Farhad Khosrokhavar
Farhad Khosrokhavar
Dans la foulée de la révolution iranienne, et avec notamment les attentats du 11 septembre 2001, un vaste mouvement témoigne dans le monde entier de logiques de violence qui en premier lieu mettent en avant la religion musulmane. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, les chercheurs, les responsables politiques, les think tanks, les agences de sécurité et les médias se sont massivement emparés du phénomène qu'ils qualifient de radicalisation afin de l'analyser et le comprendre. En France, et pour des raisons idéologiques, la notion de radicalisation est mise de côté. Pourtant, les problèmes qu'elle recouvre sont vastes et nombreux : il était urgent d'en analyser les ressorts. Qui se radicalise, comment, pour quelle raison ? Quels rôles jouent l'idéologie, le contexte politique, la situation sociale, la religion elle-même pour les individus qui s'engagent dans des processus aboutissant à des attitudes où se conjuguent inflexibilité, désir et pratique d'une violence sans limites, dans une guerre totale contre la société ? Farhad Khosrokhavar était le mieux préparé par ses recherches pour suivre les méandres les plus récents de l'islam radical. Il nous apporte des connaissances souvent étonnantes et une analyse approfondie de la radicalisation jihadiste en Europe et dans le monde arabe. Il nous propose aussi un éclairage particulièrement saisissant des processus se traduisant par exemple par l'afflux de jeunes Européens vers la Syrie.
De 1989 à 1994, l'affaire du foulard a divisé l'opinion française. Pour les uns, en arborant leur foulard, ces jeunes musulmanes manifestent un prosélytisme inacceptable dans l'école laïque, et doivent en être exclues si elles s'obstinent à le garder. Pour d'autres, l'école de la République doit accueillir tout le monde, y compris les élèves enfoulardées, qu'elle saura intégrer. La polémique s'est chargée d'une telle tension idéologique, qu'elle a fini par occulter la réalité même du phénomène et ses enjeux véritables. D'où l'intérêt majeur de ce livre, fruit d'une enquête de deux ans dans les banlieues dites chaudes auprès des enseignants et des jeunes filles voilées. Une enquête qui bouscule les idées reçues : ni terroristes en herbe, ni adolescentes musulmanes manipulées, les unes acceptent le port du foulard pour rassurer leur famille et négocier leur accès à la modernité, et d'autres l'arborent volontairement, comme le signe de leur double identité, française et musulmane, citoyenne et croyante. Et, loin de favoriser l'émancipation des jeunes musulmanes, leur expulsion de l'école publique, offre des martyres inespérées aux activistes intégristes. Pour les auteurs, la passion que soulève le foulard de ces écolières est un révélateur : si la République est menacée, ce n'est pas par le foulard, mais par les difficultés qu'éprouve la société française à opérer la synthèse entre égalité et différence, République et démocratie. Les responsables politiques, les enseignants, mais aussi celles et ceux pour qui le foulard est devenu un sujet de débat - et de confrontation - trouveront dans ce livre matière à réflexion. Et les réponses aux questions complexes que pose l'affaire des jeunes filles voilées.
«Un livre de fond qui éclaire l'actualité. Iran, la fin du totalitarisme? analyse le paradoxe d'un régime théocratique devenu totalitaire et qui, malgré une répression extrême, échoue à faire taire une contestation sociale récurrente. Pourquoi la société iranienne se soulève-t-elle périodiquement? Pourquoi ce pouvoir, pourtant rejeté par une très large majorité, ne s'est-il pas effondré de lui-même? Comment l'engagement militaire d'Israël et des États-Unis, à partir du 28 février 2026, bouleverse-t-il la donne? Farhad Khosrokhavar montre que la survie du régime reposait sur l'alliance entre le Guide suprême, Ali Khamenei, et le corps des Gardiens de la révolution, pilier d'un appareil répressif et d'une économie mafieuse fondée sur la rente pétrolière et l'appropriation de ressources hors contrôle étatique. Cette imbrication des intérêts idéologiques et économiques explique la violence durable de l'État et l'échec des révoltes. Y compris, peut-on craindre, après que le Guide suprême et nombre de dirigeants du régime aient été éliminés.» Michel Wieviorka, directeur de collection Farhad Khosrokhavar est sociologue, directeur d'études émérite à l'EHESS. Farhad Khosrokhavar est sociologue et professeur retraité à l'EHESS. Il travaille sur l'islam en France et plus généralement en Europe, notamment ses formes radicales, ainsi que sur les révolutions arabes de 2010-2011 et l'Iran contemporain. Il analyse depuis plusieurs décennies les rapports entre religion, pouvoir et société dans le monde musulman et en Europe. Il est l'auteur de Radicalisation (Maison des Sciences de l'Homme, 2014) et Revolt Against Theocracy (Polity Press, 2024).
