Florence Dupont
Florence Dupont
À la question « Comment peut-on être aujourd'hui latiniste ? Avoir choisi en mai 68 de travailler sur les Grecs et les Romains ? », la réponse est d'oser un usage nouveau de l'Antiquité en termes d'« écarts ». L'anthropologie permet de déconstruire les illusions généalogiques et les prétendues ressemblances entre Anciens et Modernes. Grâce à ce regard éloigné, nous pouvons dialoguer avec une Antiquité incontournable mais différente, offrant d'autres traditions de pensée, d'autres modèles de vie. De l'Antiquité surgissent alors des « sauvages intérieurs » qu'aucune modernité ne pourra jamais exterminer. Convaincue que les Humanités classiques ne sont pas une discipline inutile, que l'on peut faire du grec et du latin un enseignement émancipateur, Florence Dupont ne cesse d'arracher l'Antiquité au grand récit des origines, aux mythes qui la fossilisent. Ainsi redécouverte par cette mise à distance, elle devient un véritable laboratoire d'idées.
« Ses ouvrages » - La guerre toujours la guerre, propose une doctrine de survie de l'Occident. - Pour une cité plus harmonieuse, appuyée sur la sagesse des grands philosophes, traite de nos connaissances et de leur application à la vie. - Démocratie totale, met en évidence les désordres intellectuels et matériels. - Monarchie chrétienne, pose d'une façon claire les problèmes essentiels qui nous préoccupent. L'auteur montre l'importance des liens sociaux, en premier lieu du respect des lois naturelles et divines. La liberté nous donne le moyen d'atteindre la plénitude de notre être ou de bouleverser l'ordre providentiel, de détruire les conditions d'existence de la vie spirituelle et même matérielle. Elle ne peut, légitimement, s'opposer à la vérité. Un arbitre, indépendant des groupes de pression, devrait permettre de reconstituer le tissu social délabré par les chimères.
Rome, dont l'élite cultivée parlait grec, aurait pu n'être qu'un empire hellénique comme celui du macédonien Alexandre, et les lettres latines ne jamais exister. Par la création et la pratique sociale des « lettres latines », Rome s'est démarquée des autres cités antiques en s'identifiant à sa propre langue, indigène, le latin. La République romaine a ainsi édifiée sa culture littéraire - mixte, ajoutant le latin au grec - pour des raisons et en fonction de pratiques politiques (théâtrales, judiciaires, etc.). Cette vision très concrète de l'histoire des lettres latines comme processus, en relation avec l'affirmation progressive d'une identité latine de Rome à partir du IIIe s. av. J.-C., conduit l'auteur à une relecture décapante des principaux textes latins antiques. A l'opposé d'une histoire de la « littérature latine », sous-tendue par la conception romantique de la littérature comme expression spontanée du génie national sous la figure de l'écrivain, l'auteur propose une histoire littéraire de Rome, comme il en existe une histoire militaire ou politique.
Enrichir l'histoire des théâtres antiques en présentant le théâtre romain comme un théâtre du jeu est la vocation première de cet ouvrage. Le théâtre romain est un théâtre rituel, codifié et musical qui ne se réduit ni à l'imitation maladroite du théâtre grec ni à la grossière préfiguration du théâtre classique. Et l'approche des quelques pièces conservées de ce théâtre, relues non plus comme des textes littéraires, mais en fonction du spectacle auquel elles étaient destinées ouvre une perspective anthropologique et dramaturgique nouvelle. Les auteurs ont ainsi cherché à reconstituer la pratique théâtrale romaine en retrouvant le jeu corporel des acteurs, l'usage des voix et de la musique ainsi que les attentes du public. Ils montrent que ce théâtre était bien du « spectacle vivant » et qu'il peut fournir aux metteurs en scène contemporains de quoi inventer de nouveaux spectacles. Florence DUPONT est professeur à l'université Paris-Diderot, directeur de programmes au Collège International de philosophie. Pierre LETESSIER, membre du centre ANHIMA (anthropologie et histoire des mondes antiques) et metteur-en-scène, enseigne le théâtre et le latin à l'université Paris-Diderot.
