron, Jean Ferniot a appris dès sa première enfance les aventures de l'artichaut, de la scarole. Il raconte. Les « petites légumes » sont plus magiques que des fées.
1928, en France. Pierrot et Aline nous plonge dans une époque où l’illusion de la paix éternelle cache les bouleversements à venir.
Si l'on attend d'un livre, quel que soit son genre, un plaisir et, mieux, un bonheur de lecture ; si l'on aime entendre parler un homme de ce qu'il aime, assuré qu'il en parlera bien ; si, enfin, l'on n'est pas indifférent au bien manger et au bien boire, à l'art culinaire porté à sa perfection comme à la simple et franche cuisine paysanne et si la seule évocation des richesses gastronomiques des provinces françaises fait venir l'eau à la bouche - alors, voici sous la plume d'un maître gastronome et d'un homme de grande culture autant que de belle humeur, le livre le plus intelligent et le plus savoureux qui se puisse posséder aujourd'hui. Comme son titre l'indique, ce Carnet de croûte est un voyage à travers la France gourmande, de Flandre en Provence, du Lyonnais en Gascogne, d'Alsace en Bourgogne et en Périgord, du nord au sud et de l'est à l'ouest sans oublier le centre. Occasion, pour Jean Ferniot, de retrouvailles, de découvertes et de célébrations - du hareng et du cochon, de l'ail et de l'olive, du champignon et de l'escargot, de la volaille et du poisson, et bien sûr du vin, « ce magicien ». Occasion pour ce gourmet qui a « beaucoup mis le nez dans les casseroles et beaucoup trempé le doigt dans les sauces » de nous faire partager généreusement ses plaisirs et ses trésors et, pour ce grand journaliste, de nous offrir au passage, sans en avoir l'air, une vue profonde de la France profonde... Carnet de route d'un écrivain, carnet de croûte d'un gastronome, ce livre-là a sa place dans la bibliothèque et dans le sac de voyage de tous les amateurs de belle langue et de bonne chère. Dans ce pays-ci, cela fait du monde.
S'il y a un homme qui a suivi de près les événements du 13 mai 1958, c'est Jean Ferniot. J'ai vécu près de lui ces jours noirs et ces nuits blanches. Il revenait de chez un ministre pour appeler un Président du Conseil au téléphone, ou pour recevoir un appel d'un général. Il notait les informations qu'il avait recueillies, les contrôlait autant qu'il le pouvait, utilisait immédiatement celles dont il était sûr pour ses articles, gardant les autres pour les faire figurer - plus tard - dans le puzzle géant qui lui permettrait de reconstituer les extraordinaires événements, où l'incroyable était toujours l'authentique. Ce puzzle, Jean Ferniot l'a réussi : vous l'avez entre les mains. Jadis, un journaliste diplomatique fameux, mon vieil ami Jules Sauerwein, me téléphonait d'une rencontre internationale entre Chefs du gouvernement : « Je suis la négociation, pas le verbe suivre, le verbe être. » Jean Ferniot ne fut ni la révolution, ni le complot. C'est un témoin qui s'efforce d'être objectif. Ce grand jeune homme passa de la Faculté à la Résistance, et de la Résistance au journalisme. Son ami de la clandestinité, Max Ollivier, le fit débuter en 1944 au service étranger de l'agence France-Presse. Mais la politique intérieure française l'attirait. Franc-Tireur, puis L'Express, lui confièrent cette rubrique avant qu'il n'entre dans notre équipe de France-Soir. Vous le voyez, son histoire est courte. Celles qu'il raconte le sont aussi. Mais elles font partie de l'Histoire.
Un rendez-vous quotidien, matinal, avec une voix familière, qui vient faire avec vous le point de l'actualité. La politique saisie dans le feu d'un projecteur, allumé soudain par l'événement et qu'une autre actualité, très vite, replongera dans l'ombre. Des instantanés. Des flashes. Des impressions, vivaces, aiguës, données et reçues avec curiosité, passion même et, toujours, avec le souci de ne pas tromper, de bien informer. On pourrait croire que tout cela est destiné à être dispersé par le vent d'une Histoire qui s'écrit tous les jours. Et pourtant non, il suffit de les choisir, de les ordonner, pour que chacune de ces chroniques rassemblées trace, avec une perspective nouvelle et, en quelque sorte, inédite, le portrait d'une époque qui va de Charles de Gaulle à Georges Pompidou. Tableau impressionniste, saisissant, qui conduit, tout à la fois, au souvenir et à la réflexion.