Star du petit écran, professeur d'université respecté, homme de gauche, féministe auto-proclamé et ami des célébrités, Gérard Miller est accusé d'avoir profité de son aura pour manipuler et agresser de très jeunes filles, parfois mineures. Une prédation qui aurait eu pour décor les plateaux télé comme les bancs de la faculté et pour mode opératoire, redoutablement maîtrisé, hypnose, emprise psychologique et domination. Après trois décennies de silence, plus de 80 femmes ont décidé de dénoncer les agissements du célèbre psychanalyste qu'il conteste vigoureusement, et pour lesquels il reste présumé innocent. À travers des témoignages inédits et exclusifs de nombreuses victimes présumées et de personnalités ayant côtoyé Gérard Miller, ce récit vertigineux dévoile les ramifications tentaculaires d'un scandale qui ébranle tout un système, et interroge la complaisance et le sexisme d'une époque pas si lointaine
En France, les juifs sont inquiets, ils constatent que l'antisémitisme dans le pays s'étend et revêt un tour meurtrier. Les musulmans, eux, sont soupçonnés de passivité ou de compréhension pour le djihadisme, leur intégration bute sur le racisme et les discriminations, et leur seule existence sur notre territoire a relancé les passions relatives à la laïcité. Enfin, notre république est en crise, impuissante bien souvent à se conformer à son propre idéal d'égalité et de fraternité. Il est temps de transformer cette crise en débat et de repenser le vivre-ensemble. C'est ce que propose ce livre, à partir d'une hypothèse originale : les juifs et les musulmans, au-delà de ce qui les sépare, ne sont-ils pas les mieux placés pour réfléchir à l'aggiornamento du modèle républicain français ? Pour permettre à la France de mieux affronter les grands périls actuels - le terrorisme, le racisme, la haine et l'intolérance - et pour préciser les contours d'un nouveau modèle à même de conjuguer les valeurs démocratiques et le respect ou la reconnaissance des particularismes ? Farhad Khosrokhavar est spécialiste de la question de l'islam et de la radicalisation, Michel Wieviorka de la violence et de l'antisémitisme. Tous deux montrent par l'exemple comment musulmans et juifs peuvent contribuer à rebâtir activement notre république.
La mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, a provoqué en Iran une vague de contestation sans précédent, devenue depuis insurrection. Venu fissurer et souligner la déconnexion totale du régime avec sa société, ce mouvement de révolte a révélé l'illégitimité d'un État de non-droit et le refus de sa jeunesse à ployer sous son joug. Prisonnier d'une vision théocratique, anti-occidentale, antimoderne et antidémocratique, sans ancrage dans la réalité culturelle du pays, l'Iran gronde de griefs aussi politiques et économiques qu'écologiques. Sans compter, sur le plan anthropologique, cette « joie de vivre » que revendique le mouvement, en complète contradiction avec une conception mortifère de l'existence qui promeut le martyre comme idéal de vie. Cependant, en dépit de la répression massive qui s'abat sur la société iranienne depuis plus de quatre décennies, malgré la main mise totale du régime sur les institutions et les médias, force est de reconnaître l'échec de la République islamique à embrigader et asservir la société, notamment la jeune génération. Éclairant le mouvement à la lumière d'une nouvelle subjectivité iranienne, de l'évolution de la République islamique et, enfin, de ses échecs, Farhad Khosrokhavar décrypte les particularités d'un mouvement où la jeunesse - en particulier les femmes - est à l'avant-garde. Une analyse critique et détaillée des composantes du système pour comprendre le paradoxe de l'Iran : une société de plus en plus sécularisée et un État de moins en moins en mesure d'en comprendre l'évolution.
