Francois Vanoosthuyse
Francois Vanoosthuyse
En 1829, les Promenades dans Rome, après l'Histoire de la peinture en Italie, la Vie de Rossini et les deux versions de Rome, Naples et Florence, confirment Stendhal en spécialiste ès choses ultramontaines, tout à la fois décrypteur et constructeur d'une italianité qui vire au mythe. Guide, c'est-à-dire forme ouverte, dont Stendhal exploite à fond la souplesse au point de mettre parfois en péril la lisibilité de son texte, les Promenades promeuvent de multiples et contradictoires « façons de voir » la Ville éternelle. Le regard s'attache à la Rome antique, fondatrice de valeurs en lesquelles le beyliste se reconnaît, à la Rome papale, que Stendhal dénonce tout en s'en amusant, à la patrie des arts qui fait de Rome un musée idéal et le lieu par excellence de la réflexion esthétique. Tout cela simultanément. Expérience singulière de l'espace et du temps, mêlant indissociablement politique, esthétique et érotique, la Rome que balisent les Promenades est tout aussi instable que le texte qui la met en scène. Les treize études ici réunies sont à leur tour autant de « façons de voir » les Promenades dans Rome. Elles interrogent tout spécialement le dispositif énonciatif de ce guide singulier, examinent la manière dont l'oeil stendhalien organise l'expérience sensible et conçoit la réflexion esthétique, et rendent le texte à sa brûlante actualité de 1829 en un tableau des moeurs romaines où politique et religion sont proprement consubstantielles.
Ce dossier entreprend une réflexion sur les logiques culturelles, sociales, historiques du mauvais sort à l'oeuvre dans le récit du XIXe siècle. Série d'embarras qui jettent dans la misère, malchance qui s'acharne, écarts à la coutume qui attisent l'adversité, réactivation des fautes familiales forment, bien souvent, la trame narrative du récit de malheur : celui-ci narre en effet les coups du destin et la dégradation du héros dans une société dont les valeurs politiques, culturelles, familiales sont en transition. S'y développent des cosmologies qui ne comprennent ni le bonheur ni le malheur de la même façon. C'est pourquoi les articles ici rassemblés examinent les multiples systèmes symboliques d'interprétation et de détection de l'infortune qui structurent le récit moderne, en faisant l'hypothèse que le malheur répétitif y sanctionne les ratés de la coutume et les failles dans le vivre-ensemble. Qu'est-ce qui porte malheur ? Qui est frappé par le sort funeste (et qui ne l'est pas) ? Comment le malheur s'annonce-t-il ? Peut-il être évité ? Est-il intégralement narré ou raconté ? La dynamique narrative repose-t-elle sur l'exploration de parcours de vies déviées et malheureuses ? Ce dossier propose une variété de réponses à ces questions en étudiant, dans certaines oeuvres de Balzac, Sand, Mérimée, Stendhal et Zola, les formes plurielles du malheur (maléfice, hasard, vengeance, viol, handicap sexuel et social, mort, vicissitude conjugale, nouage de l'aiguillette) et ses particularités textuelles.