Jacques Lambert
Jacques Lambert
De Chaïm Soutine (1893-1943), on connaît l'artiste, beaucoup moins l'homme. La présente biographie, sans ignorer l'évolution du peintre, est entièrement consacrée à un Soutine privé, depuis sa naissance dans une famille juive et pauvre de Smilovitchi, en Biélorussie, jusqu'à sa mort dans une clinique parisienne du 16ème arrondissement. Se référant notamment à des archives inexploitées, à des correspondances et à des recueils de souvenirs ainsi qu'à des témoignages transmis oralement, Jacques Lambert dresse ici le portrait d'un être tourmenté, impulsif, véhément et, en même temps, replié sur lui-même. Le lecteur suivra Soutine dans ses divers cheminements, avec ses souffrances physiques et ses faiblesses, ses égarements et ses succès, ses goûts et ses divertissements, ses relations amicales et ses liaisons féminines. Les proches qui ont compté dans sa vie ne sont pas oubliés : Krémègne, Kikoïne, Modigliani, Marcellin et Madeleine Castaing, Elie Faure, Léopold Zborowski, Déborah Melnik, Marie-Berthe Aurenche... Grâce à un travail de recherche abouti, complété par des commentaires de contemporains et des contributions de personnalités du monde de l'art, Jacques Lambert nous fait ainsi pénétrer dans l'intimité d'un des peintres les plus emblématiques de la première moitié du XXème siècle.
Issu d'une famille très modeste, Eugène Paul, dit Gen Paul (1895-1975), est l'un des trois grands peintres expressionnistes du XXe siècle avec Georges Rouault et Chaïm Soutine. Mais si Rouault exprime un mysticisme révoltéface à une société en déchéance, si Soutine exprime le profond mal-être d'un homme en souffrance, le vibrant Gen Paul, lui, se tourne vers la vie, vers l'avenir, vers l'épanouissement de soi, quand bien même la malédiction ne l'épargne pas : la perte d'une jambe en 1915, la pauvreté, la drogue, l'alcool, les amours inachevées...Ami de Maurice Utrillo, de Francis Carco, de Marcel Aymé, de Louis-Ferdinand Céline, tous montmartrois comme lui aux beaux jours de la bohème, Gen Paul était destiné à devenir boucher ou tapissier. Sa vocation d'artiste peintre l'a conduit sur les sentiers de la reconnaissance internationale puisque des collectionneurs suisses et américains, notamment, ont acquis nombre de ses oeuvres et que l'armateur grec Onassis l'a lui-même sollicité. Mais que l'on ne s'y trompe pas : un créateur ne saurait aliéner sa liberté pour de l'argent. Le succès n'a modifié ni le caractère, ni le comportement de Gen Paul, dont on découvrira la véritable personnalité en lisant, à la fin de cette biographie, la transcription de la « Radioscopie » animée par Jacques Chancelen janvier 1971. Le présent ouvrage est une réédition, revue et corrigée, du livre paru en 2007 sous l'égide de La Table Ronde.
Danseuse et chanteuse née à Lima, Nana de Herrera (1905-1991) a exercé ses talents dans le monde entier. À 15 ans, elle décide de sa carrière et c'est en autodidacte qu'elle réussit, partout, à attirer des foules dans des salles de concert, des music-halls, voire dans des cabarets. Adulée, courtisée, applaudie, elle connut à la fois le succès des vedettes internationales et l'existence ordinaire d'une locataire de la rue Lepic, au sommet de Montmartre. D'un côté, les compositeurs inoubliables qui l'inspiraient, tels Albeniz, Granados, de Falla ; de l'autre, les artistes de la Butte, parmi lesquels le peintre Pedro Creixams, un Catalan de Barcelone, qui devint l'homme de sa vie. Sa notoriété valut à Nana de Herrera trois emplois contigus : elle servit de modèle à la célèbre portraitiste Tamara de Lempicka, elle prêta sa silhouette à l'illustration des paquets de cigarettes Gitanes et, plus tardivement comme conférencière, elle fut une propagatrice écoutée de la culture hispanique.
Parcours initiatique ? Promenade méditative ? Fuite du monde des vivants ? Attirant des nécropoles ? Un peu de tout cela, sans doute. Ancien journaliste attaché aux faits, Jacques Lambert s'éloigne ici du concret pour essayer de se rapprocher d'un immatériel apaisant. Entre rêve et réalité, entre vécu et fiction, entre certitude, en lisant ce récit, séparer le vrai du faux si, toutefois, le vrai et le faux sont antagonistes ? Le secret de l'auteur, c'est ce don personnel qu'il a de pouvoir s'entretenir avec nos amis les défunts. Car les morts, dès lors l'on sait entrer dans leur intelligence, réagissent très naturellement, évoquent leur passé, s'épanchent en confidences et détruisent certaines de nos connaissances.
"Il est rare qu'un auteur hétérosexuel s'intéresse de près à l'homosexualité au point de vouloir en tirer un ouvrage. Ce document, qui n'a rien de sulfureux, est la synthèse de ses recherches biographiques et de ses souvenirs professionnels de journaliste. Des tragédies du théâtre grec aux productions de la télévision d'aujourd'hui, en passant par le cinéma, la danse, le music-hall, toutes les activités du monde kaléidoscopique du spectacle sont ici passées en revue à travers le prisme de l'homosexualité ou de la bisexualité. Si des hommes et des femmes sont cités dans cette monographie dense mais non exhaustive - auteurs, producteurs, organisateurs, interprètes, etc., dont les orientations, pour beaucoup, sont déjà connues - c'est qu'ils sont évidemment indissociables des oeuvres évoquées tout au long de l'ouvrage" J.L