Elles sont environ cinq cents à avoir choisi de rallier Daech. Comment penser ce phénomène et l'ampleur qu'il a prise en Europe, au point que, en 2015, le nombre de candidates au départ est devenu presque égal à celui des hommes ? Quelles sont les motivations et les aspirations de ces jeunes femmes et parfois toutes jeunes filles ? En mettant en œuvre d'une manière complémentaire les approche sociologique et psychanalytique, ce livre propose d'abord des analyses qui se fondent sur des critères objectifs (âge, classe sociale, lieu de résidence, culture musulmane ou conversion, etc.). Il éclaire ensuite les ressorts subjectifs de l'adhésion à ce régime violemment oppressif qui dénie aux jeunes femmes les acquis de l'émancipation féminine mais leur donne paradoxalement le sentiment d'exister enfin en tant qu'épouse de combattant et mère de "lionceaux", promis au combat comme leurs maris le sont à la mort. Il faut s'intéresser à l'attrait qu'exerce une telle régression car il est probable qu'il constitue l'un des marqueurs de notre modernité. Fethi Benslama est psychanalyste, professeur de psychopathologie et doyen de l'UFR d'Études psychanalytiques à l'université Paris-Diderot. Farhad Khosrokhavar est sociologue, directeur d'études à l'EHESS et directeur de l'Observatoire de la radicalisation à la Fondation de la Maison des sciences de l'homme à Paris.
Plus que jamais l'Iran s'impose comme un sujet majeur de la vie politique internationale contemporaine. La crise qui oppose Téhéran à Washington peut connaître différentes issues. Si le pays ne plie pas face à ce qui est qualifié parfois d'imperium américain, alors il aura prouvé qu'il existe la possibilité d'une certaine forme d'autonomie stratégique pour une puissance moyenne, en tout cas, dans sa zone d'influence traditionnelle. Mais le prix à payer risque d'être considérable pour un pays déjà éprouvé par les effets délétères de sanctions unilatérales et/ou internationales et confronté à des contestations récurrentes du régime.
" Il y en a qui veulent faire tout comme la chanteuse Rihanna, eh bien moi, je veux tout faire comme Merah. " Une jeune jihadiste. Le jihadisme est un fait social total, résultant de facteurs urbains, sociaux, anthropologiques, politiques, mais aussi psychopathologiques. De l'Europe à l'Amérique du Nord, en passant par l'Australie et l'Afrique du Nord, Farhad Khosrokhavar a analysé les situations " jihadogènes " qui favorisent la radicalisation. Son enquête au coeur des cellules terroristes, dans les villes et les banlieues, révèle les points communs entre ces candidats occidentaux au jihad - adolescentes et adolescents, jeunes à problèmes psychosociaux, convertis et recruteurs - mais aussi leur incroyable diversité... Dans cet état des lieux complet, fruit de dix ans de recherche, l'auteur décrypte l'environnement et le profil de plus d'une centaine de jihadistes occidentaux pour comprendre l'origine de leur haine et le moteur de leur passage à l'acte. De cette formidable somme de faits et de témoignages ressort un constat sans appel : le succès du jihad chez les jeunes met en lumière la crise de nos démocraties, en quête de sens et de savoir-vivre ensemble. Cette crise est profonde, ses conséquences risquent d'être durables.
Violence, radicalisation, déshumanisation... Qu'est-ce que la prison dit de notre société ? Cette enquête exceptionnelle menée dans quatre grandes prisons françaises - Fleury-Mérogis, Fresnes, Lille-Sequedin et Saint-Maur - dresse un état des lieux inédit et alarmant du milieu carcéral de notre pays. De la fouille à la promenade, du mitard à la salle de sport, le quotidien pénitentiaire est raconté par ceux qui le vivent. Petits délinquants, dangereux criminels, voyous radicalisés, " fous ", surveillants, médecins, directeurs d'établissements : à tous, l'auteur donne pour la première fois la parole. Aux problèmes récurrents de surpopulation, violence, trafics en tout genre et conditions de vie dégradantes, est venu s'ajouter celui de la radicalisation. Le sociologue montre comment la prison constitue un terreau fertile pour les apprentis djihadistes et un vivier de recrutement pour les plus radicalisés. Analysant avec finesse et rigueur cet univers habituellement inaccessible, il livre une réflexion plus que jamais nécessaire sur l'enfermement et ses conséquences psychiques et sociales.
