Green Jean-Eric
Green Jean-Eric
Cette chose à laquelle il n'attachait guère d'importance, l'âme, se mettait à vivre et d'une vie indépendante au point de lui faire douter de ce qu'il était jusque-là, un garçon sans problème d'aucune sorte, ni physique ni métaphysique, bien sur terre et bien dans sa peau, mais que les événements, le sort, les autres, avaient enfermé dans une existence absurde dont il essayait de se sortir avec cette qualité apprise contre lui-même, la patience.
Révolte. Un étudiant condamné réussit à s'échapper du camp d'extermination ; traqué, il tue par peur et sera lapidé. L'expiation le transfigure. L'amour qu'il espérait en vain, ironiquement il l'obtiendra une fois mort. Cette ultime charité bouleversera le destin de Roman, le jeune garçon qu'il avait envoyé, sans le vouloir, dans un monastère. Ainsi se termine Charité, le précédent roman d'Éric Jourdan. Révolte se présente non pas comme une suite, mais comme l'histoire d'une autre vie. La fuite vers la liberté impossible d'un être chassé, dans tous les sens du terme, fait place au voyage intérieur. Autour de Roman, la pureté a tracé un cercle en apparence infranchissable, mais le destin des hommes est l'amour et Roman est un amoureux. Son éducation sentimentale se fera dans la révolte de son coeur et de son corps unis par la passion. Révolte encore de la jeunesse toujours opprimée par une société ou l'autre, dans son désir de liberté absolue. Roman est déjà un adolescent de cet âge d'or. Pour lui, tout est amour et il n'a, malgré les humiliations et les offenses, aucune haine dans son coeur. Mais les personnages de l'université, de l'armée, des services secrets, les amis eux-mêmes réussiront-ils à l'aimer, sinon à le comprendre, au moins jusqu'à l'instant final où l'homme reste seul face à lui-même ?
Si Ian, l'étudiant de Charité, avait infléchi le destin de Roman, le héros de Révolte, c'est ici l'homme pour qui Roman s'est sacrifié qui se débat à son tour. Serge, jeune professeur de gymnastique, n'a ni l'intelligence de Ian, multipliée par les prestiges de sa jeunesse dorée, ni le charme de Roman, jeune paysan avide de toute connaissance, y compris l'amour. Serge ne possède que sa beauté et ses remords d'avoir pu échapper à la répression policière grâce à Roman, en se terrant dans un monastère orthodoxe. Apparemment, lui non plus ne croit à rien. Mais le véritable amour n'est-il pas au-delà de toutes les croyances humaines ? Les destins s'entrecroisent comme si les personnages se passaient tour à tour le relais de la vie. Voici les derniers jours du siècle. L'an 2000 sera-t-il libre enfin, sera-t-il le rêve de l'âge d'or ? Ou bien le règne d'un Big Brother plus ou moins universel continuera-t-il à massacrer l'individu au nom de l'ordre moral ? Un nouveau Roman, pareil à l'enfant Septentrion, sera une jeune victime désignée, et le soleil du nouveau siècle apparaîtra dans une lumière de sang.