Jean-Charles Huchet
Jean-Charles Huchet
Au XIIIe siècle, des vies de troubadours s’inventent en langue d’oc, mêlant poèmes, commentaires et légendes.
Céline vs Proust : découvrez comment la haine littéraire a pu nourrir une révolution stylistique. Ferdinand contre Marcel explore ce dialogue explosif entre deux géants de la littérature française.
Louis-Ferdinand Céline aimait la danse et les danseuses. Elles furent l'affaire de sa vie et de son oeuvre, la seule cause pour laquelle il milita durablement, puisque s'y nouaient le plus intime d'une fascination personnelle vécue dans le compagnonnage de danseuses et la quête d'une écriture. Que signie pour Céline aimer la danse et les danseuses ? Le goût pour l'une se confond-il avec la dilection pour les autres ? Ne remplissent-elles pas des fonctions différentes dans le grand écart esthétique et idéologique de l'oeuvre ? Si Céline a peu pensé la danse, elle lui a servi à penser à autre chose : au corps, fétichisé pour le regard ou mis en transe par la pulsion et destiné à réparer les boiteries de l'existence, à la politique, à la littérature surtout, qui trouve, grâce aux ballets, des miroirs où rééchir ce qui la meut. La danse et les danseuses confèrent à l'oeuvre de Céline une cohérence singulière et une clé de son interprétation.
Un homme, vieillissant et malade, cherche à comprendre pourquoi il s'est constamment laissé séduire par des femmes qui ne lui convenaient pas et enfermer dans des relations amoureuses sources d'une angoisse à laquelle il n'a pu échapper que de la pire des façons. Quatre figures différentes de femmes servent au narrateur à cerner la loi d'airain de la répétition dans la différence qui, à chaque fois, a transformé sa vie amoureuse en enfer. Dans cette confession, où se mêlent réalité et fantasme, sincérité et mensonge, le narrateur brosse un portrait peu flatteur de lui-même où s'avoue une réelle incompréhension de l'évolution des relations hommes femmes et des représentations de la masculinité.
Là où elle se fait passion de l'impossible, la littérature médiévale anticipe la clinique freudienne transformant en savoir la souffrance de l'hystérique. « Copyright Electre »
Le texte rêve : manière de dire qu'un écrit littéraire vit une vie nocturne et que, de cette vie, nous pouvons entrevoir quelques fantômes. Manière de reconnaître qu'un lecteur attentif peut amener un tel écrit à raconter, dans une autre langue, ce qui se passe sur la scène obscure qu'on dit être celle de l'inconscient. Manière de suggérer que le critique peut éclaircir, un peu, la nuit, reprendre en écho la rumeur, afin que le public sache où porter ses pas, à quoi prêter l'oreille. Pour que lecture et écriture manifestent leur séduction, en donnant occasion à quelque vérité de se produire au jour, il faut qu'elles nous fassent rêver, il faut qu'elles nous incitent à rêvécrire, chacun pour son propre conte...
Le texte rêve : manière de dire qu'un écrit littéraire vit une vie nocturne et que, de cette vie, nous pouvons entrevoir quelques fantômes. Manière de reconnaître qu'un lecteur attentif peut amener un tel écrit à raconter, dans une autre langue, ce qui se passe sur la scène obscure qu'on dit être celle de l'inconscient. Manière de suggérer que le critique peut éclaircir, un peu, la nuit, reprendre en écho la rumeur, afin que le public sache où porter ses pas, à quoi prêter l'oreille. Pour que lecture et écriture manifestent leur séduction, en donnant occasion à quelque vérité de se produire au jour, il faut qu'elles nous fassent rêver, il faut qu'elles nous incitent à rêvécrire, chacun pour son propre conte... À l'origine des amours de Tristan et Iseut, un acte manqué : l'absorption du philtre qui lie ceux que tout devait séparer. Ne révèle-t-il pas que le ratage est l'essence même de l'acte amoureux ? Dès lors, la lecture des différentes versions médiévales ne doit-elle pas dégager les modalités de l'impasse amoureuse (division féminine, blessure masculine) dont la description anticipe, avec une rigueur inégalée, ce qu'en dévoilera la psychanalyse ? Le ratage affecte aussi l'acte littéraire. Divisé par des versions en vers différentes ou contradictoires, le texte tristanien manque ou poursuit une impossible complétude dans le roman en prose. La littérature est une blessure qui ne cesse pas de se rouvrir, mais le sang de l'écriture ne laisse jamais advenir le signe ou le texte attendu. Comme l'amour, l'écriture ne serait-elle qu'un acte manqué ?