Jacques Schlanger
Jacques Schlanger
La structure métaphysique dans ses articulations diverses - intuitions idéelles, méthodes, schèmes, etc. - est un concept théorique issu de la réflexion sur l'oeuvre philosophique en général, et plus particulièrement sur la notion de système. Entité idéelle dégagée après coup par l'historien-philosophe, la structure métaphysique rassemble en elle les fondements - intuitifs, cognitifs, existentiels - d'une pensée, et permet ainsi d'en exprimer les lignes essentielles. Une fois formulée, une structure métaphysique constitue un instrument entre les mains de l'historien-philosophe, et cela dans deux directions différentes. D'une part, dans le sens d'une meilleure compréhension de la relation entre un système philosophique et ce qu'il cherche à exprimer, compte tenu de la mise en évidence des éléments idéels dont dispose le philosophe et qu'il emploie effectivement : ce qui revient à dire qu'il est d'un plus grand « intérêt » philosophique d'étudier une pensée philosophique sous l'aspect de sa structure. D'autre part, dans le sens d'une étude comparée des oeuvres philosophiques : le recours aux structures métaphysiques permet d'ordonner, de classer, d'inventorier, bref de référer l'ensemble du corpus philosophique à ces attitudes idéelles diverses par rapport à ce qui est, compte tenu de la diversification permanente du contexte socio-culturel. Le plotinisme sert ici d'illustration. Des intuitions idéelles, telles que l'unité de l'être, son émanation, son ordonnance hiérarchique, la spécificité de la gnoséologie, des schèmes d'épanchement et de lumière, la psychologie comme discipline privilégiée, un mode de vie ascétique et amoral, voilà les lignes essentielles de la structure métaphysique qui se dégage des textes plotiniens, et que l'on retrouve par la suite dans la tradition plotinienne, dans ses manifestations diverses.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet essai, accessible à un large public, propose une autre manière de voir l'activité philosophique. L'auteur en définit le projet ainsi : La pensée d'un philosophe ne s'exprime pas seulement par des contenus de pensée intellectuels. Elle se manifeste aussi à travers des manières d'agir et de réagir, des tons, des styles, des postures, des tenues, des attitudes - qu'on tient souvent pour négligeables, et qui constituent pourtant une partie essentielle de ce qui se fait et se dit en philosophie. Sous le niveau des arguments, des exposés, des positions, on voit apparaître, quand on y prête attention, une autre cohérence. C'est à cet aspect, trop souvent négligé de l'activité des philosophes, qu'est consacré ce livre. Jacques Schlanger part d'une analyse de l'usage que les philosophes font de leur propre personne au sein de leur oeuvre. Il définit trois types de l'usage de soi en philosophie : un je paradigmatique illustré par Montaigne, et par le Descartes du Discours, qui a pour but de délivrer un enseignement ; un je existentiel, représenté par Kierkegaard ou Nietzsche, qui s'inscrit dans une visée esthétique de l'oeuvre ; et un je transcendantal, mis en scène par exemple par Kant, qui correspond à une intention scientifique en philosophie. L'auteur en vient ensuite à distinguer la voix du philosophe dans le corps du texte, et la manière dont il apparaît dans le prétexte ou préface : quel que soit le statut de la parole en première personne dans l'oeuvre, il semble que le penseur y avance toujours masqué, puisque l'usage de son je y a toujours une fonction précise, bien que l'auteur revendique au contraire le ton le plus impersonnel. Essai sur la position du philosophe, réflexion sur les lectures philosophiques, sur le rapport à la tradition, ce livre évoque, tour à tour, Descartes, Spinoza, Nietzsche, Wittgenstein. Leur étude n'est pas systématique ; Jacques Schlanger sonde, prélève, note, au fil d'un essai fin, très lisible, car dépourvu de toute technicité philosophique.
Les auteurs de l'Antiquité grecque, chacun dans sa voie propre, chacun avec sa voix propre, partagent tous une préoccupation qui nous les rend particulièrement proches : comment bien vivre dans un monde de l'immanence où chacun de nous n'a, en dernier ressort, de comptes à rendre qu'à soi-même - et ces comptes à soi, nous le savons bien, sont les plus difficiles et les plus délicats. Paradoxalement, c'est l'éloignement qui rend ces auteurs plus proches, plus audibles, plus directs. C'est leur éloignement qui fait de leurs textes des classiques, des textes qui laissent respirer, penser, rêver, des textes qui n'appartiennent à personne et appartiennent en propre à chacun de nous. Qu'est-ce qu'une bonne vie, qu'est-ce qu'une vie heureuse, qu'est-ce qu'une belle vie ? Pour bien des philosophes grecs, la fin de l'homme est de vivre conformément à la nature. Est-ce qu'une telle injonction a encore un sens aujourd'hui et, si oui, lequel ? Qu'en est-il aujourd'hui de la sagesse, n'est-elle plus qu'un souvenir de notre enfance en Grèce ? Ce sont ces questions classiques et toujours actuelles que cet essai sur la bonne vie cherche à éclairer, en prenant comme point d'appui la parole des Anciens et en la lisant à la lumière de notre contemporanéité.