Un état de lieux géopolitique, judiciaire et sociologique du jihadisme, par trois grands spécialistes du terrorisme islamiste. Un livre indispensable.Un état de lieux géopolitique, judiciaire et sociologique du jihadisme, par trois grands spécialistes du terrorisme islamiste. Un livre indispensable. L'islam radical s'est publiquement manifesté il y a plus de trente ans à l'occasion de la Révolution iranienne de 1979 ; puis, il y a une quinzaine d'années, avec l'attaque du 11 septembre 2001 contre l'Amérique. Le phénomène est depuis devenu mondial et s'intensifie : l'attentat sanglant contre Charlie Hebdo et les prises d'otages qui ont suivi, le massacre perpétré par Boko Haram au Nigeria, etc. A part l'Amérique latine, aucun continent n'est désormais à l'abri. Qui sont ses acteurs, comment se définissent-ils, quelle configuration idéologique est la leur, comment arrivent-ils à séduire non seulement dans le monde musulman, mais aussi en Occident, non seulement chez les minorités musulmanes, mais aussi auprès de toute une nouvelle génération de convertis ? Pourquoi des femmes sont-elles attirées par cette vision qui, pourtant, les marginalise ? Comment, dans un monde où la sécularisation semblait irréversible, cette version extrémiste de l'islam a-t-elle pu ouvrir des brèches et proposer une forme totalitaire du " tout religieux " ? Quelles sont les marges de manoeuvre de l'Occident et du monde musulman pour contrecarrer cette forme répressive d'action et de pensée qui renouvelle le totalitarisme au nom du religieux ? Comment agir pour affaiblir l'attrait du jihadisme qui se propose comme alternative aux visions extrémistes de gauche et de droite ? Abordant le jihadisme sous les angles géopolitique, judiciaire et sociologique, trois grands spécialistes du terrorisme islamiste répondent à toutes ces questions et ouvre des pistes de réflexion sur l'avenir de cette terrible mouvance qui prône la guerre sainte perpétuelle.
Voyage au coeur du fondamentalisme - à Qom, ville sainte d'Iran, capitale des ayatollahs. Ville dévote et fermée, où toutes les femmes ou presque portent le tchador, Qom est perçue par sa jeunesse comme profondément liberticide et d'un ennui mortel. Peut-on seulement imaginer ce que c'est qu'avoir vingt ans dans une ville sainte chiite ? Dans cet ordre religieux hyperrépressif, la vie familiale, les relations, les loisirs..., tout s'organise autour des normes islamiques. La sécularisation, portée par une partie de cette jeunesse, est encore balbutiante. Les jeunes n'ont d'autre choix que de braver en cachette les interdits - les anciens et les autorités feignent d'ignorer ces écarts dans la plus grande hypocrisie. Ce mode de vie, qu'on pourrait penser d'un autre âge, nous intéresse aussi car il est le modèle de ce qui se produit en Occident, dans des quartiers musulmans périphériques, notamment pour ce qui est du rapport au pur et à l'impur, à la sécularisation de la société et des moeurs, à la question du voile, de la polygamie ou de la "modestie" féminine. L'auteur est le seul sociologue à avoir pu mener une enquête de cette ampleur en Iran. Durant trois ans, il a conduit avec Amir Nikpey des centaines d'entretiens auprès de jeunes Iraniens pour explorer au plus profond ce monde qu'en apparence tout oppose au nôtre.
Les thèmes politiques et moraux n'appellent pas nécessairement l'écriture de livres compacts, de traités systématiques. Alain Touraine et Farhad Khosrokhavar adoptent ici la démarche inverse, celle du dialogue. Elle permet à Alain Touraine de pousser sa réflexion sur le sujet, travail qu'il avait initié dans Critique de la modernité (1992) et Pourrons-nous vivre ensemble ? (1997). Farhad Khosrokhavar l'accompagne dans sa réflexion, n'hésitant jamais à exprimer réserves et inquiétudes. L'un et l'autre constatent que, face aux philosophies de l'histoire en ruines, à la pression de l'intérêt personnel et à l'autosatisfaction des tenants de l'ordre économique, l'individu d'aujourd'hui, pour retrouver le sens de sa vie, se tourne délibérément vers lui-même - et non plus vers le passé, l'avenir ou le présent comme ce fut longtemps le cas. C'est en lui qu'il découvre le désir de se construire comme sujet de sa propre existence. Dès lors, l'action collective s'incarne dans des mouvements plus culturels que sociaux. On l'aura compris, c'est plus de l'individu que de la société dont parlent ici les sociologues, hantés par une question qui traverse tout le livre : la recherche de soi peut-elle nous apprendre à vivre ? Alain Touraine et Farhad Khosrokhavar sont directeurs d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et chercheurs au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS), fondé par le premier.