« Il ne suffit pas, pour connaître la Mouffe et pour l'aimer, de s'y promener, ni même d'y vivre. Au voyage dans l'espace il faut ajouter le voyage dans le temps, depuis l'époque romaine. Siècle après siècle, la Mouffe subit bien des transformations, mais elle a gardé de tout des traces... C'est cette Mouffe-là que j'ai retrouvée, celle du passé historique et celle du passé personnel, au travers des choses et des gens d'aujourd'hui. » Sur le ton de l'anecdote, Jean Femiot nous entraîne dans l'un des plus vieux quartiers de Paris, prenant un plaisir évident à conter l'Histoire et les histoires, évoquant avec une certaine nostalgie mêlée d'humour son enfance de gamin de la Mouffe... « La Mouffe reste ce qu'elle fut jadis. A peu de choses près. C'est, quand même, ce peu de choses-là qui me fait regretter hier... » conclut-il en refermant ce livre qui, sans être un guide au sens didactique du terme, est un merveilleux compagnon pour flâner dans ce village dont les frontières seraient la rue d'Ulm, les rues Linné et Geoffroy Saint-Hilaire, les boulevards Saint-Marcel et Port-Royal, le Panthéon et les arènes de Lutèce.
Un neveu vénal, des maris trompés, un jeune homme sans talent échouant en politique, des époux qu'une haine réciproque conduit à s'entre-empoisonner, un prêtre cédant aux avances d'une prostituée... Jean Ferniot revient à la nouvelle, avec dix-huit textes pleins d'humour, et des héros qui semblent sortis de Balzac. Moquant nos innombrables travers, il brosse des portraits tour à tour superbes et pathétiques, et nous livre une passionnante méditation sur l'humaine condition.
« De Gaulle avait son style, à périodes raciniennes. Georges Pompidou caressait Balzac, Valéry Giscard d'Estaing rêvait de Maupassant, François Mitterrand châtiait son langage en songeant à Chateaubriand. Jacques Chirac fréquentait plutôt Henry Bordeaux. Nicolas Sarkozy côtoie, lui, Frédéric Dard. » (Extrait de « Eloquence ») « Que la France était gauloise, jadis ! Alex Alégrier, qui fut propriétaire du restaurant réputé Lucas Carton, m'a raconté que, dans les années trente, deux vedettes de la politique, Aristide Briand et Léon Bérard, faisaient après un déjeuner tête à tête quelques pas sur le trottoir. Passa une très belle femme. Briand : "Je la baiserais bien." Bérard : "Dites : volontiers." Même les pensées salaces, alors, exigeaient d'être exprimées dans une langue correcte. » (Extrait de « Sexe ») « Je n'aurais jamais imaginé, me confiait Raymond Barre, que la vie politique soit aussi répugnante. » (Extrait de « Haine ») De 1945 à la fin des années 1980, de « De Gaulle, Charles » à « Mitterrand, François », d' « Antisémitisme » à « Justice », d' « Argent » à « Eloquence », de « Bouffe » à « Sexe » et « Whisky » en passant par « Armée », Jean Ferniot revisite en un brillant abécédaire plus de cinquante ans de politique française, dont il fut, au cours de sa longue carrière de journaliste, l'un des témoins privilégiés. Traits et portraits, aphorismes, confidences inédites, réflexions singulières ressuscitent librement les hommes, les événements, et une époque qui fait dire, avec l'auteur : « Ah, que la politique était jolie... »
« Quand la mort frappe à la porte, le mécréant lui-même se prend à espérer, serait-ce un bref instant, que c'est Dieu, un dieu bon et miséricordieux, qu'il trouvera derrière. Pour moi, cette visite ne devrait pas trop tarder. Le moment n'est plus trop éloigné où il faudra prendre congé. Et voici que je tourne autour de Dieu - autour de l'idée de Dieu, plutôt - pour les derniers ébats d'une partie de cache-cache qui dure depuis mon enfance ». Jean Ferniot Ce bref corps à corps avec la question de Dieu, au soir d'une vie, entrelace une dimension personnelle et une dimension spirituelle dans de très rapides chapitres tour à tour pédagogiques et autobiographiques.