En venant au monde, Petra, la mère de l'auteur, tue sa propre mère. Cette mort en couches est le drame fondateur de sa vie. Dès sa naissance, elle est molestée par un père qui la tient pour fautive de ce "meurtre". Elle vouera pourtant, durant toute son enfance, une dévotion sans borne à cet homme brutal et dépressif, à la fois barbier, marchand de tabac, infirmier, auteur de pièces jouées sur les places de village. Maltraitée, exploitée par le reste de sa fratrie, finalement violée, Petra part en ville se placer comme femme de ménage chez le gouverneur militaire de la région de Saragosse. Là, son dévouement et sa discrétion lui valent rapidement du galon. La voici gouvernante de ce notable, royaliste violemment opposé au régime de Franco, un autre paradoxe espagnol. C'est une jeune fille pimpante, mais cachant un profond dégoût des hommes, qui épouse finalement Antonio Altarriba Senior, le père de l'auteur. Lequel verra en sa mère une femme craintive et froide, meurtrie par un pays où le machisme sévit sans retenue, réfugiée dans la plus obtuse des ferveurs religieuses. Il devra attendre les derniers instants pour découvrir, sur le lit de mort de Petra, l'impossible secret de son aile brisée, écho déchirant au désir de voler contrarié de son mari, qui dessine d'elle un portrait bien différent de celui qu'il imaginait.
En venant au monde, Petra, la mère de l'auteur, tue sa propre mère. Cette mort en couches est le drame fondateur de sa vie. Dès sa naissance, elle est molestée par un père qui la tient pour fautive de ce "meurtre". Elle vouera pourtant, durant toute son enfance, une dévotion sans borne à cet homme brutal et dépressif, à la fois barbier, marchand de tabac, infirmier, auteur de pièces jouées sur les places de village. Maltraitée, exploitée par le reste de sa fratrie, finalement violée, Petra part en ville se placer comme femme de ménage chez le gouverneur militaire de la région de Saragosse. Là, son dévouement et sa discrétion lui valent rapidement du galon. La voici gouvernante de ce notable, royaliste violemment opposé au régime de Franco, un autre paradoxe espagnol. C'est une jeune fille pimpante, mais cachant un profond dégoût des hommes, qui épouse finalement Antonio Altarriba Senior, le père de l'auteur. Lequel verra en sa mère une femme craintive et froide, meurtrie par un pays où le machisme sévit sans retenue, réfugiée dans la plus obtuse des ferveurs religieuses. Il devra attendre les derniers instants pour découvrir, sur le lit de mort de Petra, l'impossible secret de son aile brisée, écho déchirant au désir de voler contrarié de son mari, qui dessine d'elle un portrait bien différent de celui qu'il imaginait.
Dans la Rome impériale, les banquets, comme les tragédies, sont des dénominations trompeuses pour ces festins et ces spectacles que le pouvoir et la richesse offrent au peuple. Plaisir de consommation d'un côté, plaisir de domination de l'autre : telle est la part du festin, rapport angoissé, ricaneur ou mensonger, que Rome entretenait avec la tradition grecque du Banquet socratique.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
La République romaine est-elle une histoire ou une culture ? La République romaine est une culture qui a créé un type d'humanité : le citoyen romain. Parce qu'il est citoyen, le Romain est nécessairement soldat, électeur, propriétaire d'un domaine agricole, maître de maison et d'esclaves, père de famille, prêtre et banqueteur. Pour lui, le centre du monde est Rome, sa ville qu'il aime d'amour. Il y vit les combats de la politique au jour le jour et les effusions des grandes fêtes collectives, sous le regard des autres dont il attend reconnaissance et identité. Ce jugement social peut le mener aux honneurs suprêmes ou le contraindre au suicide. Sa vie publique est un effort permanent pour se dépasser et conquérir la gloire. Cette tension ne se relâche qu'à la campagne, dans les douceurs de la vie domestique ou les banquets. Dès l'enfance on cultive chez le futur citoyen la résistance physique et la volonté. Bébé, il est ligoté dans des maillots, plongé dans l'eau froide afin de tremper son âme et son corps. Adulte, il vit pratiquement nu sous sa toge, mange peu en dehors des banquets. Son corps sec est à l'abri de la maladie et son âme aussi capable de résister à la peur et au chagrin qu'à l'ivresse de la victoire et aux tentations du pouvoir.