Françoise Leclerc
Françoise Leclerc
L'enfermement et l'horreur douce du jeu psychiatrique, du moins tel qu'il se déroule à Val Fleuri, asile modèle dirigé par Barberousse. Les patients y sont incités à exploiter leurs possibilités latentes, mais c'est pour mieux les réduire et les transformer en larves impuissantes, en nourrissons incapables de réaction. Joffrion, interné récalcitrant, incité à écrire, verra son livre confisqué et sera déclaré hors jeu par Barberousse qui s'attribuera la paternité de l'oeuvre. Cela dit, l'essentiel n'est-il pas dans le conflit qui oppose les deux hommes ? Qu'il cesse et il ne restera à Joffrion, ombre parmi les ombres, partie intégrante du rituel psychiatrique, qu'à ratisser les allées d'un univers qui s'effrite... Dans une écriture tendue, infiniment retenue, où les mots, les phrases reprises d'un personnage à l'autre, brouillent les contours, inquiètent les identités, un beau roman pudique et violent. Éperdu.
L'Afrique, pays muet mais tellement prégnant pour peu que l'on ait un peu de courage et la soif de dévisager le temps, et que l'on nomme enfance ou les naissances de l'amour. L'enfance, ici, c'est avant tout l'Afrique coloniale et le pays des Sérères animistes qui transparaît dans ces 45 poèmes sous l'influence d'une oralité poétique martelante.