Gilles Favarel-Garrigues
Gilles Favarel-Garrigues
L'invasion de l'Ukraine rappelle que la peur est un pilier de la géopolitique poutinienne. Mais son emprise s'exerce aussi à l'intérieur de la société russe, où elle assure l'allégeance au régime de la classe dirigeante et d'une partie de la population.Cet ouvrage met à nu la spirale d'autoritarisme qui, bien au-delà des murs du Kremlin, se déploie à tous les niveaux de la structure sociale. Il montre comment le maintien des élites dans une insécurité permanente cimente l'ordre politique autour d'une improbable " dictature de la loi ", appliquée par des maîtres chanteurs, des professionnels du scandale, des hérauts médiatiques et des juges obéissants. Il analyse la manière dont, au coeur de la société, une incessante demande d'intransigeance à l'égard de menaces agitées en tous sens légitime la surenchère punitive et les initiatives justicières. Il donne enfin à voir le repli sur soi du pays, encouragé par le façonnement aussi politique que médiatique de figures de traîtres et d'ennemis, accusés de saper la puissance russe, voire de subvertir l'ordre moral.Nourri par vingt ans d'enquête, ce livre explore l'ancrage politique et social du poutinisme. Il offre des clés inédites pour comprendre comment un pouvoir aussi délétère perdure et, peut-être aussi, pourquoi il nous sidère.
Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'État justicier.Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ? Gilles Favarel-Garrigues est chercheur au CNRS (Sciences Po-CERI). Il travaille sur les questions de déviance, de police et de justice à partir d'enquêtes menées notamment en Russie.Laurent Gayer est chercheur au CNRS (Sciences Po-CERI). Spécialiste du sous-continent indien, il s'intéresse plus particulièrement aux dynamiques urbaines et aux mobilisations violentes en Inde et au Pakistan.
Au terme d'une enquête originale, les auteurs de ce livre s'attachent à comprendre comment les banques ont fini par accepter une mission de police, contraire à leurs principes de protection du secret et de non-intrusion dans les affaires de leurs clients.
Liens entre savoir-faire militaire et pouvoir politique en Indonésie, au Pakistan ou en Turquie ; reconversion des entrepreneurs de violence dans le jeu politique russe ou bulgare ; activités affairistes de responsables du mouvement nationaliste armé en Corse ; interactions entre la mafia calabraise et les entreprises... Les divers chapitres de l'ouvrage engagent une réflexion comparative sur l'usage de la violence mafieuse dans la formation et le fonctionnement du pouvoir d'Etat.