Jacques Pezeu-massabuau
Jacques Pezeu-massabuau
De la simple nécessité à l’art de vivre : La table, espace de plaisir explore comment le repas, bien plus qu’un acte nourricier, devient un moment de partage, de culture et de bien-être.
Sans quitter le vert paradis des lectures enfantines, Jules Verne montre aujourd'hui un second visage : celui d'un écrivain pour tous les âges de l'homme. Objet de colloques et de thèses, scruté par Foucault ou Butor, Deleuze, Serres ou Derrida en France comme à l'étranger, il paraît être un témoin de la modernité et sa mythologie fait revivre notre imaginaire d'une façon à la fois profonde et chatoyante.
Nous sommes chacun l'enfant d'une maison. De l'infinie diversité des formes de l'habitation humaine, se dégagent de grands types - chinois, japonais, noir, islamique, méditerranéen... - qui sont des comprimés de civilisation, étant chacun dépositaire des principes, des normes comme des techniques ou des modes de vie prescrits par cette civilisation. Parmi les diverses fonctions - d'abri, professionnelles et proprement sociales - que nous demandons à nos maisons, une surtout paraît éminente : celle de maintenir et d'enseigner à chacun de nous ces normes, ces techniques et ces usages. La maison est ainsi ce qui rattache l'homme à sa culture et au groupe social que celle-ci définit. Elle est l'élément programmateur le plus actif, le plus constant et le plus banal aussi de cette culture et, habillant l'homme en société comme d'une seconde peau, le rend capable d'accomplir sa vie quotidienne et professionnelle, privée et publique.
Il est peu de notions aussi universelles que le chez-soi, cette intime connivence de l'homme et de sa demeure, et refuge de son je avant même celui du moi puisque cet abri matériel le rend conscient de ce qui le sépare du monde sans cesser de l'y rattacher (E. Levinas). Or, la diversité de ces "trente-six chez-soi" se voit menacée face à une mondialisation inexorable. S'instaure une autre géographie de l'homme où l'impulsion technologique, l'effervescence citadine, le plurilocalisme et l'urgence du déplacement annoncent partout une mutation structurelle de l'espace vécu.
On peut aborder de multiples façons les soixante-deux romans des Voyages extraordinaires. Les grandes figures de Phileas Fogg, Michel Strogoff ou du capitaine Nemo illustrent le thème du héros tandis que leur histoire développe celui de l'aventure sous ses diverses facettes. Mais c'est dans le voyage que l'auteur les fait vivre et accomplir leurs exploits : chaque récit promènera le lecteur dans un pays différent, dont la nature et les hommes seront décrits avec soin.
L'appel de l'aventure résonne probablement en chacun de nous, mais Jules Verne en éveille les multiples voix d'une unique façon, qui lui est propre. D'abord comme une incitation ; pour Nemo, Fogg ou Strogoff, elle est rupture, mais aussi évasion car elle se fonde sur une vision : rêve de conquête, de découverte, de retrouvailles. Invitation à un jeu, une mission, une morale même, l'appel de l'aventure se fait entendre à travers cent épreuves.
L'Extrême-Orient est le versant oriental de l'Asie. Soumis à la commune influence de la civilisation chinoise et à l'action de la mousson, ces pays montrent, vus d'Europe ou d'Amérique, une parenté frappante : paysages ruraux, habitat, techniques artisanales, modes de vie en société offrent de remarquables similitudes et les tentatives de mainmise des Occidentaux y ont présenté maints caractères communs. Elles y ont suscité, il est vrai, des réactions apparemment diverses, mais qui toutes ont finalement abouti à une indépendance doublée d'un choix de voies particulières du développement quelles que puissent être leurs ressemblances avec d'autres modèles. Chacune de ces nations offre depuis ses origines une personnalité affirmée à maintes reprises, accommodant de façon originale la civilisation mère. Les mouvements nationalistes qui ont accompagné et suivi la fin de la suprématie blanche les ont en outre partagées en deux grandes familles : les unes fidèles aux doctrines économiques et sociales des Occidentaux, les autres qui ont choisi de fonder sur le socialisme leur croissance en États modernes. L'Occident peut-il tirer des leçons, des modèles de développement de ces nations dont les problèmes sont devenus largement les nôtres ? L'étude géographique de cette partie du monde semble montrer le contraire, tant sont différents ici et là les valeurs fondamentales et les modes de vie en société. Aujourd'hui, cependant, que les courants irrépressibles de la vie internationale intègrent de plus en plus intimement l'Extrême-Orient à nos besoins et à nos craintes, il importe, plus que jamais, de le connaître.