Etiemble
Etiemble
1943, une pièce de théâtre audacieuse et subversive. L'ennemie publique d'Étiemble, écrite pour le théâtre de Dullin, défie les conventions et interroge la notion même d'ennemi.
C'est à un voyage que le lecteur est convié. A travers siècles et civilisations. De la Chine à l'Iran, du Japon aux Indes, mais aussi dans la littérature française, Étiemble promène son regard d'encyclopédiste et traque les grandes figures de l'érotisme. Il réhabilite les subtiles pratiques orientales et condamne sans appel les perversions de l'Occident où, trop souvent, la violence l'emporte sur la délicatesse et le cynisme supplante le sentiment. Une manière de redécouvrir l'art d'aimer.
"Je soumets à la Sorbonne, à la critique, au public, un ouvrage auquel je pense et travaille depuis vingt ans : depuis que, présentant Rimbaud comme auteur d'oral pour mon diplôme d'Études Supérieures, je compris qu'avant de lire ce poète, je devais me nettoyer l'esprit de toutes les images, fausses ou floues, que mon époque y avait imprimées". Ainsi s'exprime Étiemble, au seuil du vaste ouvrage qu'il consacre à la "démythisation" d'Arthur Rimbaud, et que nous avons le plaisir d'offrir aujourd'hui au public. On n'a oublié ni le retentissement que cette thèse a eu, il y a quelques mois, lorsque l'auteur la défendit en Sorbonne, ni les controverses passionnées qu'elle souleva, - et soulèvera encore : l'un des membres du jury de soutenance re déclarait-il pas à Étiemble : "Soyez tranquille, le mythe se défendra !" C'est un Rimbaud absolument "neuf", que nous présente Étiemble, un Rimbaud débarrassé, au prix de vingt ans d'efforts, de tous les mensonges qu'on avait accumulés sur lui. Les amis de ce poète (ils se chiffrent par milliers) liront avec plaisir et enthousiasme Le Mythe de Rimbaud qui donne, de l'auteur du Bateau ivre, le seul portrait authentique dans toute l'histoire de la littérature.
« À bientôt quatre-vingts ans, je découvre que dès l'âge de trois ou quatre ans, je me formais, sans le savoir, à devenir ce comparatiste qu'officiellement je ne serai qu'en 1956 : j'avais alors accompagné René Caillié à Tombouctou, les explorateurs aux deux pôles, ne retenant guère de mes lectures que les phrases d'arabe ou de russe. C'est pourquoi je refusai de me présenter à une agrégation qui s'intitulait orgueilleusement de "philosophie", bien qu'elle ignorât cette philosophie chinoise que m'avait révélée Marcel Granet, l'arabe aussi, et toutes les autres. Alors que le comparatisme à la française, qu'enseignent le plus souvent des agrégés de langue vivante, se borne à exploiter un comparatisme bilingue, mes voyages, mes errances, ma curiosité disons pathologique, et la connaissance passive d'une quinzaine de langues m'ont permis de déceler, sous les diversités de mainte et mainte culture, de nombreux invariants, qui me prouvaient, contre tous les racismes, l'unité de notre fragile espèce. » Étiemble
"Les Français passent pour cocardiers ; je ne les crois pas indignes de leur légende. Comment alors se fait-il qu'en moins de vingt ans (1945-1963) ils aient saboté avec entêtement et soient aujourd'hui sur le point de ruiner ce qui reste leur meilleur titre à la prétention qu'ils affichent : le français. Hier encore langue universelle de l'homme blanc cultivé, le français de nos concitoyens n'est plus qu'un sabir, honteux de son illustre passé. Pourquoi parlons-nous franglais ? Tout le monde est coupable : la presse et les Marie-Chantal, la radio et l'armée, le gouvernement et la publicité, la grande politique et les intérêts les plus vils. Pouvons-nous guérir de cette épidémie ? Si le ridicule tuait encore, je dirais oui. Mais il faudra d'autres recours, d'autres secours. Faute de quoi, nos cocardiers auront belle mine : mine de coquardiers, l'oeil au beurre noir, tuméfiés, groggy, comme disent nos franglaisants, K.O. Alors, moi, je refuse de dire O.K." René Étiemble