Estelle Ferrarese
Estelle Ferrarese
Il existe des choses sur les larmes, mais rien sur les sanglots, qui sont une attaque du corps contre toutes les facultés (la parole, la pensée, la station debout) qui font de nous de nous des sujets. Les sanglots surviennent en général dans une situation d'impuissance (deuil, rupture, etc.), et le corps redouble cette impuissance en neutralisant ces facultés. Ce faisant, ils nous obligent à la regarder en face, cette impuissance, et la vanité de notre être sujet. Les corps qui sanglotent souvent sont des corps auxquels a été conféré d'office un statut de sujet qui est en même temps empêché, provisoire, conditionnel, sous probation.
La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie. La notion de " formes de vie " a émergé il y a une dizaine d'années et circule dans des domaines variés, de la biologie à la philosophie en passant par la sociologie, la science politique et l'anthropologie. Mais qu'entendre par " formes de vie " ? Un ensemble de pratiques, d'usages de nature variée, qui donnent à la vie commune des caractères propres, pour ainsi dire diffus, explicitement ou implicitement présents dans les croyances, la langue, les institutions, les modes d'action, les valeurs. Une forme de vie est toujours, en ce sens, particulière, c'est pourquoi il existe des formes de vie, plus qu'une forme de vie. De l'étude de ses divers sens chez des auteurs aussi différents qu'Adorno et Wittgenstein à sa portée critique et politique et à ses incidences éthiques, cet ouvrage déploie toutes les dimensions de cette nouvelle approche. En particulier, la porosité entre les sphères privée, sociale, économique et politique, et la nouvelle articulation du social et du biologique.
Ce livre renouvelle et acère la théorie critique par le féminisme. Il interroge la philosophie sociale de Theodor W. Adorno et propose de penser, au moyen des théories du care, la question de la fragilité sociale du souci des autres. Comment le geste moral émerge-t-il dans notre forme de vie capitaliste sous-tendue par une indifférence généralisée ? Quelles en sont les conditions sociales ? Son hypothèse est que le capitalisme compartimente l'attention à autrui, limite son possible développement en l'assignant aux femmes, dans des domaines et pour des tâches toujours spécifiques. Comment appréhender le contenu moral du care effectivement mis en actes, dès lors qu'il se révèle être le produit d'une distribution genrée des dispositions morales, celle-ci étant une condition de possibilité du marché ?