Giuseppe Longo
Giuseppe Longo
Pourquoi parler d'« empire » numérique ? Parce que le numérique est omniprésent dans tous les pans de nos vies, sans que l'on ait véritablement conscience des conséquences impliquées par cette forme de domination. Il est devenu un mot passe-partout dont la signification n'est pas claire. L'objectif des auteurs est de clarifier cette notion obscure et de l'inscrire dans le temps long, plus précisément d'inscrire l'intelligence artificielle dans l'histoire de l'écriture en remontant jusqu'à la constitution de l'alphabet grec. Cette prise de recul historique leur permet d'adopter une posture critique. « Critique », non pas au sens d'une dénonciation stérile, mais d'une meilleure compréhension de ce qui se joue aujourd'hui avec la numérisation ou le codage généralisé, notamment les risques sous-jacents si cette utilisation n'est pas réfléchie ou contrôlée. Non, « tout n'est pas calcul » et il y a un véritable danger social et politique à le penser.
Ce livre tisse un fil qui traverse les sciences exactes et les sciences de la nature du point de vue de l'histoire de leurs concepts, mais aussi des visions du monde qu'elles rendent possibles, des mathématiques de la Gre?ce classique jusqu'a? leurs applications a? l'intelligence artificielle et à la biologie contemporaines. Ces deux dernie?res disciplines ont e?te? profonde?ment marque?es par des notions d'origine mathe?matique, en particulier celles de calcul, d'information et de programme. Ce qui permet de comprendre leur genèse est le « tournant linguistique » qui a marque? les fondements des mathe?matiques au XXe sie?cle : tout serait finalement une affaire de signes, à la fois alphabe?tiques et nume?riques, combinés selon des re?gles elles-mêmes conçues comme suites de signes formant des programmes. Pourtant, les limites de cette approche computationnelle sont aujourd'hui patentes du fait de l'avancement des sciences elles-mêmes : le livre propose des alternatives en reconstruisant les gestes fondateurs du savoir qui sont à l'origine de notre culture scientifique.