L'ouvrage s'ouvre sur la mort par défenestration de Jacques Cabriac, qualifié mystérieusement de « petit salaud »... Les Cabriac sont notaires de père en fils, à Rodez. Le vieux Dieudonné, bigot austère, a passé la main de l'étude à Urbain. Celui-ci, cinquantenaire, s'accommode d'une vie confortable et désespérée entre sa femme Nathalie, névrosée et alcoolique et leur fils, Florian, qui, il l'ignore ou ne veut pas le savoir, n'est pas de lui (Nathalie l'a conçu lors d'une coucherie accidentelle à Toulouse). La seule véritable passion d'Urbain est sa soeur Claire, à laquelle des liens quasi-incestueux l'ont uni dans sa jeunesse, avant que Claire ne soit répudiée pour cause de grossesse hors mariage : chassée avec l'enfant qu'elle portait (Jacques), elle s'est exilée chez l'ami Biboulac, cafetier aveyronnais à Paris. Quand Urbain apprend que Claire est hospitalisée à Paris après une chute quasi-mortelle, il se précipite à son chevet ... et toute la machinerie familiale se détraque. Un roman noir où tous sont coupables et tous châtiés. Florian, le seul innocent, « l'enfant du miracle » venu d'un autre sang, deviendra meurtrier à son tour, purifiant par le feu les péchés de la lignée (hypocrisie, lâcheté, inceste, mensonge, meurtre).
Grand journaliste, Jean Ferniot a une oeuvre importante de romancier, de nouvelliste, d'essayiste. Le Livre: « Quand j'étais enfant, ma grand-mère me parlait de la sienne, qui était née sous la Révolution. Aujourd'hui, mes petits-enfants m'entendent raconter ce qui me fut dit du Second Empire. La nuit des temps. Et tout cela, pourtant, si proche. Dire que le monde a plus changé en un siècle qu'en un millénaire est devenu un lieu commun. Ce siècle fut le mien, à quelques années près. Ces changements, je les ai vécus. Les voici, à travers 140 histoires. Très courtes. C'était ma France. Humour par-ci, tragédie par-là. La vie, en somme. » Ainsi Jean Ferniot résume-t-il le propos de ce magnifique livre qui parvient, en 140 historiettes ou nouvelles, à incarner l'histoire de France des années 20 à la fin des années 80 : à travers des paysages perdus (vestiges des « fortifs », montagnes vierges, abattoirs...), des métiers oubliés (vitriers, crieurs, théâtres de rue, maisons closes, lessiveuses...), des objets disparus (poste à galène, blouse des écoliers, coupe-papier...) ou apparus (baignoire, frigidaire, cocotte-minute, télévision...), des portraits (Mendes-France, Pierre Lazareff, François Mitterrand...), la trajectoire de la vie de l'auteur réinscrite dans l'esprit d'une époque. Ce qui frappe à la lecture de ces textes savoureux, c'est surtout l'ambiance et le pittoresque de la rue d'avant-guerre: d'anecdote en anecdote, de gouaille populaire en pince-sans rire aristo, de mots d'auteur en jeux de mots, tout « l'esprit Crapouillot » de l'invention française est ici restitué avec jubilation.
