Eva Baltasar
Eva Baltasar
"La ville est sanguinaire : elle fabrique des solitaires et les force à cohabiter." Violemment chassée de l'appartement qu'elle occupait à Barcelone, une femme sans nom est contrainte de faire des ménages pour tenter d'échapper à la rue. Happée dans une spirale infernale, éprouvant les lois du capitalisme le plus cru, elle trouve refuge dans une modeste maison isolée, où, vivant en colocation, elle finit par faire le vide autour d'elle pour jouir seule de la présence de Maria, une propriétaire puissante et fascinante, venue mystérieusement jusqu'à elle. Le roman bascule alors dans un conte macabre, mêlant folie et dévotion, entraînant le lecteur au bord du gouffre.
Jeune lesbienne sans attaches, la narratrice de Mammouth décide de tomber enceinte. Elle organise une fête clandestine de fécondation, prend les hommes au hasard, abandonne son travail universitaire et quitte Barcelone pour s'installer seule dans un mas décrépit sur des hauteurs isolées quelque part en Catalogne. Une nouvelle vie commence alors, une vie à l'état brut, ramenée à l'essentiel. Elle fait des ménages, biberonne des agneaux, gagnant tout juste de quoi se nourrir et constituer son garde-manger pour l'hiver. Pour tromper la solitude, il n'y a que le berger d'à côté et Toc-Toc, le chien crasseux qui s'est invité chez elle. Peu à peu, une transformation s'opère, vécue au plus près du corps, comme un devenir-animal. Ce nouveau roman d'Eva Baltasar, loin d'un éloge du retour idyllique à la terre, nous conte, dans un style sans fioritures et souvent drôlatique, l'itinéraire d'une femme sauvage sans concession.
Pour pouvoir vivre, la narratrice de Permafrost n'a eu d'autre choix que de se protéger des femmes auprès desquelles elle a grandi, de leurs obsessions navrantes, du cortège de mensonges et de sourires destinés à sauver l'idée de l'épouse comblée et de la mère épanouie. Mais, derrière l'épaisse cuirasse qu'elle a dû se fabriquer, ne se retrouve-t-elle pas prise comme dans une terre gelée, enfermée avec ses pensées suicidaires?? Heureusement il y a les chambres, celles où elle se réfugie dans la lecture passionnée d'autres vies, et celles où elle découvre le corps et les caresses d'amantes fabuleuses. S'isoler, s'adonner au plaisir, ne suffit cependant pas?: pour se libérer, il faut ce récit, écrit comme l'on se parle à soi-même, sans détour. Un corps avec ses sensations, une voix avec ses réminiscences, ses craintes et ses limites, pour enfin se sentir «?vivante, vivante comme jamais?».