Hubert Juin
Hubert Juin
L'opération de la mémoire, lorsqu'elle se conjugue avec l'évocation des voix naturelles, fait surgir hors du passé des îlots de rêveries - mais qui semblent arrachés à l'intemporel bien plus qu'à la course du temps. Il convient, alors, de mettre le langage à l'épreuve : comment fixer l'odeur de l'herbe mouillée, donner à voir le dessin d'une corolle, traduire les caprices d'une rivière ? Mais l'enfance est une contrée dont on s'éloigne. Tout narrateur découvre ses Amériques, et se dégrade au fil des aventures et du quotidien. Les mots sont-ils capables de tout dire ? Non, certes ! Ni le silence, ni la mort... Un cri parti des origines et qui ne cesse de se faire entendre souligne cette énigme qu'est, à chaque homme, l'homme même. Peut-être la littérature n'a-t-elle point d'autre sujet ! H. J.
Les statues ont une simplicité annonciatrice. Les hommes les traversent au fil du rasoir, saignant à peine. Ce n'est pas un jeu. L'oiseau n'est pas au monde. Il pèse sur la branche, avec le marteau des neiges. L'homme saoul s'envole d'entre les chevrons du toit, emportant la gloire des Saints. C'est ainsi que parle la Loi dans le lieu déserté. Dans le théâtre du dehors.
Non pas poèmes arbitrairement rassemblés, mais roman-poème, livre organisé, Les Guerriers du Chalco explore et dit deux mondes étroitement unis : celui des fantasmes et celui des événements historiques. Le poème d'Hubert Juin appartient à la veine baroque, et, dans cette mesure, loin de renoncer au discours rhétorique, au contraire l'accepte et en use. Le texte prend appui sur les objets de la nature : arbres, eaux, feuillage. Il devient ainsi, à sa façon, un paysage que le lecteur peut, à loisir, habiter. Ce lieu tressé de mots, est hanté par la présence du corps féminin, dont il ne cesse de faire louange. Refusant la solitude, la parole ici inscrite convoque les autres, et spécialement Yánnis Rítsos, Pablo Neruda et José Lezama Lima. Ce dialogue fait sa place aux soubresauts de notre siècle. Il n'est pas de petites choses, qui seraient négligeables ; ni de grandes, qui seraient nécessaires. Tout doit prendre rang dans l'entreprise poétique. Comme l'a écrit Victor Hugo : L'ensemble peint.
Si l'Histoire n'est pas proscrite de ce recueil - on y trouve un poème inspiré par les événements de Pologne -, on y distingue les deux éléments essentiels de la poétique d'Hubert Juin : la Femme. dans sa nudité, la nature omniprésente. On peut dire que Les visages du fleuve scande le cortège des femmes au long de cet autre fleuve qu'est le temps d'une vie. Un chant d'une provocante sensualité.
C'est ainsi que nous connûmes les hommes qui gîtaient au-dessus de nous, qui régnaient, qui domestiquaient nos fables, qui inondaient nos forêts, qui brûlaient nos chants. Ils avaient des fourches. Nous n'avions rien. Ils étaient laids. Nous n'étions rien. Ils vinrent avec des images en place de bouches. Nous ne répondîmes rien. Nous étions ivres.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
A la raison théorique des siècles anciens, livrée au sommeil scolastique, succède une raison qui se veut pratique. Elle entend être libre, mais elle n'est qu'un objet. Sade le comprend, qui exige de la raison d'autres raisons. Tout l'effort conduira vers cette tentative d'incarnation : la Grande Révolution. Echec ? Nullement. Mais les libertinages de la raison sont, alors, les libertinages d'une captive. Le XVIIIe siècle, d'apparence, a livré un moule : celui d'une raison exemplaire. La réaction thermidorienne, dans son besoin de récupérer une histoire immobile, a voulu qu'elle se rendorme. Les socialistes utopiques, les révolutionnaires de 1830 et de 1848, les marxistes enfin, ont brisé le moule légué par le XVIIIe siècle. Ils ont tenté de substituer à la raison pratique une raison dialectique : nous sommes en plein dans ce mouvement. On a cru la raison une fois pour toutes donnée : c'est l'invariant absolu dont parle Jean Piaget. Il n'en est rien. Il faut comprendre, après tout, que la raison est d'abord et véritablement l'élaboration de la raison. Voilà qui réconcilie l'homme avec la culture de son époque, et l'y oppose en même temps. C'est - aussi - ce qui permet à l'homme de se dépasser, c'est-à-dire de se conquérir.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Pourquoi Roger Gendre revient-il dans son village natal ? Est-ce, comme il le prétend, pour emprunter de l'argent au notaire de sa famille ? N'a-t-il pas quelque motif secret, et plus obscur, qui le force à rejoindre cette forêt de son enfance ? Les fantômes du passé ne lui ont-ils pas fixé le plus étrange des rendez-vous ? Comme l'exige la coutume, Roger Gendre porte le nom et le prénom de son grand-père paternel, personnage scandaleux et insolite qui, comme pour se moquer, construisit une énorme cimenterie vouée à la ruine. On a peine à croire que c'est le destin qui pousse Roger Gendre aux épaules (ne voit-il point tout s'éclairer sous son regard ?)... En ce village des noires Ardennes, dans l'aube indécise, un crime est commis. Il ne fallait rien de moins que cette grave circonstance pour montrer que le retour est impossible, qu'on ne revient jamais en arrière ! Le roman d'Hubert Juin exerce sur le lecteur un curieux envoûtement, qui est dû à la fois à un style d'une sûreté peu commune, et à la présence sourde d'un mystère sans cesse croissant. C'est une oeuvre sobre et riche.
Sous la plume d'Hubert Juin, et dans la collection "Poètes d'aujourd'hui", un ouvrage dédié au poète, romancier, et essayiste singulier que fut André Hardellet (1911-1974) et qui comprend un essai et un choix de textes.
C'est la vie d'un village et de ses habitants. Une idée de notre rapport avec la nature. Une mémoire qui se découvre et qui retrouve l'enfance et la place de la femme et de la nudité. Une rêverie au terme de laquelle l'arbre et la femme finissent par se confondre. Une interrogation sur les raisons d'écrire. Rien d'abstrait dans ce livre tissé d'images sensibles. L'éloge de la femme et de l'arbre est au plus proche de la touffeur et de la saveur du réel.