Noces de Nuit raconte l'histoire d'un homme ordinaire qu'une souffrance ordinaire fait basculer dans une aliénation extraordinaire : il tombe éperdument amoureux du fantôme d'une femme morte avant sa naissance. Guy Larcher, intellectuel raté devenu secrétaire de l'Académicien Armand Dégremont, partage durant une dizaine d'années la vie de Florence dont il est chaque jour plus jaloux - d'une jalousie sans objet érotique (« si elle jouissait, par-ci, par-là, entre ses bras, c'était auprès de quelques autres hommes qu'elle atteignait l'orgasme de l'esprit »). Lorsqu'elle attend un enfant de son piètre amant, il se montre incapable d'assumer la perspective d'une paternité et pousse Florence à avorter. Elle le quitte et il s'enfuit en solitaire dans sa vieille bâtisse de Bretagne : « la Bretagne bigoudène, aux hautes coiffes de dentelle rigide plantées au-dessus de visages ridés, aux calvaires de granit qui n'ont baptisé qu'imparfaitement les croyances païennes, aux vestiges muets de civilisations mortes ». Fouillant le grenier, Guy tombe sur une vieille malle en osier qui contient le journal d'une certaine Louise Vallet, née en 1912, dont le portrait le saisit. Pénétrant en voyeur dans les secrets de cette femme, qui confesse sa totale dévotion à Antoine, l'homme marié qui la révèle à sa propre jouissance, Guy se met à organiser toute son existence autour de la morte : rendez-vous diurnes avec la lecture du journal, rendez-vous nocturnes avec le fantôme de Louise qui laisse dans son sillage un envoûtant parfum d'iris. Lorsque le monde réel fera effraction dans le refuge de Guy pour y reprendre ses droits, il ne lui laissera d'autre choix qu'une nouvelle fuite vers l'absolu...
Grand journaliste, Jean Ferniot a une oeuvre importante de romancier, de nouvelliste, d'essayiste. Personne n'a oublié Je recommencerais bien, son autobiographie. Il a obtenu le Prix Interallié. Le Livre: Le général Hugo Von Kettelbach n'a pas attendu 1943, dans la Normandie occupée, pour comprendre la folie dans laquelle le troisième Reich a entraîné l'Allemagne. Mais son commandant en second, le colonel Stefan Moebius, engoncé dans sa minerve et aveuglé par sa haine, professe une ferveur nazie qui oblige Kettelbach à vivre silencieusement, douloureusement et solitairement son intime déchirement. Occupant en maître le château du Baron Honoré de Boncel, Kettelbach aurait pu continuer de cacher ses convictions anti-hitlériennes si deux épisodes ne l'avaient contraint à sortir de la froideur autoritaire qu'il s'était fixée pour seule règle de conduite : la disparition soudaine du lieutenant Rupert Hcher qui, à peine échappé de l'enfer de Stalingrad, vient d'apprendre la mort de sa femme et de ses deux fils ; l'arrestation de Jacqueline, fille du baron de Boncel, convaincue d'actes de Résistance. Les réseaux clandestins de l'abbé Lécuyer, curé de Perneville, cachent le déserteur Hcher sous le nom de Frère Paulin, tandis que Jacqueline disparaît dans la nuit et le brouillard. Ellipse du récit jusqu'au printemps 1945 : aucun des personnages ne retrouvera sa place, ni même celle que la vie lui aurait assignée si la guerre n'avait coudé son destin. Kettelbach suicidé ; Moebius rédimé ; Jacqueline déportée à jamais dans la nuit de ses cauchemars, et tant d'autres encore que la Libération ne libérera pas de leur honte...
