François Géré
François Géré
La contrainte sur le psychisme d'autrui est au coeur de l'acte de guerre. La violence armée s'exerce pour faire plier la volonté de résistance adverse. Ne serait-il donc pas préférable d'obtenir ce résultat par la manipulation des esprits : séduction, propagande, intimidation, chantage, tromperie, traîtrise, terrorisme ? En fonction des effets produits et des moyens utilisés, ces formes sont classables en catégories fondatrices d'une généalogie de la manoeuvre de guerre psychologique : Ulysse (la ruse) et Tamerlan (la terreur). En France, cette tradition stratégique est aujourd'hui méconnue. Pourtant il existe une riche expérience. On lira, pour la première fois, l'exposé systématique de ce que furent, à partir de 1947, la conception et la pratique de la guerre psychologique, étroitement liées à la guerre révolutionnaire en Indochine et en Algérie. La créativité opérationnelle s'accompagna de confusions organisationnelles et d'outrances idéologiques qui conduisirent dès 1960 à la dissolution des 5e Bureaux. Partout dans le monde, la guerre psychologique est pratiquée. Permanente durant l'affrontement américano-soviétique, elle a contribué à l'effondrement final des Soviétiques, experts en désinformation mais incapables de relever le défi de notre âge hypermédiatique, défini comme le dépassement du temps humain par l'information saturante. À l'inverse, les États-Unis, sévèrement étrillés au Viêt Nam, ont su s'adapter et construire un redoutable outil de guerre psychologique qui fit ses preuves durant la guerre du Golfe. Après l'irruption de CNN, Internet a créé un nouvel espace de conflictualité immatérielle. Succès des opérations militaires et manoeuvre psychologique sont, plus que jamais, indissociables.
Un spectre hante les Français : le déclin. La baisse relative du potentiel brut de la France est indéniable à mesure qu'émergent d'énormes masses démographiques et que, de plus en plus lourd, pèsent des économies en plein essor. 1% de la population mondiale, 5% du PIB global. Cette situation engendre deux réactions psychologiques opposées. Un auto-dénigrement masochiste et, à l'inverse, une extrême fierté nationale qui vit comme une revanche chaque succès, fût-il éphémère, comme si l'angoisse du déclin s'en trouvait momentanément apaisée. Pourtant les atouts restent colossaux : un espace considérable avec une zone économique maritime de 11 millions de Km2, des industries très performantes (aéronautique, nucléaire, tourisme) ; des résultats brillants dans l'exportation du luxe et des savoir-faire agroalimentaires. Un rayonnement architectural, littéraire et cinématographique. Au sein de l'Union Européenne, la France contribue puissamment à l'élaboration et à l'adoption de normes et de standards mondiaux conformes à ses intérêts et adaptés à ses capacités. Les compétences sont donc là. L'esprit d'entreprise n'est pas éteint. L'aptitude à l'innovation reste considérable. Beaucoup dépend d'une cohérence administrative et gouvernementale susceptible de surmonter les blocages ici, d'accommoder, là, les divisions, d'en finir avec des pratiques et des organismes périmés. Affaire d'État ? Non, plutôt d'état d'esprit, sans doute insuffisamment insufflé dans la formation des futurs responsables. Si elle entend maintenir son rang et accroître sa prospérité, la France n'a d'autre choix que la qualité des entreprises, la cohérence des choix et la cohésion des décisions. Comme les autres nations historiquement dominantes, la France est prise dans le bouleversement de la redistribution de la puissance dans l'âge de l'information-communication. Il appartient aux citoyens de choisir des dirigeants à la hauteur des enjeux. C'est cela gouverner : maintenir le bon cap dans la tourmente pour atteindre les bons ports. Agrégé et docteur habilité en histoire contemporaine, directeur de recherches à Paris 3 Sorbonne Nouvelle, François Géré fut rédacteur aux Cahiers du Cinéma (1978-83). Après avoir reçu aux États-Unis puis en France une formation en physique des armes nucléaires et des missiles balistiques, il entre à la Fondation pour les études de défense nationale (1988). Conseiller technique au Secrétariat général de la défense nationale puis maître de recherche au centre d'études stratégiques de l'École polytechnique, il a été professeur invité à l'université Johns Hopkins de Washington DC. (1994-95). Directeur de séminaire à l'École de guerre, il crée en 2001 l'Institut Français d'analyse stratégique (IFAS). Il a publié notamment La guerre psychologique, La réserve et l'attente, avenir des armes nucléaires, La sortie de guerre (Economica, 1997, 2001, 2002), Pourquoi les guerres ?, La nouvelle géopolitique (Larousse, 2003, 2012), Iran, l'Etat de crise (Karthala, 2009), Dictionnaire de la désinformation (Armand Colin, 2012). Spécialiste de la Chine et de l'Iran, il se consacre à l'étude de la pensée stratégique contemporaine, tout en restant un cinéphile passionné.
Il ne suffit pas de se battre, il faut gagner la bataille ; il ne suffit pas d'être victorieux, il faut l'être durablement. Du chaos apparent des conflits armés, hommes de guerre (les stratèges) et théoriciens (les stratégistes) se sont efforcés d'extraire des invariants. Tributaires du passé et ancrés dans le présent, ils ont pensé l'avenir, anticipé les formes de la guerre future et conçu les instruments efficaces de celle-ci. Prenant à bras le corps un domaine mouvant, modelé par l'ardeur des passions et la froideur des calculs, ce dictionnaire expose la complexité d'une pensée constamment orientée vers l'action. Au fil de près de 250 entrées consacrées à des concepts ou à des figures marquantes (d'Hannibal à Patton en passant par Turenne ou Foch, de Polybe au général Poirier, en passant par Jomini ou Fuller), il saisit la relation entre les idées, les armes et les hommes. De l'articulation de trois approches - par niveaux (tactique, opératique, etc.), par éléments (air, terre, mer) et par dimension (champ de bataille, théâtre d'opérations, etc.), il fait surgir les principes de la dynamique stratégique. Cet ouvrage rigoureux aidera aux études de sciences politiques, de relations internationales, d'histoire et, bien sûr, de défense. Au-delà, il apportera des clés à tous ceux qui désirent comprendre le monde issu de la fin de la guerre froide, où la zone euro-atlantique, portée par l'accélération du savoir-faire technologique, rêve d'une guerre sans perte, dans le temps même où des conflits locaux, éclatant jusqu'à nos portes, perpétuent l'antique loi du sang versé : oeil pour oeil.
Désinformation. Le mot sent le soufre, attisant tous les fantasmes, des plus archaïques aux plus contemporains. En une vingtaine d'années, l'usage de ce terme qui jusqu'alors se limitait aux spécialistes du renseignement et de la propagande a connu un développement exceptionnel lié aux médias de masse puis aux nouveaux vecteurs de communication (Internet, Facebook, etc.). Il est désormais courant d'invoquer la désinformation pour s'en déclarer victime et rejeter sur l'adversaire la responsabilité d'une manoeuvre occulte, par définition invérifiable, sauf accident. Dans tous les domaines stratégiques (politiques, militaires, économiques) la désinformation s'est insinuée, troublant l'esprit public, sapant les bases de la démocratie qui, pour survivre, doit rapidement réaffirmer et consolider le rôle de l'information et la valeur du savoir. 300 entrées Mini-essais thématiques Des exemples, des analyses de cas concrets François Géré, directeur de recherches à Paris 3, président de l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS) étudie depuis 1985 le rôle de la propagande et de l'action psychologique dans les situations de crise, de guerre et de plus en plus, en période de paix.