1910-1950 : quarante années qui sont les plus tragiques de la vieille histoire européenne faite de guerres et de convulsions. Il n'aura pas fallu à Jean Ferniot moins de 400 pages pour les évoquer, ici en conteur épique, là sur le mode intimiste. Sous les yeux du lecteur passionné, s'accomplissent les deux conflits majeurs qui ont bouleversé le monde et dont la France, à travers les trois générations présentes dans Un temps pour aimer, un temps pour haïr, est le coeur. Quel livre ! De la France, il raconte l'éruption et l'épanouissement de la modernité dans les mutations qui affectent la société : naissance de l'auto, de l'avion, du téléphone... Un monde meurt, un monde naît, c'est le même et c'est un autre. L'histoire se fait sous nos yeux, à une allure folle, mais pas au point de ruiner le savoir du lecteur, son sentiment du temps qui passe, du temps passé, dont la nostalgie belle baigne tant de pages. Scènes de la vie rurale, scènes de la vie bourgeoise, nous sommes en Bretagne, à Paris, dans le Languedoc, avec la petite noblesse qui s'étiole, le peuple que souffre - et le milieu cynique des affaires. Roman d'action, roman de moeurs, roman politique, roman de guerre et, comme le titre le suggère si bien, qui emprunte à l'Ecclésiaste, romans d'amour et de haines : en somme, l'homme en son entier. Justement, l'homme. Il s'incarne dans des dizaines et des dizaines de personnages, qui ont l'épaisseur de ceux de Balzac et de Zola. Aubin, le hobereau breton, Gaspard, le patriarche cévenol, Angèle, née victime et que l'amour sauvera, Thaddée avocat des déshérités, Hervé dont la guerre a fait un mort-vivant, Anne-Marie, la reprouvée qui se console avec l'argent et tant d'autres - jusqu'à des assassins : à des degrés si divers, ils sont tous dans nos mémoires à jamais. Journaliste, romancier, essayiste et nouvelliste. Son autobiographie : Je recommencerais bien est l'un des plus connus de ses livres.
Le corps de Paul et celui de Flore, de plus en plus rarement unis dans cette fête des sens qu'ils ont tant célébrée, deviennent étrangers l'un à l'autre. Comprenant les souffrances de Paul, Flore plaide, se leurrant elle-même, la seule cause qui lui reste : "Les exigences sexuelles des femmes ? C'est plus fréquemment que tu ne crois une comédie qu'elles jouent pour satisfaire la concupiscence et davantage encore la vanité masculine. Ce à quoi, en réalité, elles aspirent, infiniment plus qu'à la volupté, c'est à la tendresse..." Paul ne la croit pas ; tant d'années les séparent. Il est un vieil homme et Flore a gardé l'éclat d'une jeunesse qui se prolonge. Il décide de s'éloigner, de se terrer, d'assister seul à sa déchéance.
Lieu unique où sont nées et où coexistent les trois grandes religions monothéistes de la planète : la judaïque, la chrétienne et la musulmane. Une ville donc exceptionnelle, une ville de magie. C'est elle que Jean Ferniot a choisi d'évoquer, de sa naissance dans le désert à son opulence, aujourd'hui, de "cité". Parias, rois, saints, dieux, faux dieux, Jésus, sectes, tyrans, bourreaux et, si l'on croit en lui, Dieu, c'est toute une part capitale de notre passé lointain et proche, et donc de notre culture, qui est ici racontée. Au fil des pages, nous assistons à la formation de l'homme moderne des trois religions - et même l'athée est ici concerné, en quelque sorte par opposition. On se doute que les événements contemporains, aussi, portent ce livre.
Près d'un demi-siècle de journalisme a fait de Jean Ferniot un familier de ceux qui ont gouverné la France sous deux Républiques. Sans cruauté, avec humour, l'auteur évoque tous ces personnages de notre histoire : Charles de Gaulle, Robert Schuman, Pierre Mendès France, Edgar Faure, François Mitterrand, Michel Debré, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, combien d'autres... De Jean Ferniot, le rédacteur en chef de France-Soir, Charles Gombault, disait : "Il peut téléphoner à n'importe qui, à n'importe quelle heure." Ce livre n'est pourtant en rien un recueil d'anecdotes politiques mais le récit d'une vie qui va des pavés de la rue Mouffetard, que frappaient les galoches du gamin, au village provençal de Faucon, où le septuagénaire a trouvé une terre pour sa tombe. Le témoignage est véridique, Jean Ferniot n'est pas tendre pour lui-même. "Je ne m'aime pas, écrit-il, mais je m'intéresse." Le scepticisme, la tolérance, une certaine misanthropie ne l'empêchent pas d'aimer la vie. Il recommencerait bien.
Tout commence un mercredi comme les autres à Champlouc-sur-Michetonne. Le grand Faustin s'apprête à rejoindre Odile. A eux deux, ils ont à peine plus de trente ans... Soudain, Odile a un sourire et un regard d'église. La Vierge vient de lui apparaître, près de la source. La nouvelle se répand. C'en est fait de la quiétude à Champlouc. Un ouragan s'abat sur tous et toutes : lettres anonymes, vieilles rancoeurs, conflits d'intérêts et vanités s'en donnent à coeur joie. Ce n'est pas toutes les semaines que le surnaturel s'installe au village ! Désordre des faits, hypocrisie, sottise, médiocrité, travers des êtres : tout éclate au grand jour. On rit, on se passionne, on s'émerveille de la lucidité et des trouvailles de l'auteur.
Planté là, indifférent à la bruine pénétrante, les pans de son manteau écartés par les soudains accès de rage du vent, Denis contemple le portrait d'une femme et d'un chat, exposés en pleine lumière, entre une nature morte et une marine. De ses mèches collées par l'humidité, l'eau tombe goutte à goutte sur une nuque rouge et ridée de condor... Cette rencontre précipite soudain l'homme vieillissant, devenu presque une épave, dans un passé qu'il a toujours tenté de fuir. Dans ce roman, où se mêlent le réel et le fantastique, l'horreur d'une enfance brisée et d'une innocence souillée a fermé à tout jamais à la victime les portes de l'espérance. Ainsi peut-on expier les crimes d'autrui et attirer sur soi un châtiment immérité. Au bord d'un étang livré aux sortilèges se sont noués les drames qui conduiront, tout au long d'une vie, un homme à la déchéance.
"Je voudrais me lever dans la salle de classe trop chauffée, marcher jusqu'à Simon Loeb, me pencher vers lui et, indifférent aux éclairs lancés par le lorgnon du professeur de latin, entourer ses épaules de mes bras." Un mois de juin comme on les aimait se donne d'entrée pour ce qu'il est : le roman de l'amitié. Amitié d'autant plus difficile qu'elle réunit deux êtres que tout sépare : le milieu social, la qualité intérieure. D'un côté le narrateur (père rond-de-cuir), veule et bête. De l'autre, Simon Loeb (fils de grands bourgeois), la grâce et l'intelligence même... Amitié encore plus difficile qu'on l'a dit : l'un n'est pas juif, l'autre l'est, et ce roman raconte cette amitié dans le Paris des années trente et dans l'histoire mouvementée de la France avec, au milieu de l'antisémitisme ambiant, ces figures de proue antagonistes que sont Léon Blum et Charles Maurras. Alors, tantôt romancier des destins particuliers et tantôt chroniqueur des grands événements qui font et défont la France pendant dix ans, de 1936 à 1946, tantôt jouant des secrets du coeur et tantôt rapportant les tragédies collectives, sans cesse allant de ses personnages un à un aux foules et aux impulsions qui font l'Histoire, Jean Ferniot, dans la pâte de ses souvenirs et de son imaginaire, monte ce grand roman où la noblesse des êtres le dispute à leur petitesse, le courage des Loeb à la lâcheté du narrateur... Un mois de juin comme on les aimait : oui mais au mois de juin de cette année-là, en 1942, on rafla, pour les déporter, les juifs dans leur quartier de la rue des Rosiers. Aucun des Loeb ne devait en réchapper. "Je voudrais...marcher jusqu'à Simon Loeb...entourer ses épaules de mes bras." Trop tard.
Jeshua a choisi d'être le Messie afin que s'accomplissent les prophéties. Mais quelles prophéties ? Sera-t-il roi ou victime ? Il l'ignorera jusqu'à la dernière minute. S'il doit périr sur la croix d'infamie, il a besoin d'un traître. Traître par devoir, traître par obéissance, traître par amour, c'est Judas qui va tenir ce rôle. Il devient ainsi le premier martyr, le premier saint de l'Eglise : le corédempteur. C'est dans une Palestine où couve la révolte contre l'occupant romain que se déroule la tragédie. Autour du Christ et de Judas évoluent les disciples, brutaux, jaloux, mesquins, naïfs, dévoués, la prostituée Myriam de Magdala, la mère et les frères du Messie, les grands prêtres du Sanhédrin, le procurateur romain Pontius Pilatus, tous acteurs d'un drame qui les dépasse, et dont, à l'ombre du Golgotha, Judas sera le premier à comprendre la grandeur cosmique. Judas ou la nécessité du mal, Judas humain, trop humain...
Homme du réel, romancier toujours proche des êtres et de leur vérité, Jean Ferniot découvre soudain dans ces nouvelles, les premières qu'il ait écrites, sa secrète fascination pour le fantastique. Chien-loup si attaché à son maître qu'il finit par lire ses pensées, onirique jalousie d'une épouse qui engendre des désirs pervers chez le plus sage des maris, brève passion téléphonique née d'une erreur, vieux couple modèle révélant brusquement les abîmes de son intimité, voyance meurtrière, ou songes parallèles, partout surgissent l'étrange, l'inattendu, au coeur tranquille du quotidien. Le destin a poussé la porte ; elle se referme d'un coup sec sur l'irréparable.
Un jour torride de juillet 1294, un étrange cortège gravit péniblement un sentier de chèvre qui serpente à flanc de montagne. Un archevêque et deux évêques, suivis de leur escorte, s'en vont annoncer à un ermite hirsute et dépenaillé, qui vit dans une grotte des Abruzzes, que le conclave vient de l'élire pape. Ainsi commence l'un des épisodes les plus étranges de la longue histoire de l'Eglise. Il prendra fin de façon non moins étrange, cinq mois seulement plus tard, par l'abdication de ce pape ermite. Ce "grand refus", comme l'a appelé Dante, n'avait eu aucun précédent, et il ne sera pas renouvelé depuis sept siècles. A travers cette aventure, à laquelle sont mêlés le roi de Naples, Charles le Boiteux, les clans ennemis des cardinaux romains, l'alchimiste Arnaud de Villeneuve, le missionnaire Ramon le Fol, le franciscain illuminé Jacopone da Todi, et surtout le brutal Benedetto Gaetani, qui devint pape sous le nom de Boniface VIII, c'est une grande question humaine et métaphysique qui est posée : celui qui détient un pouvoir peut-il poursuivre une quête spirituelle ?
"Vous en avez assez d'être français, vous les régionalistes, les autonomistes, les indépendantistes de Bretagne, du Languedoc, de Corse ou d'ailleurs ? Vous les petits zigotos qui décorez vos bagnoles de Bzh, de croix toulousaine ou de tête de Maure, ou vous les excités qui faites parler la poudre, détruisez les centrales électriques et mettez à sac le château de Versailles, vous voulez vraiment refaire l'Histoire ? Vous qui sollicitez en permanence l'Etat, vous ne voulez plus d'Etat ? Au moment où la langue française se bat pour survivre dans le monde, vous exigez de parler breton ou occitan, idiomes morts ou moribonds ? Vos fesses vous démangent de se poser sur un siège à l'O.N.U. ? Ce sont des postes qu'il vous faut ? Je comprends qu'on juge la Nation dépassée. J'aime qu'on se sente supranational. Mais pas infra-national. Et je reste fidèle à l'enseignement des instituteurs de mon enfance, héritiers des révolutionnaires de 1789 : La République est une et indivisible.
Je ne suis ni fasciste, ni gauchiste. Tout simplement démocrate. Mais j'ai constaté, depuis 1944 que je parcours en " observateur " les allées de la politique française, que la démocratie, telle du moins qu'on la pratique, est un leurre. Notre régime est théoriquement le gouvernement du peuple. Mais le peuple ne gouverne ni de près, ni de loin. Les choses, pourtant, commencent à changer. Tant mieux. Ça suffit !
« 1928. Sous le règne débonnaire de Gaston Doumergue, le souriant Gastounet de Tournefeuille, la France vit dans l'illusion de la paix éternelle, d'une paix achetée très cher par le sacrifice de plusieurs millions d'hommes. Elle reconnaît des droits particuliers aux survivants des tranchées, qui défilent sous les plis du drapeau devant les monuments aux morts, en toute circonstance. Les parents emmènent les enfants aux revues militaires. »